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© valérie archeno

 

 

katerine [Fr]


Difficile de traduire l’effet que produit Katerine quand il se met à parler. Les mots qu’il emploie ne sont qu’une partie de ce qu’il semble vouloir signifier. Le ton employé, solennel et décalé, l’expression de son visage, avec son air « abstrait », les temps morts et les sourires qui rythment sa pensée, participent également au sens de ses propos. L’homme est avenant, brisant instantanément notre appréhension de devoir contourner le petit mythe en construction pour découvrir la chaire cachée derrière. « Mythe de rien du tout », aurait-il pu rétorquer, si n’était l’engouement médiatique qui ces derniers temps porte Katerine vers les cimes d’un succès pas volé. Ce dernier n’en a cure et multiplie les projets. Préparé en résidence à l’Aire Libre de Saint-Jacques-de-la-Lande avant d’être présenté quatre soirs durant aux Trans Musicales, le show tout électrique et résolument rock concocté avec ses amis (et néanmoins musiciens) des French Cow-Boys, ex-Little Rabbits, a tout d’une simple et belle réussite. Vivant, drôle, euphorisant, dansant, le concert auquel nous avons assisté appelle une pleine gamelle de superlatifs. En parallèle à cette tournée, une autre se prépare, qui verra Katerine se trémousser en cadence sur la musique de son dernier disque Robots après tout en compagnie de Mathilde Monnier. La chorégraphe, directrice du Centre chorégraphique national de Montpellier, s’était déjà confrontée aux musiques actuelles avec Publique, spectacle inspiré des musiques de PJ Harvey. Plonger dans l’univers fantasque de Katerine est sa nouvelle (et belle) idée. Actuellement en création à la fertile Ferme du Buisson (Scène nationale de Marne-la-Vallée), ce spectacle est nommé 2008 Vallée. Katerine a conscience que les mois à venir vont être chargés : « Je vais avoir une bonne année de merde… Je ne sais pas comment je vais m’en tirer… ».

Propos recueillis par O:liv et Julien Coudreuse _ décembre 2005 _ Transmusicales de Rennes.


Comment se passe votre résidence à L’Aire Libre ?
Très bien. On est heureux ici. On est tous ensemble. On est comme une secte, une communauté…

Vous logez dans la petite maison ? (Une maison, attenante à la salle, est mise à disposition des artistes en résidence à l’Aire Libre, ndlr)
Ouais, c’est très bien. Il y a l’aéroport juste à côté. Je trouve que c’est la plus belle vue de Rennes. Je passe mes nuits à la fenêtre. A attendre un avion qui atterrit. C’est magnifique. Je le dis sans ironie. J’ai vue sur la piste. C’est très très bruyant, mais c’est beau. Je l’ai encore vu ce matin au lever du jour. Tu te mets une musique de Air -par exemple- dans les oreilles, ça prend une dimension extraordinaire…

Aviez-vous travaillé les morceaux avant d’entrer en résidence ?
Oui. Les Little Rabbits ont un local de répétition à Nantes. Qui n’est pas chauffé d’ailleurs ! On était obligé de jouer en manteau. Du coup, comme tout est chauffé ici, on a l’impression que c’est extrêmement confortable, qu’on est devenu des bourgeois.

Pourquoi avoir choisi les musiciens des Little Rabbits pour vous accompagner ?
Je me suis aperçu que les chansons que j’avais composées pour le disque étaient très simples à jouer. Il fallait donc les musiciens…

…adéquats ?
Voilà, on m’a compris… Avant je ne me servais pas trop des accords majeurs. J’utilisais plutôt des accords mineurs, ou septième… Cette fois, j’ai composé sur une machine à laquelle je ne connaissais rien. Donc je me suis retrouvé avec des chansons…au fond… Rock, basées sur deux ou trois accords. Ce n’est pas sorcier, vous savez. Du coup, avec les gars, ça se déroule très naturellement. C’est un groupe d’une exceptionnelle qualité ! Et ça correspond tout à fait à leur son. En plus c’est des amis de très longue date. C’est un bonheur fou. J’avais déjà joué avec eux, mais pour des bœufs ou des chansons isolées, lorsqu’ils m’y invitaient. Mais sur une durée d’une heure et quart comme en concert, ça ne m’était pas arrivé. On va tout déchirer, c’est moi qui vous le dis ! Le spectacle va être amené à tourner... En parallèle du projet avec Mathilde Monnier… Je vais avoir une bonne année de merde ! Tout est planifié jusqu’en 2007, je ne sais pas comment je vais m’en tirer. Ceci dit, je suis très excité de faire ces concerts. Je prends mon pied, et c’est la première fois que j’ai un tel bonheur à être sur scène. Je suis un fan de rock, mais je m’étais toujours empêché d’en faire. Je ne sais pas pourquoi.

Par humilité ?
Ou, au contraire, par orgueil. Je ne sais pas. Du coup, ça me libère complètement. Sur les anciennes tournées, j’étais également accompagné de musiciens, mais les chansons étaient différentes, plus sophistiquées d’une certaine façon. Ca allait un petit peu ailleurs. Là c’est direct, c’est net, c’est précis. Il n’y a pas de questions qui se posent, c’est très agréable.

Vous n’avez pas eu l’envie de donner des concerts juste avec la machine ?
Si, j’ai eu l’idée pendant un quart d’heure à peu près. Après je me suis vite dit que ça allait être très chiant. Seul pendant toute une tournée… Moi qui ai horreur de la solitude. Quand tu fais de la musique, le bonheur, c’est d’en faire avec les amis.

