faust
[Fr/All]
Plus de 30 ans après ses début - 30
ans d’expérimentation, de déformation,
reformations et de mutations -, le groupe le plus
barjot et libre de la scène Krautrock allemande
poursuit inlassablement sa quête païenne
et inachevée à grand renfort d’explorations
soniques, de bétonneuses musicales, et de machines
cracheuses de copeaux à l’odeur de chaussette.
Des membres originaux, il ne reste que Jean-Hervé
Péron et Zappi Diermaier pour maintenir le
Feu Sacré, secondés à la scène
par Amaury Cambuzat d’Ulan Bator. Petit quizz
matinal trilingue à l’hôtel Cosmos
(si, si, c’est vrai), au lendemain d’un
concert parisien aux allures de rituel du Marteau
dans un Larzac post-nucléaire.
Inteview & photos du groupe par Françoise
Massacre.
FRANK ZAPPA «
G Spot Tornado » (extrait de Jazz From Hell,
1986)
Jean-Hervé Péron : J’ai
le sentiment que je connais, mais je n’arrive
pas à mettre un nom dessus. Ça n’est
ni Kraftwerk, ni Tangerine Dream, ça serait
beaucoup plus chargé que ça…
C’est un Américain.
J.H.P : Je ne sais pas.
Zappa. Un morceau de 1986.
J.H.P : Ha oui ? Nom de Dieu, tu
m’en bouches un coin !
Zappi Diermaier : C’est la
vitesse normale ?
Oui ! Dans le livre d’Andy Wilson Faust
– Stretch Out Of Time 1970-75 qui vient de paraître,
il y a, je crois, un chapitre entier sur l’influence
de Zappa sur Faust…
J.H.P : Oui. Je pense que dans ce
livre, que je n’ai pas encore lu mais dont je
connais très bien l’auteur - c’est
un copain -, il s’agit plutôt d’une
analyse sur Zappa qui comporte quelques remarques
sur l’influence qu’il a eue sur de nombreux
musiciens, dont Faust. Andy Wilson n’est pas
un fan de Faust dans le sens de « fanatique
», mais plutôt un amateur éclairé
qui ne reste pas bloqué exclusivement sur notre
musique.
Et Zappa, c’est un musicien que vous écoutiez
beaucoup à l’époque de la formation
de Faust ?
Z.D : Je l’ai écouté
à partir de 1968, et ce qui m’a le plus
frappé, c’est la diversité de
sa musique. C’est de là que vient mon
surnom. À l’origine, on m’appelait
Zappa. J’avais l’habitude d’aller
au Grünspan, un Beat-Club de Hambourg où
les Beatles ont fait leurs premiers concerts. J’arrivais
avec ma collection de vinyles de Zappa et je demandais
au disc-jockey qu’il les passe. Il a commencé
à m’appeler Zappa. Puis ça s’est
transformé en Zappi.
J.H.P : Zappa a eu une grande influence
sur nous. Sur Zappi, c’est certain, mais aussi
sur Rudolf Sosna, aujourd’hui décédé,
qui était l’élément génial
de Faust. Il était très impressionné
par Franck Zappa.
Et Beefheart ?
J.H.P : Ha ! Captain Beefheart me
plaisait encore plus. Il était nettement plus
sale.
ART BEARS « Collapse
» (extrait de Hopes & Fears, 1978)
J.H.P (reconnaissant immédiatement
la voix féminine) : C’est Dagmar Krause
Bravo. C’est un morceau d’Art Bears.
J.H.P : Oui, j’ai reconnu la
voix tout de suite. Cette voix… c’est
comme si elle me montrait sa carte d’identité.
Attends… (il tend l’oreille) Je vais te
dire pour la batterie… mais il faudrait que
le rythme change un peu… C’est Chris Cutler,
n’est-ce pas ? (Ndlr : Chris Cutler a fondé
Henry Cow, était batteur dans Art Bears aux
côtés de Fred Frith, et fut également
l’un des chefs de file du mouvement Rock In
Opposition)
Oui. Je crois que vous avez des liens étroits
avec lui ?
J.H.P : Chris Cutler a réédité
trois de nos albums sur son label Recommended Records
à la fin des années 70. Il nous a surtout
permis de réactiver la machine Faust à
un moment où on avait complètement disparu
de la circulation à la fin des années
80, en sortant Munich. Et puis, il est aussi venu
jouer à mon Festival d’Avant-Garde, à
Schiphorst en Allemagne. Malheureusement, nos relations
se sont un peu dégradées. Zappi a des
petits problèmes de communication avec lui.
