katerine
[Fr]
Difficile de traduire l’effet que produit Katerine
quand il se met à parler. Les mots qu’il
emploie ne sont qu’une partie de ce qu’il
semble vouloir signifier. Le ton employé, solennel
et décalé, l’expression de son
visage, avec son air « abstrait », les
temps morts et les sourires qui rythment sa pensée,
participent également au sens de ses propos.
L’homme est avenant, brisant instantanément
notre appréhension de devoir contourner le
petit mythe en construction pour découvrir
la chaire cachée derrière. « Mythe
de rien du tout », aurait-il pu rétorquer,
si n’était l’engouement médiatique
qui ces derniers temps porte Katerine vers les cimes
d’un succès pas volé. Ce dernier
n’en a cure et multiplie les projets. Préparé
en résidence à l’Aire Libre de
Saint-Jacques-de-la-Lande avant d’être
présenté quatre soirs durant aux Trans
Musicales, le show tout électrique et résolument
rock concocté avec ses amis (et néanmoins
musiciens) des French Cow-Boys, ex-Little Rabbits,
a tout d’une simple et belle réussite.
Vivant, drôle, euphorisant, dansant, le concert
auquel nous avons assisté appelle une pleine
gamelle de superlatifs. En parallèle à
cette tournée, une autre se prépare,
qui verra Katerine se trémousser en cadence
sur la musique de son dernier disque Robots après
tout en compagnie de Mathilde Monnier. La chorégraphe,
directrice du Centre chorégraphique national
de Montpellier, s’était déjà
confrontée aux musiques actuelles avec Publique,
spectacle inspiré des musiques de PJ Harvey.
Plonger dans l’univers fantasque de Katerine
est sa nouvelle (et belle) idée. Actuellement
en création à la fertile Ferme du Buisson
(Scène nationale de Marne-la-Vallée),
ce spectacle est nommé 2008 Vallée.
Katerine a conscience que les mois à venir
vont être chargés : « Je vais avoir
une bonne année de merde… Je ne sais
pas comment je vais m’en tirer… ».
Propos recueillis par O:liv et Julien Coudreuse _
décembre 2005 _ Transmusicales de Rennes.
Comment se passe votre résidence à
L’Aire Libre ?
Très bien. On est heureux ici. On est tous
ensemble. On est comme une secte, une communauté…
Vous logez dans la petite maison ? (Une
maison, attenante à la salle, est mise à
disposition des artistes en résidence à
l’Aire Libre, ndlr)
Ouais, c’est très bien. Il y a l’aéroport
juste à côté. Je trouve que c’est
la plus belle vue de Rennes. Je passe mes nuits à
la fenêtre. A attendre un avion qui atterrit.
C’est magnifique. Je le dis sans ironie. J’ai
vue sur la piste. C’est très très
bruyant, mais c’est beau. Je l’ai encore
vu ce matin au lever du jour. Tu te mets une musique
de Air -par exemple- dans les oreilles, ça
prend une dimension extraordinaire…
Aviez-vous travaillé les morceaux avant
d’entrer en résidence ?
Oui. Les Little Rabbits ont un local de répétition
à Nantes. Qui n’est pas chauffé
d’ailleurs ! On était obligé de
jouer en manteau. Du coup, comme tout est chauffé
ici, on a l’impression que c’est extrêmement
confortable, qu’on est devenu des bourgeois.
Pourquoi avoir choisi les musiciens des Little
Rabbits pour vous accompagner ?
Je me suis aperçu que les chansons que j’avais
composées pour le disque étaient très
simples à jouer. Il fallait donc les musiciens…
…adéquats ?
Voilà, on m’a compris… Avant je
ne me servais pas trop des accords majeurs. J’utilisais
plutôt des accords mineurs, ou septième…
Cette fois, j’ai composé sur une machine
à laquelle je ne connaissais rien. Donc je
me suis retrouvé avec des chansons…au
fond… Rock, basées sur deux ou trois
accords. Ce n’est pas sorcier, vous savez. Du
coup, avec les gars, ça se déroule très
naturellement. C’est un groupe d’une exceptionnelle
qualité ! Et ça correspond tout à
fait à leur son. En plus c’est des amis
de très longue date. C’est un bonheur
fou. J’avais déjà joué
avec eux, mais pour des bœufs ou des chansons
isolées, lorsqu’ils m’y invitaient.
Mais sur une durée d’une heure et quart
comme en concert, ça ne m’était
pas arrivé. On va tout déchirer, c’est
moi qui vous le dis ! Le spectacle va être amené
à tourner... En parallèle du projet
avec Mathilde Monnier… Je vais avoir une bonne
année de merde ! Tout est planifié jusqu’en
2007, je ne sais pas comment je vais m’en tirer.
Ceci dit, je suis très excité de faire
ces concerts. Je prends mon pied, et c’est la
première fois que j’ai un tel bonheur
à être sur scène. Je suis un fan
de rock, mais je m’étais toujours empêché
d’en faire. Je ne sais pas pourquoi.
Par humilité ?
Ou, au contraire, par orgueil. Je ne sais pas. Du
coup, ça me libère complètement.
Sur les anciennes tournées, j’étais
également accompagné de musiciens, mais
les chansons étaient différentes, plus
sophistiquées d’une certaine façon.
Ca allait un petit peu ailleurs. Là c’est
direct, c’est net, c’est précis.
Il n’y a pas de questions qui se posent, c’est
très agréable.
Vous n’avez pas eu l’envie de
donner des concerts juste avec la machine ?
Si, j’ai eu l’idée pendant un quart
d’heure à peu près. Après
je me suis vite dit que ça allait être
très chiant. Seul pendant toute une tournée…
Moi qui ai horreur de la solitude. Quand tu fais de
la musique, le bonheur, c’est d’en faire
avec les amis.