Comment avez-vous procédé pour la création de votre dernier album Robots après tout ?
J’ai tout composé dans ma chambre sur une petite machine, la Groovebox. J’ai renoué avec le goût de faire des maquettes. Quand j’ai commencé la musique, je faisais des maquettes, enregistrées au 4-pistes. J’ai enregistré mon premier disque comme ça. Et j’ai refais ça avec ce disque. Ensuite, j’ai demandé à Gonzales, que je connaissais déjà, de réaliser le disque. Il a reconstitué mes maquettes, mais de façon plus fine. Il a repris quelques sons, puis il a bouleversé beaucoup de choses avec Renaud Letang. Ils ont fait leur cuisine. Du coup je redécouvrais un peu mes morceaux, Je les laissais faire, je lisais le journal tranquillement, en fumant de l’opium. Et ça m‘allait très bien. Gonzales va d’ailleurs sûrement nous rejoindre sur scène ici et là. Il aime jouer ce garçon.

Que pouvez-vous nous dire du spectacle que vous préparez avec Mathilde Monnier ?
Elle a travaillé sur des musiques de PJ Harvey. Là ce sera très différent, puisque ce sera sur des musiques de… Katerine… Je ne sais pas trop comment ça va se passer, vu qu’on a pas commencé à travailler ensemble. Je serais d’ailleurs très curieux de savoir ce que ça va donner… Ce sera autour des chansons du dernier disque. Ce sera de nature assez primitive. C’est à dire peut-être… Je ne sais pas ce que ça va être… Mais, je suis très excité par ce projet. Je découvre un peu la danse contemporaine et je m’aperçois qu’il s’agit d’un milieu où les gens se posent plein de questions qu’on ne se pose plus du tout en chanson. C’est vrai, on ne se pose plus du tout de questions en chanson ?!

Quels types de questions ?
Des questions esthétiques. La danse contemporaine a rejoint un peu l’art contemporain en fin de compte. Je pense à la non-danse notamment… C’est un milieu très excitant où les gens crient au scandale dans les salles. Ce qui n’arrive plus depuis des années en musique. Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais plus personne n’est outré par ce qui se passe. Un public qui quitte la salle en colère, c’est devenu de plus en plus rare. La danse contemporaine est encore un lieu pour ça. Il y a une réflexion esthétique autour de mes chansons dans le sens où certaines sont très laides, parfois ingrates. Ma réflexion sur l’esthétique consiste à considérer ces chansons ingrates comme étant abouties, comme étant présentables. C’est ça ma question. Si on écoute patati patata dans mon disque, c’est une chanson a capella où je marche. Est-ce que c’est présentable ? Normalement… c’est au placard. C’est ça qui m’importe. Déplacer les objets dans un autre lieu.

Allez-vous danser dans ce spectacle ?
Oui je vais danser. Je vais m’exprimer… avec mon corps. Mathilde Monnier aussi. Elle va chanter également. Il n’y a pas de raison !

Encore une histoire de mise à nu ? (à poil en couverture de son double album Les Créatures / L’Homme à trois mains, Katerine se présente en slip et haut rose moulant sur la pochette de son dernier disque, ndlr)
J’ai de réelles envies d’exhibition, c’est sûr. Il faut quand même exciter le public. Il faut exciter les jeunes ! Même avec des choses parfois ingrates… Je n’ai pas un corps de rêve, je vous le dis tout de suite. Justement, ça rejoint précisément les questions d’esthétique. Qu’est-ce que tu fais de ce corps ? Est-ce que t’en as honte ou est-ce que tu l’affiches ? Moi j’ai décidé de l’afficher. Il paraît que ça fait du bien à certaines personnes, qui se sentent moins complexées. Si je peux servir à ça, je suis bien content.

Les histoires contées dans votre album ont-elles été vécues ?
Pas forcément. C’est une espèce de ragoût -pardonnez-moi cette métaphore culinaire- un mélange de réalité, de fantasmes, de rêves, de cauchemars. Il y a un peu de tout. Du coup je ne m’y retrouve pas tellement. Je ne sais pas trop ce qui est vrai et ce qui n’est pas vrai dans mes chansons. D’ailleurs ça ne m’intéresse pas de le savoir. Marine Le Pen (dans le morceau 20.04.2005, ndlr), c’est parti d’une réalité. C’est une histoire vraie. J’ai suivi un jour une fille qui s’avérait être Marine Le Pen. Le revers de la médaille est parfois douloureux. Après, le fait qu’elle me poursuive, ce que je décris dans la chanson, c’est peut-être plus de l’ordre du fantasme. Peut-être plus…

Dans cette même chanson, Gonzales vous interrompt et s’enquiert de la signification d’un mot : « fallu ». Cette parenthèse hilarante (réinterprétée sur scène, ndlr), comment vous est-elle venue ?
Je me suis dis que le cœur même de cette chanson, c’était ce mot-là : « fallu ». Parce que si tu rajoutes un « s », on est pas loin de « phallus ». C’est une chanson terrible, sur ce point. Qui nous décrit comme des animaux. Que nous sommes ! Et oui… A notre corps défendant.

Julien Coudreuse.


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katerine

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Robots après tout (Barclay)

concerts
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+ tournée dans toute la france a partir de mars.