w-h-y ?
 



 

 

octet [france]


Afin d'éviter toute confusion, il convient pour commencer de préciser qu'Octet est un duo. Né en 1998 de la rencontre de François "Pyjaman" Goujon [ancien Lighthouse] et Benjamin Morando [www.d-i-r-t-y.com], tous deux jeunes musiciens mélomanes déjà avertis, Octet multiplie depuis trois ans les représentations en tous genres, dans des centres d'art contemporain, en soirées ou lors de concerts plus classiques, de configuration "rock". Mais il n’a à ce jour publié aucun disque, mis à part quelques titres et remix parus au compte goutte ici et là. Rencontré à Rennes au mois d’octobre dernier en compagnie du vidéaste Taprik, Pyjaman, timide ou fraîchement levé, s'anime en un instant et nous détaille, volubile, son mode de création et ses projets : sortie d'un premier album en gestation depuis presque cinq ans, résidence à La Passerelle de Saint-Brieuc afin de préparer le live Pyjaman : ‘ Tu as des questions ? Vas-y, j'ai les réponses !‘


La situation : 'Octet existe depuis 1998. Nous sommes deux à la composition. Nous avons fait appel à des intervenants au chant pour l'enregistrement de l'album : Yasmine [chanteuse déjà remarquée au sein de Lighthouse et de Novela, NDLR], Taylor SavvyŠ En live, Benjamin gère tout ce qui est séquençage. Moi, tous les effets en temps réel. Nous préparons notre premier album depuis assez longtemps maintenant. Ça devient presque un album maudit tellement c'est long.'

Le postulat
: ' Nous nous sommes fixé quelques principes dès le départ. Pas de pied [temps marqué de manière accentuée et métronomique, NDLR] sur chaque temps, pas de montée de filtre [technique destinée à tordre un son afin d’en accentuer l’intensité ; efficace et très répandue dans les mixes techno, NDLR], pas de roulement de caisse claire. Nous nous mettons ce type de contraintes pour ne pas tomber dans les clichés. Les contraintes ouvrent des portes finalement. Quand tu n’as pas de limites, tu ne sais pas où aller. Quand tu es dans un cadre, tu peux commencer à élaborer des choses qui ont du sens. On évite également de faire des boucles qui se répètent. C'est rare que deux séquences soient identiques. Sans tomber dans le zapping pour autant.'

Les accointances : ‘ Dans Octet, nous nous concentrons sur des ambiances. Nous sommes passionnés par la musique classique, le jazz. Personnellement, je n'écoute pas tellement d'électro. Ni de rock, qui dégage une énergie que je ne trouve pas très intéressante. A part les premiers Iggy Pop que je trouve assez puissants, le reste ne me parle pas. Beck aussi est très fort. Quand il fait un morceau électro c'est Beck, quand il fait un morceau hip hop c'est Beck, quand il fait un morceau r'n'b ou pop c'est Beck. En plus, il écrit super bien et il a une bonne oreille. Je ne suis pas sûr qu'il ait déjà fait un morceau chiant en faitŠ Je crois que je suis fan de Beck. J'ai fait un remix de ‘ Beercan ‘ [dont l’original est paru sur l’album Odelay, NDLR] en français. C'est un copain anglais qui avait chanté là-dessus, avec son accent. (Š) J'écoute un peu d'électronica, mais vraiment le haut du panier : Aphex Twin, le Mozart de l'électro qu'on est un peu obligé d'écouter, les premiers Autechre où il y a des choses super. Ce sont des références électroniques. Sinon, j'aime beaucoup la vieille électronique, style Dockstader. Des trucs des années soixante. Ils faisaient de l'électronica et avaient un grain vraiment bon. Je pense à Raymond Scott, un américain à moitié ingénieur électronicien, à moitié musicien jazz. Il a enregistré des albums de jazz qui sont intéressants mais sans plus. Par contre, il a élaboré plein de machines qu’il a construites lui-même. Des arpégiateurs, des synthétiseurs complètement bizarres. Et il a fait pas mal de spots de pubs complètement barrés. Un de ses albums est sorti avec quatre-vingt titres dessus : Manhattan Research. Ça ça m'intéresse.'

