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psykick lyrikah
credits : www.mokaille.com

 

 

psykick lyrikah [france]


Lancé à Bordeaux il y a plus de six ans, le projet psykick lyrikah a vu sa formation évoluer au fil du temps. Duo composé de arm et DJ Remo à l’origine, bientôt rejoints par le rennais Mr Teddybear, ce groupe réalise en 2003 plusieurs morceaux disponibles sur une street tape baptisée « Lyrikal Technic », riche de nombreux autres invités. Le désengagement progressif de DJ Remo et l’arrivée à Rennes de arm marquent l’avènement de Psykick Lyrikah tel qu’on le connaît aujourd’hui, duo centré autour de ce dernier (à la voix) et de Mr Teddybear (aux machines). Suivent alors quelques concerts, des collaborations avec Robert Le Magnifique – devenu depuis l’homme de main du groupe en live – et Abstrackt Keal Agram, et la sortie en octobre dernier d’un premier album original qui ne nous lâche plus (lien chronique), Des Lumières sous la Pluie. L’occasion fut offerte de rencontrer arm (accompagné à cette occasion par Thomas du label Idwet) à quelques heures de ce concert donné samedi 13 novembre à La Passerelle de Saint-Brieuc dans le cadre de la “ Tournée des Trans ” (Musicales). Timide et pourtant volubile, il nous dévoile les coutures d’un projet riche en promesses.


Pourriez-vous dans un premier temps nous présenter les grandes lignes de votre parcours ensemble ?

arm : J’ai lancé le projet Psykick Lyrikah à Bordeaux avec DJ Remo. Remo a quitté le groupe progressivement. Il travaillait de plus en plus avec des rappeurs de Bordeaux et ne participait plus du tout à la composition des morceaux. D’un accord commun, nous avons donc décidé de continuer Psykick Lyrikah à deux. Ce qui ne fige rien dans le définitif. Nous sentions avec Teddy que nous avions abordé des trucs sur la cassette que nous nous devions de développer ensemble, sans s’entourer d’autant de monde. Nous avions envie de nous retrouver et de chercher notre identité de groupe à tous les deux. Avec Teddy nous habitions alors la même ville, passions quasiment la moitié de la semaine ensemble. Au niveau de la composition, quelque chose naissait de ce quotidien partagé.


Avez-vous bénéficié de dispositifs particuliers qui vous auraient aidés à franchir certaines étapes dans votre évolution ?
arm : Nous n’avons jamais démarché personne, ni demandé d’argent nulle part. Nous n’avons jamais envoyé de démo, ni passé un seul coup de fil. Notre chance a simplement été d’avoir eu l’occasion de jouer rapidement sur scène. Nous sommes entrés en contact avec les gens d’Idwet par le biais de Lionel d’Abstrackt Keal Agram, rencontré par hasard dans les locaux de Radio Campus Rennes où il était programmateur 'electro', et où Teddy et moi avions chacun notre émission. Nous avons juste le 'cul bordé de nouilles'.

thomas (Idwet)
: Dès la première fois où j’ai vu Psykick Lyrikah en concert, j’ai su que ce groupe nous correspondait. Même si le niveau n’était pas le même qu’aujourd’hui, si les textes n’étaient pas aussi aboutis, les musiques aussi travaillées, j’ai insisté auprès de Nico, mon acolyte d’Idwet, pour qu’il les voit rapidement en concert. Je n’avais aucune envie de les voir galérer. Ni qu’un autre label les signe avant nous…


Comment vous sentez-vous aujourd’hui que sort votre premier album ? Que représente cette étape à l’aune de ce que vous avez vécu ces dernières années ?
arm : La sortie de cet album marque une étape importante dans notre parcours. Nous sentons que nous formons un véritable binôme avec Teddy. Personnellement, ça me fait vraiment plaisir de travailler avec lui. Nous parlons la même langue tous les deux. Nous avons les mêmes envies musicales. C’est une étape car sur le disque nous sommes quasiment tout seul. Nous avons vraiment le sentiment d’avoir développé quelque chose de très personnel. Artistiquement, nous n’avons de compte à rendre à personne, puisque nous avons fonctionné comme nous l’entendions pour la réalisation de l’album. De plus, le fait d’être soutenu par un label, de bénéficier d’une distribution nationale, c’est pour nous une première. La cassette était une auto-production, payée de notre poche, il n’y en avait que cinq cent (contre 2000 exemplaires de l’album mis en vente actuellement, ndlr), et il nous en reste encore quelques unes.