Il faut dire que Chris Cutler est bien plus un artiste
qu’un businessman, et le fait d’être
sur son label a parfois été problématique.
Est-ce que vous vous reconnaissiez dans la grande
liberté artistique de toute la constellation
de musiciens apparentés au mouvement Rock In
Opposition (Ndlr : Univers Zero, Fred Frith, Etron
Fou Leloublan, Albert Marcoeur, Chris Culter…)
?
J.H.P : Dans un sens oui, la liberté
a toujours été un élément
primordial dans la musique de Faust.
Paradoxalement, on a beaucoup parlé
de Faust comme d’un groupe « monté
de toutes pièces » par le producteur
Uwe Nettlbeck et Polydor au début des années
70. Est-ce que c’est vrai ?
J.H.P : Cette idée est complètement
fausse ! Nous n’étions pas et nous n’avons
jamais été une sorte de Boys Band, et
je voudrais que cela soit bien clair ! Nous faisions
tous de la musique avant Faust. Faust est né
de la réunion de deux groupes : le mien, avec
Rudolf Sosna et Gunther Wüsthoff, qui n’avait
pas vraiment de nom, mais que j’appelais Nukleus,
le « noyau », et Campylognatus Citelli,
c’est à dire le groupe de Zappi, avec
Hans Joachim Irmler et Arnulf Meifert. On s’est
rencontré chez Zappi, et c’est là
que nous avons décidé de fusionner les
deux groupes. La vérité, c’est
qu’Uwe Nettlbeck et Polydor nous ont permis
d’aller plus loin et d’expérimenter
en nous donnant les moyens d’investir le studio
à Wumme. Les gens sont très influencés
et impressionnés par ce que disent les médias.
Aujourd’hui, on recherche la star, on prend
des gens comme ça, on les met à la télé,
alors qu’à notre époque –
ça fait vieux schnock de dire « à
notre époque » – ça ne marchait
absolument pas comme ça.
THIS HEAT « 24-Track
Loop » (extrait de This Heat, 1978)
Encore une histoire de batteur…
J.H.P : Ça n’est pas
un morceau récent de Robert Wyatt ?
Non, c’est un groupe anglais qui n’existe
plus aujourd’hui, mais dont le batteur fait
encore des concerts en solo.
J.H.P : This Heat !
Z.D : Charles Hayward ! (Ndlr : le
batteur de This Heat). J’aime tout ce qu’il
a fait.
C’est une vieille histoire entre vous
?
Z.D : Je ne le connais personnellement
que depuis le dernier festival d’Avant-Garde
de Schiphorst. J’éprouve une grande sympathie
pour lui et j’aime plus particulièrement
quand il joue en solo. Il vient d’intégrer
un nouveau groupe et ça me plaît un peu
moins.
J.H.P : J’ai fait venir Charles
Haywards deux fois à Schiphorst, et il a été
l’un des personnages les plus marquants de tout
le festival. Quand il a quitté les lieux le
matin - tout le monde était dehors autour du
feu pour le petit-déjeuner - il a eu le droit
à une véritable standing ovation complètement
spontanée, tant sa prestation musicale avait
été magique.
Zappi, tu as donc déjà joué
avec lui ?
Z.D : Oui. Nous étions 5 ou
6 batteurs. Charles jouait un rythme binaire à
4 temps, et je jouais un rythme composé à
5 temps. Toutes les 20 pulsations, nous nous rejoignions.
C’était incroyable.
J.H.P : C’était très
impressionnant ! Zappi et Charles Hayward construisaient
la base géométrique du rythme, tandis
que les autres - le percussionniste américain
Z’ev, Franck Lantignac, ancien batteur d’Ulan
Bator et Sawada du groupe psychédélique
japonais Marble Sheep - venaient se greffer sur cette
base et faisaient monter la mayonnaise.
BRAIN DONOR «
Where Do We Take U ? » (extrait de Drain’d
Boner, 2006)
J.H.P : J’aime bien ! Mais
je ne connais pas.
Z.D : C’est un truc des sixties
ou des seventies ?
Non. C’est très récent.
C’est le nouvel album de Brain Donor, un des
groupes de Julian Cope. Vous avez lu son bouquin,
Krautrocksampler ?
Z.D : Non.
J.H.P : Moi non plus. J’en
ai entendu parler évidemment. Ce qui est clair,
c’est que si le phénomène Krautrock
est bien né en Allemagne, il a été
lancé et conceptualisé par les médias
anglo-saxons, et surtout par Julian Cope.
