the
more shallows [US]
Dans la lignée des fameux Yo La Tengo ou des
feus Grandaddy, un trio californien sort un troisième
disque sur le label anticon qui continue de surprendre.
Sur les traces de WHY ?, Thee More SHallows explore
les terres inconnues d’une hybridation folk/pop/indie
voire expérimentale. Nous les avons rencontré
l’an dernier un peu perdus au milieu de la scène
du Palais du Grand Large à Saint-Malo, lors
de la première édition de la "Route
du Rock Collection Hiver". Entretien décontracté
avec les avenants Dee Kesler, chanteur-guitariste-compositeur,
et Jason Gonzales, bassiste et batteur.
Interview par Fabien Bidaud.
Vos impressions après le concert d’aujourd’hui
?
C’est vraiment agréable de pouvoir jouer
dans de telles conditions : un auditorium avec des
techniciens et une équipe d’accueil aux
petits soins. Habituellement, nous jouons dans des
endroits bien plus modestes aux Etats-Unis et, souvent,
on est plutôt mal accueilli par les gérants
des salles qui sont vraiment antipathiques…
Votre biographie signale que Dee Kesler, chanteur
et compositeur, a passé deux ans à écrire
More Deep Cuts, le deuxième album du groupe,
« reclus et obsédé » par
ce disque. La création, est-ce si laborieux
?
Quand je compose, je m’assure que j’ai
essayé tout ce qui était possible…
pour généralement revenir à mon
idée initiale. Mais je veux être certain
d’avoir épuisé toutes les pistes.
C’est une mauvaise façon de travailler
que je ne recommande à personne parce que ça
prend une éternité, mais c’est
comme ça que je procède. En dehors de
la musique, je suis paysagiste. C’est un bon
travail pour un musicien, pour trois raisons. Tu n’es
pas obligé de parler, tu plantes des fleurs,
etc. ; normalement tu peux gérer toi-même
ton emploi du temps… et, dans mon cas, mon patron
est ma femme, qui est elle aussi paysagiste ! Donc
quand je planchais sur l’album et que je ne
voulais pas travailler, je le lui faisais juste savoir
et elle disait : « OK ». A part ça,
je commence aussi à enregistrer d’autres
artistes dans le studio qu’on partage avec Rogue
Wave [groupe signé sur Sub Pop, NDLR] et un
troisième groupe. Jason [Gonzales, batteur
et guitariste] est libraire, et Chavo [Fraser, guitare
et batterie également] travaille dans un centre
artistique basé à San Francisco.
San Francisco est-elle toujours la ville trépidante
que Jack Kerouac décrivait dans ses livres
?
La ville est toujours excitante, et «produit»
toujours un tas de groupes… On est loin de tous
les connaître : bien qu’on soit dans le
milieu de la musique, quand on jette un œil sur
une liste de groupes de San Francisco, généralement,
on n’a jamais entendu parler de 95% d’entre
eux ! Ça montre bien l’activité
culturelle de la ville. On s’est installé
là-bas à la fin des années 90.
Beaucoup de gens ont fait la même chose, pour
devenir artiste. Cette ville a vraiment une énergie
particulière. Au même moment, on a assisté
à l’explosion du secteur informatique,
beaucoup d’autres personnes sont arrivées
pour travailler dans ces sociétés des
nouvelles technologies. Résultat, le prix des
loyers a monté en flèche et il s’avère
de plus en plus difficile de vivre là-bas.
Il faut vraiment travailler dur pour s’en sortir…
Ceci dit, vivre à San Francisco facilite les
rencontres et rend possibles des collaborations. Nous
jouons aussi dans le groupe Ral Partha Vogelbacher,
et Chavo joue dans trois autres formations. Et puis
on va bientôt réaliser un 45 tours sur
Anticon, un label plutôt orienté hip
hop qui s’ouvre à d’autres genres…
On vous imaginerait bien crédités
sur une bande originale de film, cette idée
vous a-t-elle déjà traversé l’esprit
?
Nous allons probablement travailler avec un réalisateur
canadien dans un futur proche. Même si nous
soignons particulièrement les paroles de nos
chansons, les parties instrumentales restent prédominantes.
Les paroles sont comme un nouveau climat qu’on
ajoute à la musique. Donc oui, ça serait
amusant de transposer ces ambiances sur les images
d’un film.
Pourquoi est-il généralement
si facile de différencier un groupe de rock
anglais d’un groupe américain ? Ces derniers,
vous en êtes l’illustration, s’écartent
plus souvent du format pop et produisent une musique
plus contemplative…
Le rock anglais s’exprime dans un champ assez
restreint alors que le rock américain explore
davantage. Pourquoi ? Je ne sais pas… A cause
du melting-pot, du fait que des artistes avec des
background si différents se rencontrent aux
Etats-Unis, sans doute. C’est un pays si étendu
et multiculturel ! Les Anglais jouent une musique
plus nerveuse, plus ramassée, et ont sans doute
plus conscience d’appartenir à une scène
«cohérente». L’immensité
de l’Amérique fait qu’on s’y
sent plus seul et cela apparaît dans la musique,
elle devient beaucoup plus pastorale.
En Europe, on associe le retour du rock à
guitares au premier disque des Strokes, paru en 2001.
Cette vision est-elle partagée de l’autre
côté de l’Atlantique ?
On parle plutôt de « fun rock »
depuis quelque temps, pour signifier le retour aux
fondamentaux du rock… Et c’est une bonne
chose, d’ailleurs. Parce qu’aujourd’hui
avec les progrès technologiques, tout le monde
a les moyens de produire un disque avec des orchestrations,
des cordes, des cuivres, qui sont parfois là
pour camoufler des chansons ratées. Au contraire,
c’est très difficile de faire un bon
album avec juste une batterie et une guitare, en ne
misant que sur l’énergie et les chansons.
Je pense que les White Stripes, davantage que les
Strokes, sont responsables de ce retour des guitares,
simplement parce que Jack White est un musicien incroyable.
Votre deuxième disque pourrait, objectivement,
être comparé a un bon album de Yo La
Tengo. La différence est que vous restez un
groupe confidentiel. Que faut-il faire aujourd’hui
pour percer ?
Nous jouons depuis un moment, mais, pour moi, la musique
que nous faisions il y a cinq ans n’était
pas digne d’être connue, je n’avais
pas trouvé ma propre façon de chanter,
mon propre style… Ce n’est que ces dernières
années que nous jouons de la musique dont nous
sommes assez fiers pour vouloir la faire écouter
à une audience plus large. On s’intéresse
donc à la façon de se faire connaître,
mais je n’ai pas de réponse. Ce n’est
pas une obsession, le plus important est qu’on
soit parvenu à faire la musique qu’on
avait en tête, le succès viendra, ou
pas, c’est secondaire.
•
liens
thee
more shallows
anticon
• album
Book of Bad Breaks disponible le 24 avril
chez anticon.