Comment avez-vous procédé pour
la création de votre dernier album Robots après
tout ?
J’ai tout composé dans ma chambre sur
une petite machine, la Groovebox. J’ai renoué
avec le goût de faire des maquettes. Quand j’ai
commencé la musique, je faisais des maquettes,
enregistrées au 4-pistes. J’ai enregistré
mon premier disque comme ça. Et j’ai
refais ça avec ce disque. Ensuite, j’ai
demandé à Gonzales, que je connaissais
déjà, de réaliser le disque.
Il a reconstitué mes maquettes, mais de façon
plus fine. Il a repris quelques sons, puis il a bouleversé
beaucoup de choses avec Renaud Letang. Ils ont fait
leur cuisine. Du coup je redécouvrais un peu
mes morceaux, Je les laissais faire, je lisais le
journal tranquillement, en fumant de l’opium.
Et ça m‘allait très bien. Gonzales
va d’ailleurs sûrement nous rejoindre
sur scène ici et là. Il aime jouer ce
garçon.
Que pouvez-vous nous dire du spectacle que
vous préparez avec Mathilde Monnier ?
Elle a travaillé sur des musiques de PJ Harvey.
Là ce sera très différent, puisque
ce sera sur des musiques de… Katerine…
Je ne sais pas trop comment ça va se passer,
vu qu’on a pas commencé à travailler
ensemble. Je serais d’ailleurs très curieux
de savoir ce que ça va donner… Ce sera
autour des chansons du dernier disque. Ce sera de
nature assez primitive. C’est à dire
peut-être… Je ne sais pas ce que ça
va être… Mais, je suis très excité
par ce projet. Je découvre un peu la danse
contemporaine et je m’aperçois qu’il
s’agit d’un milieu où les gens
se posent plein de questions qu’on ne se pose
plus du tout en chanson. C’est vrai, on ne se
pose plus du tout de questions en chanson ?!
Quels types de questions ?
Des questions esthétiques. La danse contemporaine
a rejoint un peu l’art contemporain en fin de
compte. Je pense à la non-danse notamment…
C’est un milieu très excitant où
les gens crient au scandale dans les salles. Ce qui
n’arrive plus depuis des années en musique.
Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais
plus personne n’est outré par ce qui
se passe. Un public qui quitte la salle en colère,
c’est devenu de plus en plus rare. La danse
contemporaine est encore un lieu pour ça. Il
y a une réflexion esthétique autour
de mes chansons dans le sens où certaines sont
très laides, parfois ingrates. Ma réflexion
sur l’esthétique consiste à considérer
ces chansons ingrates comme étant abouties,
comme étant présentables. C’est
ça ma question. Si on écoute patati
patata dans mon disque, c’est une chanson a
capella où je marche. Est-ce que c’est
présentable ? Normalement… c’est
au placard. C’est ça qui m’importe.
Déplacer les objets dans un autre lieu.
Allez-vous danser dans ce spectacle ?
Oui je vais danser. Je vais m’exprimer…
avec mon corps. Mathilde Monnier aussi. Elle va chanter
également. Il n’y a pas de raison !
Encore une histoire de mise à nu ?
(à poil en couverture de son double album Les
Créatures / L’Homme à trois mains,
Katerine se présente en slip et haut rose moulant
sur la pochette de son dernier disque, ndlr)
J’ai de réelles envies d’exhibition,
c’est sûr. Il faut quand même exciter
le public. Il faut exciter les jeunes ! Même
avec des choses parfois ingrates… Je n’ai
pas un corps de rêve, je vous le dis tout de
suite. Justement, ça rejoint précisément
les questions d’esthétique. Qu’est-ce
que tu fais de ce corps ? Est-ce que t’en as
honte ou est-ce que tu l’affiches ? Moi j’ai
décidé de l’afficher. Il paraît
que ça fait du bien à certaines personnes,
qui se sentent moins complexées. Si je peux
servir à ça, je suis bien content.
Les histoires contées dans votre album
ont-elles été vécues ?
Pas forcément. C’est une espèce
de ragoût -pardonnez-moi cette métaphore
culinaire- un mélange de réalité,
de fantasmes, de rêves, de cauchemars. Il y
a un peu de tout. Du coup je ne m’y retrouve
pas tellement. Je ne sais pas trop ce qui est vrai
et ce qui n’est pas vrai dans mes chansons.
D’ailleurs ça ne m’intéresse
pas de le savoir. Marine Le Pen (dans le morceau 20.04.2005,
ndlr), c’est parti d’une réalité.
C’est une histoire vraie. J’ai suivi un
jour une fille qui s’avérait être
Marine Le Pen. Le revers de la médaille est
parfois douloureux. Après, le fait qu’elle
me poursuive, ce que je décris dans la chanson,
c’est peut-être plus de l’ordre
du fantasme. Peut-être plus…
Dans cette même chanson, Gonzales vous
interrompt et s’enquiert de la signification
d’un mot : « fallu ». Cette parenthèse
hilarante (réinterprétée sur
scène, ndlr), comment vous est-elle venue ?
Je me suis dis que le cœur même de cette
chanson, c’était ce mot-là : «
fallu ». Parce que si tu rajoutes un «
s », on est pas loin de « phallus ».
C’est une chanson terrible, sur ce point. Qui
nous décrit comme des animaux. Que nous sommes
! Et oui… A notre corps défendant.
Julien Coudreuse.
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lien
katerine
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lien
Robots après tout (Barclay)
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concerts
24/02/2006 : la ferme du buisson - marne la vallée
[77]
25/02/2006 : la ferme du buisson - marne la vallée
[77]
26/02/2006 : la ferme du buisson - marne la vallée
[77]
+ tournée dans toute la france a partir de
mars.