Est-ce que vous aviez conscience d’appartenir
à un mouvement commun à l’époque
ou est-ce au contraire un phénomène
qui n’a pu être souligné qu’a
posteriori par les médias ?
J.H.P : Bien sûr, c’est
une construction à posteriori. À l’époque,
nous étions dispersés. Il y avait l’école
Berlinoise, l’école de Cologne, les musiciens
du Sud de l’Allemagne, et il y avait Faust.
Je nous mets à part volontairement, parce que
nous étions vraiment coupés du monde.
À Berlin par exemple, ils se réunissaient
au Zodiac, un club fondé par Conrad Schnitzler,
ils communiquaient, passaient de groupe en groupe.
À Munich, c’était la même
chose avec la constellation autour d’Amon Düül.
Nous, nous étions à Wumme, complètement
coupés de tout, et nous n’avions pas
le sentiment de faire partie d’un mouvement.
Nous étions en plein dedans, une particule
de ce mouvement, un arbre dans la forêt. Seuls
les gens de l’extérieur avaient le recul
nécessaire pour comprendre ce qui se passait.
Z.D : Nous étions souvent
seuls, et nous n’avions pas spécialement
envie de rentrer en contact avec les autres musiciens.
On ne voulait faire partie de rien.
J.H.P : Notre style, c’était
de ne pas en avoir. Aujourd’hui, nous payons
un peu le prix de cet isolement. Nous ne sommes pas
populaires. Faust est apprécié seulement
d’une minorité de gens.
Tony Conrad, John Cale,
Angus McLise, La Monte Young et Marian Zazeela «
Volume 1 : Day Of Niagara » (extrait de Inside
The Dream Syndicate, 1965)
J.H.P : Est-ce que c’est du
violon que j’entends ?
Oui.
J.H.P : C’est Tony Conrad.
Exact.
J.H.P (en riant, apparemment, le sujet s’annonce
vaste) : Zappi, c’est Tony Conrad !
Z.D : C’est Uwe Nettlbeck qui
nous avait mis en contact en 1972. Je crois qu’il
était en tournée.
J.H.P : Il présentait un film
à Berlin.
Z.D : Il est passé dans notre
studio à Wumme, nous a dit qu’il faisait
de la musique expérimentale, et nous a demandé
de jouer avec lui. Il voulait que je joue ce rythme
répétitif par dessus un drone de cordes.
(Ndlr : le résultat de cette collaboration
entre Tony Conrad et Faust est Outside The Dream Syndicate,
sorti originellement en 1972 sur Caroline/Virgin)
Oui, le fameux Faust-beat. Ta Ta Ta Ta…
Z.D : À ce moment-là,
je ne comprenais pas vraiment où il voulait
en venir. On jouait ces rythmes ultra-répétitifs,
il jouait une seule note tenue au violon, et ça
a duré 6 jours ! Au bout de deux jours d’enregistrement,
il nous dit « oh, j’ai fait une fausse
note au violon, on va devoir tout recommencer »
(rire général). Le septième jour,
on n’en pouvait plus !
Donc vous ne le connaissiez pas avant d’enregistrer
Outside The Dream Syndicate ?
J.H.P : Non. Cependant, la rencontre
avec Conrad a eu un impact très fort sur moi.
Pas immédiatement ceci dit. C’était
comme une bombe à retardement. Plusieurs années
après cette collaboration, j’ai vraiment
ressenti le message de sa musique, physiquement et
intellectuellement, et j’ai compris combien
sa démarche musicale était juste. Tu
sais qu’il a eu une grande influence sur le
Velvet Underground ?
Avec John Cale, oui. Je me demandais d’ailleurs
si ce fameux Faust-beat ne venait pas du morceau «
Heroin » du Velvet…
Z.D : En fait, si influence il y
a, elle viendrait plutôt des musiques militaires.
Mon père était Tambour, et je lui portais
ses partitions pendant les défilés.
Vous avez rejoué plusieurs fois avec
Tony Conrad par la suite.
J.H.P : Oui, ces rencontres ont été
organisées par Jeff Hunt du label Table Of
The Elements, dont Tony Conrad est, en quelque sorte,
le cheval de trait. Il nous a fait venir aux États-Unis
en 1994, et c’est là qu’on a revu
Conrad. Depuis notre dernière rencontre à
Londres cependant, il semble qu’il n’éprouve
plus vraiment le désir de réitérer
l’expérience… et je m’en
fous pas mal.
C’est à dire ?
