arnaud
michniak [programme/ex-diabologum]
La colère est parfois source de création.
Arnaud Michniak y puise son inspiration, guidé
par la nécessité de se confronter à
ses raisons. Chaque projet qu’il entreprend
semble ainsi un peu plus radical que le précédent.
Sa conscience accrue des tourments du monde, développée
avec le temps, incite ce jeune homme de 34 ans à
diversifier ses champs d’action. Demeurer débutant
est une façon pour lui de ne pas perdre la
sève mystérieuse qui envahit chaque
adolescent. Comprendre qu’une œuvre ne
changera pas le monde n’est pas un motif d’abandon.
S’acharner pour qu’elle vive quand même
appelle courage et abnégation. Ses débuts
remarqués avec Diabologum, dont la pop acide
a gagné en profondeur au fil de ses trois albums,
l’ont mené à Programme, duo jusqu’au-boutiste
qui en autant de disques aura poussé le rock,
l’électro et le hip hop dans leur retranchements.
Les textes d’Arnaud Michniak y servent d’exutoire.
La langue est simple mais les mots employés
entrent en collusion, et résonnent en tête
longtemps après qu’ils ont été
crachés. Programme en stand-by, Arnaud Michniak
s’est plongé depuis trois ans dans un
projet audiovisuel dont il nous livre ici quelques
secrets. Et a composé Poing Perdu, son premier
album solo paru en juin chez Ici d’Ailleurs.
Il proposera une forme hybride de toutes ces réalisations
sur scène dès cet été.
(JC)
I - 2005/2006 : Appelle ça comme
tu veux.

Après la sortie de bogue en 2004, tu
as eu l’opportunité d’intégré
l’ESAV (école supérieure d’audiovisuel
de Toulouse) où tu as pu dévelloper
ton envie de renouer avec un travail collectif.
Après «
Bogue » je voulais entamer un projet collectif.
Ça me semblait, à long terme, un mode
de vie étriqué de juste écrire
dans mon coin. Et puis je pensais devoir essayer un
nouveau medium pour tenter autre chose. Pas devenir
un professionnel de quoi que ce soit. Me mettre en
danger pour me renouveler on pourrait dire. Me confronter
aux autres pour dépasser mes propres blocages.
Mon regard se portait sur le réel, sur la situation
de gens que je croisais. Il me semblait qu’il
fallait représenter et donner la parole à
une partie de la société qui ne l’avait
pas beaucoup, ou ne voulait pas la prendre. Au début
j’ai pensé à un journal audio
collectif, puis j’ai tenté le concours
de l’esav, l’ai eu, et c’est devenu
un projet de film.
Programme, le duo que tu formais avec Damien
Bétous est il définitivement mort ?
Programme n’est
pas mort, nous avons juste fait une pause. Nous préparons
un dvd de notre unique tournée en 2002. Et
de nouveaux titres. Pour ce nouveau projet, j’écris
sous l’identité d’« Agent
Réel ».
Au sein de cette école tu as conçu
un projet audiovisuel en deux volets avec trois autres
personnes : "Appelle ça comme tu veux".
1er volet : A partir
d’un argument scénaristique assez simple
- quatre jeunes gens volent une caméra à
une famille de touristes japonais, filment leur vie
et la société qui les entoure.
Etait-ce ta première expérience
vidéo ?
C’était quasiment la première
fois que je filmais. Et je n’ai pas essayé
de le dissimuler, au contraire même. Ce qui
m’intéressait c’était de
vivre une expérience avec des gens et une caméra
au milieu. Je traversais à ce moment là
une période d’allergie à tout
ce qui était esthétique, intellectuel,
et à l’idée d’aboutissement
aussi, de résultat. Je voulais être dans
un mouvement de vie et créer une forme brute
qui lui corresponde, où les schémas
d’interprétations qu’on pose d’habitude
sur les images deviennent caduques. Et filmer les
gens en nombre, qu’il y ait du monde. Que ce
soit confus et que ça aille vite. Le film débute
sur le vol de la caméra qui va servir à
le faire, comme pour repartir de zéro, un peu
comme les punks, ou les groupes d’ouvriers-cinéastes
dans les années 70, pour se saisir des outils
et en sortir autre chose.
Quels outils avez-vous utilisé lors
de ce projet, d'ailleurs ?
Il y a du 16 mm dans la deuxième partie, la
première est en Dv. J’ai financé
le projet avec l’argent que j’avais de
côté, sans aide extérieure. Je
voulais qu’on n’ait aucun compte à
rendre là dessus.
