black'n'mate
[france]
Le
projet Black’n’Mate
se dévoilait le dimanche 28 mars pour la seconde
fois de sa courte histoire, et l’intérêt
d’y faire un tour était évident
pour qui les avait vu quelques semaines auparavant
à Console, autre espace parisien habitué
aux laptops. Composé de divers membres plus
ou moins illustres à l’heure actuelle
de ce qu’on le résume un peu rapidement
comme ‘electronica parisienne’, avec tout
ce que cela comporte de symbolique communautaire,
c’est un projet d’improvisation à
base d’électronique et de divers claviers
et instruments-jouets, mâtiné d’un
penchant dans l’imagerie pour une scène
black metal disparue de pas mal de radars. Et alors
que cette scène électronique a fait
ses preuves auprès de plus larges oreilles
les années passées, il était
bon de prendre de ses nouvelles à travers un
projet qui, non seulement composé de membres
assez reconnus, témoigne d’une volonté
générale de revenir à une forme
plus spectaculaire du live, après d’incessantes
performances le nez dans l’écran, dont
l’épure tenait rarement de la gageure
hypnotique.
Suivant le live un peu énervé et fatiguant
de Daisuke Ishida (dont le rapport au public était
si ténu qu’on pensa un instant qu’il
chattait sur le net) et la superbe et surprenante
démonstration de Aoki Takamasa (élaborant
un paysage luxuriant sur son laptop, il y posa par-dessus
son chant et sa guitare très pop au bout d’une
demi-heure de set), les six de Black’n’Mate
arrivent tour à tour sur scène, sur
une ambiance très ‘lugubre’ de
série z. La composition du groupe est légèrement
différente de leur première prestation
: Davide Balula remplace Tamara du Konki Duet, pour
le reste c’est pareil, avec Noak Katoi, Domotic,
Minifer, tous plus ou moins sur leurs intruments disposés
en arc de cercle sur une table, tandis que O.Lamm
et Erik Zahn s’exercent périlleusement
au ‘chant’ – en fait de longs hurlements
gutturaux.
D’emblée donc, la note est donnée
: grand guignol. Et qu’ils le veuillent ou non,
les deux chanteurs ont beau hurler à tout va,
tous les membres revêtirent des masques plutôt
bien trouvés, on n’y croit pas une seconde,
si telle eu jamais était la volonté.
Assurément, ils s’amusent bien, ils se
jettent les uns contre les autres, se frappent ou
presque, mais on ne comprend pas grand-chose à
la musique qui est produite, sans queue ni tête,
noisy pour être noisy, avec des claviers parfois
plus joueurs qui cassent alors l’ambiance chaotique
qui semble être revendiquée – ‘semble’,
parce que pour ce qui est de l’être…
Dans la cacophonie générale on distingue
mal si les fils sont bien branchés, ce qui
au bout d’une demi-heure de ‘performance’
commence à prendre une dimension absurde assez
réjouissante – voir Erik Zahn beugler
dans son micro pendant une demi heure bien que celui-ci
ne soit pas branché a un certain côté
happening qui renvoyait à d’autres univers,
plus proche même de la danse. Et alors que la
salle se vide assez rapidement, on se dit que tout
cela est fait exprès, que le concept bien caché
se dévoilait justement dans la lutte intestine
que mène les musiciens face à la technique,
que les fils débranchés témoignent
d’une ultime volonté de révolte
face à tout ce qui pourrait être électrique
– retour au corporel, au rapport physique. Mais
non, pas du tout. Je me souviens pourtant d’un
moment superbe pendant lequel Erik, semblant d’un
coup conscient de son non-raccordement à la
machine, monta à travers les estrades, continuant
à hurler dans son micro, désormais s’éloignant
de ce terrain de jeu pour s’offrir cette liberté
vis-à-vis de l’appareil technique. Mais
Erik redescendit les escaliers, reprit place sur le
plateau, et se retrouva rapidement encore allongé
par terre, comme terrassé. Le corps a été
vaincu, et les musiciens de s’en aller tour
à tour, tandis qu’il semble devenir à
peu près impossible de faire de la musique
– mais ça ne semblait de toute façon
pas être la priorité.
Une courte rencontre d’après concert
ne nous fait pas plus comprendre la finalité
de l’acte ; on s’y perd dans les explications
un peu à côté de la plaque, les
membres du groupe ne semblent pas vraiment s’être
concertés avant, reniant le côté
parodique de leur performance, affirmant leur amour
pour le black metal. J’ai du mal à y
croire, comme s’ils n’osaient pas avouer
ouvertement que leur show est basé sur un détournement
parodique des clichés de cette musique, certains
membres du groupe affirmant un intérêt
'sincère' pour le black metal quand 30 secondes
plus tard un autre des musiciens balance cette réplique
: ‘la différence,
c’est que les musiciens de black metal sont
au premier degré.’ J’y
comprends plus rien.
Soirée
décevante donc, je pensais tomber sur un projet
ouvrant des musiciens électroniques à
une dimension scénique forte, je me retrouve
devant une performance pas vraiment concertée,
un manque de travail et de réflexion évident
– renvoyant à la question de la conceptualisation
musicale : peut-on jouer impunément de tels
clichés sans avoir un discours précis
pour s’en justifier ? Inutile de chercher le
concept là où il n’y en a pas,
dans une telle configuration, Black’N’Mate
a juste besoin d’un public bourré.
vincent
moon _ 28 mars 2004 _ confluences - paris
photos
28_03_04
: black'n'mate @ confluences
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