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french cowboy [ex-the littles rabbits]


La vie de Federico Pellegrini a des allures de roman. Après dix-sept ans de bons et loyaux services, ses Little Rabbits rendent les armes en juin 2005. Dans le mois qui suit, Federico compose frénétiquement. Des chansons folk saisies dans leur plus simple appareil. Une histoire entre sa guitare et sa voix. Une dizaine de ces morceaux est enregistrée au mois d’octobre suivant avec la chanteuse Helena Noguerra à Tucson, Arizona. Le fidèle Jim Waters est aux manettes. Rebaptisé Dillinger Girl & Baby Face Nelson, le duo sort l’album Bang! en juin 2006. Puis entame une tournée de quelques dates, accompagné par Stéphane Louvain (guitariste et ancien compagnon de Federico au sein des Little Rabbits), avant de mettre un terme prématuré à l’aventure. Dommage. Le concert auquel nous avions assisté en plein été sur la plage malouine investie par La Route du Rock avait produit son effet. Federico ne s’en laisse pas compter, qui forme French Cowboy avec trois de ses ex-complices Rabbits. Sorti le 22 octobre, le premier album du groupe reprend pour partie les chansons issues de cette frénésie créatrice. Ce disque s’inscrit dans une veine rock écorchée, aux accents acoustico-romantiques, quoique ne se privant pas d’incursions incisives sur des terres électrifiées plus mordantes («Supermarket», «Dis-moi»). Federico entraîne son monde de sa voix de canard tourmenté, émouvante au possible, mais qui risque d’en dérouter certains. Affaire de goût. Le parti pris ne manque cependant pas de clarté. Lui-aussi mixé à la sauce Arizona par Jim Waters, responsable de son grain sableux, ce disque bénéficie des arrangements soignés et des chœurs enchanteurs de ses trois inamovibles copains. La fidélité n’est décidément pas la moindre des qualités du bonhomme..(JC)


Pour quels raisons l’aventure Little Rabbits a-t-elle pris fin ?
Nous avons commencé le groupe en 1988, j’avais 22 ans. J’en ai aujourd’hui 40. C’est moi qui ai pris la décision d’arrêter. Petit à petit, nous avons eu de plus en plus de mal à nous motiver, à être ensemble, à être d’accord aussi sur que nous souhaitions faire. Nous avions déjà essayé pas mal de trucs. Nous étions un peu usé de travailler tout le temps ensemble, de cette façon-là.

Tu avais le sentiment que ça tournait en rond ?
Pas que ça tournait en rond, parce que nous essayions encore des choses. Mais que ça se complexifiait trop. Nous faisions un album tous les trois ans. Je ne pouvais pas être aussi prolifique que je le souhaitais. Trop de choses que je faisais ne servaient à rien. Et comme c’était moi qui tenait quand même ce truc-là… Nous avons mis un terme à l’aventure il y a deux ans. Dans la foulée, j’ai énormément composé. En un mois, j’avais déjà plus d’une dizaine de titres. D’autres se sont ajoutés après. Juste guitare / voix. Je voulais que ce soit rapide , spontané. Et très mélodique. Un truc très simple, avec une orchestration squelettique. Je cherchais à renouer avec un format classique de chanson. J’écrivais des morceaux un peu de cette façon pour les deux premiers albums des Little Rabbits. Au fil du temps, je me suis mis à composer avec un sampler, des claviers. Je n’écrivais plus de chansons du même acabit. J’ai souhaité retrouver l’inspiration folk rock de mes débuts.

Et tu as tout de suite fait appel aux membres des Little Rabbits pour t’accompagner…
Au départ, je voulais enregistrer le disque juste avec Stéphane (Louvain, guitariste, ndlr). Avec seulement deux guitares, deux voix, quelque chose de très acoustique. Mais j’ai entre-temps enregistré l’album avec Helena (Noguerra, chant, ndlr), sur le même schéma. Et comme je voulais aussi chanter ces morceaux-là avec lui, j’ai eu envie d’enregistrer les deux versions. Je voulais sortir deux disques aux morceaux identiques, avec chacun sa propre orchestration. J’ai demandé à Gaetan (Chataigner, basse, ndlr) et Eric (Pifeteau, batterie, ndlr) de participer pour que la version avec Stéphane soit un peu plus rock. L’idée était qu’eux trois fassent les cœurs. A la manière des Beatles… Au final, seul l’album enregistré avec Helena est sorti. Nous n’avons pas pu sortir celui avec les French Cowboy parce que les deux labels sur les rangs, Universal Jazz et Barclay, qui appartiennent au même holding, ont refusé.

Pour ne pas se faire concurrence ?
Je trouvais l’idée super. Les considérations des labels n’étaient pas les mêmes. Ils avaient peur que ça se bouffe. Nous avons donc démarché d’autres maisons de disque. Mais ça n’a pas abouti non plus. Nous avons finalement décidé de créer notre propre label Havalina Records, avec les gars, notre manageuse, et quelques amis qui souhaitent investir un peu d’argent dedans. Ce sera peut-être plus dur, mais ça nous correspond mieux. Une grosse maison de disque, ça ne marche pas avec nous. A mon avis, nous faisons partie d’un circuit différent. Je crois que si on gère de A à Z, nous avons… pas plus de chance de vendre plus de disques… mais nous avons plus de chances de faire vraiment ce que nous avons envie de faire, au moment où nous avons envie de le faire. Ce ne sera pas une machine trop lourde. Dès que nous aurons une idée, et un peu d’argent de côté, hop, nous pourrons y aller.