Comment ce premier tournage c’est il
déroulé, et qu'entends-tu par "un
tournage-mode de vie" ?
Le tournage a duré 6 mois à peu près,
en comptant les deux parties. Ça devenait un
mode de vie car de nouvelles choses ou scènes
à filmer pouvaient arriver à n’importe
quel moment, selon les rencontres, les situations
que traversaient les uns et les autres. Contrairement
à ce qu’on peut imaginer, la grande majorité
du film est écrite, et le scénario original
montrait déjà bien l’esprit du
film. Mais chaque personne qui y a participé
a ré-écrit sa participation. Les avis
de tous étaient bienvenus, acteurs et équipe
(des amis de l’esav et d’ailleurs).
Quelles a été la part d’écriture
et d’improvisation ?
Parfois nous rencontrions quelqu’un
avec qui parler, et là rien n’était
prévu. L’impro et l’écrit
étaient à certains moments très
mêlés. Par exemple Minsky (un des acteurs
principaux) devait dire à quelqu’un "on
est historien, on filme la fin du monde.",
et on sortait dans la rue mais sans savoir à
l’avance à qui il allait le dire. Pendant
une semaine on a fait ça. Dans le scénario,
Nonstop devait déprimer lors d’une soirée,
un jour il m’appelle et me dit "ça
va vraiment pas!", on a décidé
de filmer la scène le lendemain soir, au jugé…
dans un ascenseur minuscule qui a fait le yoyo pendant
deux heures entre le premier et le cinquième
étage.
Ce premier essai audiovisuel montre-t-il la société
d’une façon aussi sombre et désespérée
que tu le décris dans tes textes depuis diabologum
?
Le film est un avortement. Je ne crois pas
qu’il soit sombre ou quelque chose comme ça.
Il essaie d’être réaliste tout
simplement. Mais c’est un avortement car les
gens qu’on suit voudraient changer quelque chose
à leur vie et à la société
qui les entoure mais ils s’y prennent mal. Ça
donne une impression de gâchis je crois.
2nd volet : A partir d’un deuxième
argument scénaristique assez simple - ces mêmes
quatre jeunes gens fixent un mégaphone sur
le toit d’une voiture et traverse le pays en
slammant ce qui leur passe par la tête - est
née la suite.
Le projet contenait dès le début cette
deuxième partie. On peut considérer
qu’il s’agit d’un seul film en fait,
un long métrage, même s’il y a
le générique du premier au milieu. Ce
départ c’est une fuite en avant. Il fallait
faire quelque chose suite à cet avortement.
Mais là encore, ça n’est sans
doute pas la chose constructive qu’on pouvait
attendre. Des choses sont dites dans ce mégaphone,
mais comme un dernier râle avorté. Une
voix off dissèque amèrement ce que peut
être la sortie de l’adolescence. Le film
s’achève comme s’il était
déjà un souvenir.
Le résultat de ce projet collectif
"Appelle ça comme tu veux I et II"
va être édité cette année
en DVD, en série limitée, par un jeune
curateur d’art contemporain Mathieu Copeland.
Comment l’as-tu rencontré ?
Mathieu m’a contacté pour un projet d’exposition
à Hong Kong. J’étais en train
de finir le montage d’Appelle ça
comme tu veux II. J’étais à
deux doigts de tout lâcher. Plus envie d’écrire,
ni de composer, ni rien. J’avais mis un an à
faire mûrir le projet dans ma tête, à
réfléchir en terme de film et non plus
en terme de chanson, et à confronter tout ça
avec ceux qui m’accompagnaient. Puis le tournage.
Et Appelle ça comme tu veux I avaient
été refusé dans tous les festivals
où je l’avais envoyé. Sa proposition
m’a redonné envie, le voyage aussi, changer
d’air. J’ai rassemblé mes notes,
mes sons, et recommencé à regarder devant.
L'idée d'éditer Appelle
ça comme tu veux I et II en DVD est donc
arrivée naturellement.
Quand on s’est un peu mieux connu, je lui ai
montré Appelle ça comme tu veux.
Je ne m’attendais pas à grand chose vu
les retours que j’avais eu jusque là
: violent, sale, moralement indéfendable...
J’ai même hésité à
le montrer pour être honnête ! En fait
il a beaucoup aimé et m’a proposé
de l’éditer en Dvd. Il est disponible
sur son site www.mathieucopeland.net,
et on pourra se le procurer aux concerts que je vais
donner aussi.
->
part II : 2006/2007 : Je ne finis rien. Ce sont
les gens et les choses qui se finissent en moi.