Avez-vous un sentiment d’appartenance à une scène en particulier, qu’elle soit régionale, hip hop ?
arm : Je ne me ressens pas d’appartenance particulière à une scène locale. Qu’un groupe soit de Rennes ou d’ailleurs, je n’y accorde pas beaucoup d’importance. Je ne pense pas non plus que notre musique ait d’identité géographique. Nous n’avons aucun sentiment d’appartenance non plus à une scène rap en particulier, notamment pas à cette scène que la presse qualifie d’ « electro rap » ou de « nouvelle vague rap ». Nous sommes conscient de ne pas y échapper, que la musique de Teddy est faite de sonorités électroniques, mais elle est aussi faite de sons plus rock, et personne ne parle de « rap rock », de sons blues, et personne ne parle de « rap blues ». Cependant, nous fonctionnons tellement dans notre bulle que nous n ‘y pensons pas plus que ça. Avec ce disque là, nous aurons beau dire ce que nous voulons, nous serons rangés dans la catégorie où les journalistes voudront nous mettre. Tant qu’il n’y a rien de négatif dans les propos tenus, à la limite, ce n’est pas très important. J’espère juste que des gens auront la curiosité de venir nous voir en concert ou d’acheter le disque, sans connaître forcément les artistes des labels Lex, Def Jux ou Anticon. Qu’il aient la possibilité de voir un groupe de rap tel qu’ils n’ont jamais eu l’occasion d’en voir avant, de découvrir des thèmes qui les surprennent, ou du moins une manière originale de les traiter. Mais on ne peut jamais savoir qui achète les disques ou vient au concert. Ca fait partie du jeu.

Les médias en général, que ce soit la presse papier, les radios ou les webzines, ont eu peur du rap pendant longtemps, l’ont pris pour une musique d’abrutis. Mais dès que certains groupes ont commencés à revendiquer des influences plus larges – Company Flow ne citait par exemple pas Scarface dans ses textes, mais Blade Runner - ils se sont mis à s’y intéresser. Du coup il y a eu l’effet inverse. Ils se sont mis à dire : « il y a ces groupes qui représentent l’avenir du rap, qui vont le sauver », en réponse au « rap de débiles mentaux » qu’ils critiquaient jusque-là. Pour moi, c’est super dangereux de fonctionner comme ça car ça reproduit juste les même stéréotypes débiles, à l’inverse. Je ne pense pas que tu puisses aujourd’hui opposer un rap intelligent, littéraire, mature, electro à un rap d’abrutis, même s’il existe, comme dans tout type de musique. On peut toujours essayer de classifier, mais il y a tellement d’étiquettes aujourd’hui que ça ne veut plus rien dire. Dans un rayon de magasin de disque, aujourd’hui, on ne s’y retrouve plus vraiment. Nous avons par exemple tenu à ce que le disque soit classé en rap français, car nous estimons faire du rap, et que nous chantons en français. Et on échappe pas au fait que certains magasins préfèrent placer le disque au rayon electro, voire techno. Mais tout ça nous échappe. Si les gens ont la possibilité de l’écouter, et de faire eux-même la part des choses, à la limite ce n’est pas très grave. Quoiqu’il en soit, Psykick Lyrikah, c’est du rap. C’est notre culture, même si nous n’avons pas écouté que ça.


Conjointement à la sortie de cet album, vous figurez au programme des prochaines Trans Musicales. Avez-vous la sensation d’avoir atteint vos objectifs ? Qu’attendez-vous de l’avenir ?
arm : Depuis plus de cinq ans que je vis à Rennes, j’ai toujours été aux Trans Musicales. C’est un festival qui m’a toujours relativement impressionné. Et si nous n’avons jamais eu pour objectif d’y jouer, savoir ce qu’il représente, et y être programmé, c’est quand même assez flatteur. Mon principal objectif aujourd’hui est de défendre le disque sur scène, de faire un maximum de dates et ainsi de faire connaître notre musique.


Comment vivez-vous aujourd’hui ? Comment décririez-vous les conditions dans lesquelles vous avez vécu ces dernières années ?
arm : J’ai travaillé durant un an dans un magasin de disque. J’ai quitté ce boulot quand s’est précisée la possibilité de faire des dates. Je ne savais plus vraiment quelle direction prendre à un moment donné, tout lâcher pour la musique, conjuguer les deux… Teddy habite Paris, a un boulot de monteur son qu’il apprécie et qui lui prend du temps. D’autre part, il n’a pas de véritable rôle live. Il n’est pas vraiment dans l’action sur scène. Il effectue vraiment un travail de composition, de création. Jusque là, nous trouvions ça bien qu’il soit présent sur scène. Lui en a eu assez au bout d’un moment d’enchaîner ses instrus sur cd. Et si cette situation embête un peu tout le monde, nous préférons malgré tout fonctionner au plus logique. Si c’est être là pour être là et pendant trois quart d’heure fumer quinze clopes et s’ennuyer, et ne pas avoir l’impression d’apporter autant que moi ou Robert, ce n’est pas la peine.

thomas (Idwet)
: Il y a également des contingences financières pour un jeune groupe. Un cachet en plus ou en moins, cela peut être capital au moment de négocier une date. Savoir que le groupe peut passer à côté d’un concert parce que le cachet global est trop élevé, quand on sait pertinemment qu’il y a un membre du groupe qui n’est pas indispensable sur scène, c’est un peu gênant.

arm
: Teddy sait que j’ai lâché mon boulot. Donc que j’ai besoin de faire un maximum de dates. Mais il est également conscient que ça lui est profitable, car ça fait connaître le disque. Il va en profiter pour remettre en question certains aspects techniques qui lui permettraient d’avoir un plus grand rôle sur scène. Nous serons de toute façon ravis de l’accueillir le jour où il se sentira prêt pour le live. Il n‘y a aucun malentendu à ce niveau-là.