La résidence
: Taprik: ‘ Chaque vidéo est préparée en rapport à une chanson. Elles n'ont pas été créées à d'autres fins. Mon objectif est qu'il y ait un échange entre la vidéo et la musique. Et non pas juste que la vidéo colle aux morceaux. Il faut que les deux s'alimentent jusqu'à se mélanger et ne faire plus qu'un. C'est un peu couillon de dire ça, mais je recherche vraiment une interaction qui suscite l'émotion. Je suis ainsi fait que je me représente naturellement la musique en images. L'esprit de cette résidence est vraiment de profiter des moyens proposés, travailler et être bien préparé. Pas forcément pour l'efficacité, mais pour la justesse. Nous n'avons jamais joué ensemble jusque-là. Nous nous sommes rencontrés il y a seulement six mois;
J'assimile ce que je faisais jusqu'à maintenant, lors de soirées notamment, à de l'illustration sonore. Avec Octet, la vidéo est là pour colorer la musique. Peut-être que ça va transformer l'émotion, peut-être que ça va lui apporter une précision. Depuis le début, je m'attache à oublier la forme dans les vidéos que je crée. Si je prends une photo du Mont Saint-Michel, j'essaie de capter autre chose que le Mont Saint-Michel. Ce qui m'intéresse, c'est d'arriver à ce point de glissement où, selon la perception de chacun, la représentation d'une chose peut évoquer ce que cette chose est effectivement dans la réalité, ou totalement autre chose. La musique d'Octet, harmonieuse et sans code, permet ça. Car rien n'est arrêté. Elle ne s'appuie sur rien. Quand le rythme est trop marqué, il est très difficile pour un vidéaste (comme pour les musiciens), de ne pas suivre le tempo imprimé. Le risque est que la vidéo "sonne" faux. Dans une situation telle, il est difficile de s'exprimer, la musique devient un frein. Avec une musique comme celle d’Octet, qui joue sur le fil, sur des vibrations, il y a une latitude énorme.
Pyjaman : ‘ Nous avons besoin de cette résidence pour mettre en place des choses. Et pas seulement au niveau de la vidéo. Benjamin habite à Paris, moi à Rennes. Nous ne travaillons que par câbles interposés. Même si nous essayons de nous approprier la salle où nous répétons, le spectacle que nous mettons en place est destiné à se déplacer. Nous n'allons pas faire une performance unique. C'est notre première résidence. Jusque-là, les concerts étaient préparés ‘ à l'arrache ‘, avec des vidéos (pas vraiment) calées au dernier moment.'

La méthode : 'J'essaie de travailler avec des gens compétents dans leur domaine. Ça pose moins de problèmes car ils savent exactement ce que tu veux leur dire. Quand tu maîtrises tes outils, tu gagnes en efficacité dans la création. C'est important. La musique et la vidéo par ordinateur c'est un peu des maths quand même. Benjamin, je le connais, mais finalement je ne le vois jamais travailler. De mon côté, quand je compose, j'explore plein de logiciels, des petits trucs que je télécharge à droite à gauche. Et j'essaie d'exploiter la faille système de ces logiciels. En les faisant "buguer", ça donne un son souvent plus intéressant que quand tu restes dans les paramètres normaux. Tu fais marcher cinq/six logiciels en même temps, et ça fait "buguer" le système. C'est Windows quand mêmeŠ Je branche un mini-disc à la sortie et j'enregistre les changements. Ça donne des sons un peu bizarres, parfois harmoniques, parfois rythmiques. Je mets ça dans un coin et je travaille sur mes boîtes à rythmes, mes synthés. J'essaie ensuite d'assembler le tout. Parfois, trois ans après, je retrouve un son et je me rends compte qu'il fonctionne avec un truc que je suis en train de faire. J'essaie de trouver des matières ayant un grain différent, de former une texture inédite. J'aime mélanger un truc "super calcul Mac" de musique contemporaine, à un son de batterie tout pourri. Je fais des petites séquences de quinze/vingt secondes. Je les envoie à Benjamin. Il travaille dessus, pose deux/trois accords, me les renvoie. Je refais une ligne de basseŠ Puis au bout d'un moment, il faut arrêter de s'envoyer des trucs, structurer le morceau et mixer. C'est un peu ça la vie des morceaux.'


julien coudreuse _ octobre 2003 _ rennes.


Merci à la griffe - bimensuelle culturel de l'Ouest.

lien
diamondtraxx
D*I*R*T*Y