J.H.P : On a fait un bout de chemin
ensemble, c’est très bien, mais si il
n’a plus envie de marcher avec nous, que veux-tu
que j’y fasse ? Ce qui est certain, c’est
que si nous étions amenés à rejouer
avec lui, je n’accepterais plus d’être
là uniquement pour l’accompagner. Pendant
ces six jours d’enregistrement, je n’ai
joué qu’une seule note. Le dernier jour,
j’ai essayé de jouer une deuxième
note, une fois, la tierce mineure, sans rien changer
à la tonalité mais juste pour donner
un souffle. Et là, Tony a dit : « Non,
non, non ! Il ne faut rien changer ! » (Rires).
Si c’était à refaire, je l’accompagnerais
jusqu’à un certain point, mais ensuite,
il faudrait aussi que je puisse m’épanouir,
qu’il apprécie ou non.
NURSE WITH WOUND «
The Six Buttons Of Sex Appeal » (extrait de
Chance Meeting On A Dissecting Table Of A Sewing Machine
And An Umbrella, 1979)
J.H.P : Ça c’est japonais
! Keiji Haino ! Michael Mooney (Ndlr: premier
chanteur de Can) ?
Non. C’est quelqu’un que vous
connaissez personnellement je crois, et sur qui Faust
a eu une grande influence.
J.H.P : Nine Inch Nails ? Throbbing
Gristle ?
Non. C’est Steven Stapleton, Nurse With
Wound.
J.H.P : Ja ! J’adore !
Beaucoup de groupes de musique industrielle
se revendiquent de Faust.
J.H.P :C’est vrai. Nous n’avons
peut-être pas inventé quoi que ce soit,
mais nous avons ouvert un chemin qui n’était
pas encore balisé.
Vous avez rencontré Stapleton ?
J.H.P : Je ne l’ai encore jamais
vu. Mais je peux te dire que lorsqu’il avait
14 ou 15 ans, il est venu en stop jusqu’à
Wumme pour nous voir. Il a frappé à
la porte mais nous n’étions pas là.
Alors il est reparti. 30 ans plus tard, j’ai
enfin essayé de le joindre - d’ailleurs,
si tu as le temps, appelle-le, son répondeur
vaut le détour, complètement planant
! Ça a duré des semaines jusqu’à
ce qu’on arrive enfin à se parler.
Vous avez travaillé ensemble ?
J.H.P :Mentalement, oui. On a des
projets.
Julien Perrin (Ndlr : un jeune
Français qui prépare en ce moment un
documentaire sur Faust) m’a dit
qu’il était peut-être question
que Stapleton produise votre prochain album ?
J.H.P (son visage s’illumine)
: Julien Perrin ! Il faut parler de Julien Perrin
(Ndlr: http://nokrautrockstory.blogspot.com).
Si ça se trouve, dans 10 ans, il sera devenu
quelqu’un de vraiment important, mais ce qui
compte vraiment c’est son enthousiasme, sa ténacité,
et sa simplicité.
JIM O’ROURKE «
Through The Night Softly » (extrait de Eureka,
1999)
Z.D (aux premières notes de
piano) : Faust ? (Rires)
Non. Mais ce n’est pas évident.
C’est un morceau de Jim O’Rourke.
J.H.P : On pourrait parler de Jim
O’Rourke pendant des heures, mais je n’aurais
rien de gentil à dire sur lui. Et c’est
dommage parce que c’est un grand musicien. Il
a fait un énorme travail sur Rien (Ndlr : Rien
a été produit par Jim O’Rourke.
Publié en 1996 sur Table Of The Elements, cela
faisait alors près de 20 ans que Faust n’avait
pas sorti de véritable album studio).
J’ai fait sa louange partout à l’époque
: chapeau, bravo, merci. Par contre, l’attitude
qu’il a eue vis à vis de nous après
est lamentable. C’est un petit con ! Je l’ai
déjà dit à la presse ouvertement
et je suis tout à fait d’accord pour
que tu l’écrives. À l’époque,
il disait : « C’est Rien de Faust
», pas au sens de la plaisanterie facile,
mais dans le sens « Faust n’a Rien
à voir dans ce disque ». Il ne nous
l’a même pas dit en face, mais par personnes
interposées. Je ne l’ai appris que des
années après, et je n’ai vraiment
pas apprécié. Il prétend aussi
qu’on lui doit du fric… Il n’a pas
travaillé seul, nous avons travaillé
ensemble. On lui a donné notre matériel,
et il a fait un disque super. Mais au final, c’est
un travail commun ! Faut pas déconner. Tu sais,
Faust n’est pas un groupe de perfectionnistes
mais de dilettantes. Bref, ce type a des problèmes
intérieurs… Il est toujours tout goubliné,
comme ça… (Ndlr : il se lance alors
dans une imitation comique de Jim O’Rourke,
courbé avec tout le poids du monde sur ses
épaules). Un petit con !