Cette structure servira uniquement à sortir vos propres productions, ou vous l’envisagez aussi au service d’autres projets ?
Pour l’instant ça servira déjà à sortir ce projet-là. Nous n’avons pas l’ambition d’en faire un gros label. Juste sortir nos conneries quand elle nous viennent. C’est assez exaltant de s’investir complètement dans ses projets. A l’âge que nous avons, c’est plus agréable de ne pas avoir quelqu’un derrière qui nous dise quoi faire ou ne pas faire. L’autre motivation est notre envie de jouer à l’étranger. Et mine de rien, quand tu fais partie d’un gros label, c’est beaucoup plus compliqué de signer à l’étranger. Il faut rester dans le réseau du label qui t’a signé en France. L’idéal pour nous serait de sortir l’album un peu partout sur des labels du même acabit que le nôtre. Et c’est beaucoup plus simple si les bandes nous appartiennent. Nous connaissons pas mal de petites structures à l’étranger qui apprécient ce que nous faisons.

Pourquoi cette envie de vous produire à l’étranger ?
L’accueil qui nous est réservé à l‘étranger est en général plutôt bon. Ce genre d’aventure est assez palpitante. Les codes ne sont pas les mêmes. Tu perds tes repères. Tu as tout à prouver, c’est assez exaltant. Et puis, chanter en anglais uniquement dans des pays francophones, c’est assez frustrant. Ceci dit, tout ne devient pas simple pour autant. Par exemple, nous allons jouer en Angleterre en septembre, si toutefois nous parvenons à réunir l’argent pour nous y rendre. Nous avons déjà quatre dates de calées. Mais le système en Angleterre est très différent d’ici. C’est à peine si tu ne payes pas pour jouer.

Vous avez vécu aux Etats-Unis du temps des Little Rabbits ?
Pas vraiment vécu en fait. Nous avons enregistré nos quatre derniers albums là-bas. A Tucson. J’avais fait le calcul. En douze ans, j’ai dû passer une année entière à cet endroit. Nous bossons avec le producteur Jim Waters qui vit là-bas. Chaque fois que nous avons enregistré quelque chose, même les fois où nous nous disions que ça vaudrait peut-être le coup d’essayer de le faire avec quelqu’un d’autre, nous avons fini par nous tourner vers lui. C’est un pote, nous apprécions sa façon de travailler. Nous n’avons toujours pas fait le tour de ce type-là. Il est très novateur. Il évolue avec le temps. C’est chaque fois très enrichissant.

Quels rapports avez-vous avec les artistes qui gravitent autour de lui ?
Eric connaît un peu les membres de Calexico. Mais nous sommes plus proches de mini-groupes qui vivent à Tucson. Il y a toute un bande d’allumés dans cette ville. Des gens de tous horizons, assez déglingués. Eric a d’ailleurs organisé, il y a environ un an, la venue d’une quinzaine de personnes, soit environ sept groupes, et les a fait tourner en France. Ca s’appelait Le Cactus Tour. Que des petits groupes qui s’enfilaient comme des perles. Des gens très différents, qui proposaient des musiques très différentes les unes des autres. Ca durait cinq ou six heures. C’étai dingo. Le plus connu était sans doute Bob Log III. C’étaient tous de sacrés numéros. Nous nous sentons proches d’eux.

De quoi vis-tu ?
J’enregistre beaucoup de maquettes. C’est un besoin. Je fais également un peu de vidéo. J’écris, je fais des photos. C’est très spontané. J’aime me raconter des histoires.

Euh… Financièrement…
De mes économies. A vrai dire, si je ne redeviens pas intermittent dans l’année, ça va commencer à être compliqué. Je ne suis pas un mec qui dépense tellement. J’ai tout le temps mis des sous de côté, pour pouvoir tenir sans avoir à trouver un travail. J’ai tout le temps été assez écureuil, pour ne jamais avoir le couteau sous la gorge. Je trouve que c’est ce qu’il y a de pire quand tu es musicien. J’ai besoin de me poser pour réfléchir à la musique que j’ai envie de faire, sans avoir l’obligation de produire absolument. C’est très important pour moi de ne pas abandonner parce que tout à coup je n’ai plus un rond. C’est trop compliqué de concilier un travail avec une véritable recherche musicale. Quand j’ai commencé la musique, je n’envisageais pas d’en vivre. Je viens d’un petit bled de Vendée. Un endroit où l’idée de vivre de ça est juste improbable. Au début des Little Rabbits, nous cherchions seulement à nous amuser. A cette époque, je n’imaginais pas gagner de l’argent en jouant de la musique. Je ne savais même pas que ça existait. Je me disais qu’il fallait des caractéristiques particulières. Une star, ça se reconnaît. Et tu n’en croises pas beaucoup dans ce genre de bled. Je me souviens d’un concert de Wedding Present. Pour moi, c’était comme voir U2. Il n’y avait pas de différence. Depuis que j’en vis, je comprends la différence… Mais ça reste un luxe énorme d’être payé pour ça.

Pourquoi le projet Dillinger Girl avec Helena Noguerra s’est-il arrêté si vite ?
C’est que ça devait se passer comme ça…

Tu as fait partie du groupe qui accompagnait Katerine sur les premiers concerts de sa dernière tournée (aux côtés de Gaetan, Eric et Stéphane, ndlr)… Avant d’être remplacé…
J’ai arrêté parce que ça devait s’arrêter…

D’après ce qu’on a compris, ce fut par un jazzeux…

Propos recueillis par Julien Coudreuse


live
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liens

havalina records
french cowboy

album

Baby Face Nelson was a French Cowboy [Havalina Records]