DÄLEK « Black
Smoke Rises » (extrait de From Filthy Tongue
Of Gods And Griots, 2002)
C’est vache, j’avoue. Ce morceau
n’est pas vraiment représentatif du musicien.
C’est Dälek.
Z.D : Oui, ça aurait pu être
n’importe quoi ! En fait, on ne s’est
rencontré qu’une fois, le temps de la
collaboration (Ndlr : Faust vs. Dälek, Nummer
3 en 2003, puis Derbe Respect, Alder en 2004).
Dälek était un fan de Faust depuis des
années, et il m’a contacté. Ce
qui m’intéressait, c’est que le
hip-hop est très loin de ce que je fais d’habitude.
Le mélange entre nos deux univers était
vraiment nouveau. We did it !
Pour finir, j’aimerais savoir comment
les deux groupes Faust font (ou ont fait) pour cohabiter?
Z.D : Hans-Johachim Irmler (Ndlr
: membre de la formation originale, qui a tenté
de monter un groupe Faust parallèlement à
celui de Jean-Hervé Peron et Zappi Diermaier)
a essayé de faire de la musique sous le nom
Faust, en invitant des musiciens qui n’avaient
rien à voir avec le groupe. Ça a duré
deux ou trois semaines. Il était le seul membre
de la formation originale. En 2005, 35 ans après
les débuts de Faust, il a tourné en
Angleterre en essayant de reprendre des vieux morceaux
du groupe. Il était incapable de les jouer
et de les reproduire correctement sur scène,
même si par ailleurs, c’est un bon musicien.
On s’était déjà rendu compte
de ça au moment où on s’est reformé
dans les années 90. C’est comme s’il
ne comprenait plus ces vieux morceaux. Pour moi, ce
qu’il a fait à ce moment-là n’était
pas du Faust et je crois qu’aujourd’hui,
il a compris de lui-même que ça n’était
pas le vrai Faust.
J.H.P (toujours à propos de
H.J Irmler) : Il me déteste et je le déteste.
À ce point-là ?
J.H.P : Oui. Si l’un de nous
deux, Zappi ou moi, allait rejoindre Irmler, alors
peut-être que ça deviendrait le vrai
Faust, parce qu’à deux, on a toujours
plus de matière et plus d’éléments.
Le seul Faust est celui qui vit ! Et pour le moment,
c’est nous : le trio avec Momo (Ndlr : Amaury
Cambuzat). D’ailleurs demain, ça
fera précisément 10 ans qu’Amaury
a joué avec nous pour la première fois
sur scène. C’est un excellent musicien,
unique. Il comprend l’esprit de Faust et en
même temps, il nous apporte énormément.
En plus, il est beau et il sent bon ! (Rires)
Et maintenant, quels sont vos plans ?
Z.D : Nous avons encore plusieurs
dates, en France, à Cracovie, et à Londres
en décembre. Il y a aussi le livre d’Andy
Wilson sur Faust qui vient de sortir. Et puis nous
aimerions sortir un nouveau disque l’année
prochaine.
J.H.P : Après le concert de
Londres, nous arriverons à la fin de l’année
2006. On refermera la page que l’on a ouverte
en 2005 - nous avons beaucoup travaillé pendant
ces deux ans, entre les concerts et les enregistrements
-, pour en rouvrir une nouvelle en début d’année
prochaine. Nous avons encore énormément
de projets.
Z.D : Nous aimerions monter des concerts
très différents de ce que l’on
a fait jusqu’à présent, soit très
minimalistes, soit beaucoup plus explosifs, avec des
énormes machines. Des hélicoptères
par exemple.
Comme Johnny ?
J.H.P : (Rires) Oui, ou plutôt
comme Stockhausen ! Il a composé une pièce
pour six hélicoptères.
Z.D : Enfin, nous voudrions intégrer
des films et de la vidéo à nos concerts
de manière interactive. Nous réagissons
à la vidéo, et la vidéo réagit
à ce que l’on joue.
Article paru initialement dans le magazine Versus
n°10.
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faust
le
blog de Julien Perrin
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l'ensemble des photos du concert de faust @ nouveau
casino le 07 nov. 2006 par Françoise Massacre.