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L'album paraît assez sombre, nuancé de notes absurdes, vous revendiquez un nihilisme teinté d'échappées humoristiques ?
Bibifuck : L’album paraît sombre, c’est vrai, et lors de la réunion quand au coloris général de la pochette, j’ai moi-même fait part de l’ombre d’un doute. Puis on m’a dit que Rien serait écrit en blanc, alors j’ai dit Ok, et je suis sorti. Dehors, il y avait un chien…

Drexl
: D'une part, il est très ardu pour ne pas dire impromptu de revendiquer du nihilisme étant donné le caractère éminemment axé vers le néant de cette doctrine. Par un jeu de mot habile, on peut juste dire que l'on revendique Rien, et même qu'on croit en Rien, ce qui est déjà énorme. Et puis bon, c'est quand même pas L'enfer tiède non plus...
v
Yugo
: Nous revendiquons une certaine quête de l’absurde et notre humour va souvent dans ce sens. Quant au nihilisme, il est quand même un peu « too much » si vous me permettez l’expression.


Si l'on vous demande de définir votre musique, vous pouvez répondre ?
Drexl : Je crois que tout le monde sera d'accord ("ouais ouais OUAIS") pour dire qu'au-delà de l'aspect purement sonore, Requiem pour des Baroqueux est avant tout un nouvel ami pour quiconque ose y jeter ses oreilles délicates (ou non). Sinon, on pourrait dire que si les Pink Floyd et Air avaient pris ensemble un Thé au Sahara en parlant de la politique de De Gaulle, le résultat aurait été vaguement approchant.

dos.3
: Instrumental, on cherche à faire une musique accessible et populaire même si certains nous trouvent malgré ça intello... Ca reste quand même de la pop dans les mélodies.


Qui sont les baroqueux à qui vous destinez l'album ?
Bibifuck : Un bruit circule selon lequel il s’agirait des descendants des Compagnons de la chanson, partis trop vite, sans nettoyer leurs saletés.

Drexl
: Yo man, c'est marqué dans la pochette ! C'est des types probablement interlopes qui s'étaient mis en tête de faire des reprises de Bach avec des instruments d'époque pour un rendu disons approximatif ; et le terme est repris à droite à gauche par des journaux musicaux qui eux aussi se la donnent sévère, tels que Phosphore ou Okapi.

Yugo
: Les baroqueux c’est un peu nous-mêmes, un peu mégalo… De la dire que nous avons enregistré la musique que nous souhaitons entendre lors de notre enterrement…


Le cinéma, profonde influence ?
Drexl : Non, je dirais plutôt falling in love, big clash culturel. Un jour que nous promenions dans les landes austères et néanmoins iséroises, le cinéma nous est apparu au détour d'un chemin sinueux. Goulag n'a pas pu s'empêcher de l'apostropher en s'écriant "eh, j'adore ce que tu fais mais pas tout le temps". S'en est suivie une discussion houleuse mais quand même super sympa, au gré de laquelle le cinéma a autorisé le collectif à se servir de lui pour ses basses oeuvres ; le sommet de cette collaboration ayant été atteint le 21 octobre dernier, lors d'un concert unique dans un ciné art et essai de grenoble, dans lequel Rien a donné un concert devant un écran sur lequel se projetait un montage de films asiatiques étranges, le groupe ayant élaboré une compo de 20 minutes raccords avec ce montage (la preuve : http://www.cinemaleclub.com/salles_et_coulisses/les%20animations/.

Bibifuck
: Tango et Cash était un très bon film…

Etienne
: Ma femme s’appelle Maurice est quand même beaucoup plus pernicieux…


Les notes de l'album montrent l'étendue de vos influences, bien au delà du spectre musical. Avez-vous tous les mêmes bases culturelles?
Drexl : Disons qu'on essaie, mais putain des fois... On a essayé de faire un concert dans la maison natale de Stendhal, où pendant que Yugo récitait du Dostoïevski dans le texte, les autres zicos faisaient des reprises de Brel avec les partitions inversées et le reste de la bande regardait Hana-Bi de Takeshi Kitano en string. On a abandonné le projet la veille parce que Bibi-Fuck avait le trac.

Bibifuck
: Je n’aime pas trop en parler mais c’est vrai que j’ai presque eu le bac…

dos.3
: Je pense que les différentes formes d’art (cinema, théatre, art contemporain, etc…) nous intéressent beaucoup car il y a des idées qui peuvent se joindre à la musique mais nous n’avons pas forcément les même bases. Goulag vient du théâtre, il a déjà mis en scène des pièces alors que pour moi il s’agit d’un terrain un peu inconnu. Le cinéma me plait beaucoup même si j’ai appris à apprécier tardivement. Nous avons aussi des influences plus populaires (j’adore les émissions « pose ton cerveau » style « c’est mon choix » ou « Y’a que la vérité qui compte » !…). Au niveau musical, certains groupe tels « Tortoise », « Radiohead », « The Beatles », ou « Blonde Redhead » sont des influences communes mais nous n’écoutons pas tous les même groupes et les même styles.


Vos notes de pochettes me font aussi penser à certains textes situationnistes, une volonté de créer le mystère pour faire naître la légende, relier la petite histoire à la grande, à base d'idée du complot et d'irrévérence. Vous avez lu Debord ?
Bibifuck : Tu as dû faire une petite faute, on dit : Vous avez lu, d’abord ?

Drexl
: Pas spécialement, disons que la référence la plus directe serait ce grand malade de Maurice G. Dantec (il vient de Grenoble en plus, un peu de chauvinisme que diable), un espèce de pendant cyber-punko-métaphysique à tendance portnawak et aux inspirations tellement vagues que Debord en éclaterait de rire (au sens propre bien sûr). Par contre les références nous sont propres, et si quelqu'un nous les pique on lui casse la gueule (au sens figuré là par contre).

Yugo
: La théorie du complot offre un grand confort mental face à une réalité difficile à appréhender. C’est peut être à cause de notre paresse que nous avons échafaudé des complots. Mais attention, ce qui paraît le plus énorme et parfois le, plus vrai…


De Gaulle, Kennedy, on ressent une certaine fascination pour l'Histoire dans votre musique. Comment comprendre le testament de De Gaulle à la fin du premier morceau ?
Bibifuck : Y a pas de secret, il faut se concentrer un tantinet et essayer de ne rien faire d’autre en même temps. Bien sûr, il faut aussi écouter le premier morceau, sinon…

Drexl
: Il faut le prendre comme un cadeau, comme un ultime clin d'oeil de celui qui fut à sa manière un Baroqueux, et puis c'est quand même classe de parler de l'histoire politique française des années 60 dans une interview musicale. Enfin, remarque pas tellement en fait.

dos.3
: Je crois que c’est clair ; ni musique, ni fanfare, ni sonneries.


Quelle est votre disposition scénique ? Jouez vous souvent ?
Drexl : C'est une forme en perpétuelle variation, chaque concert est différent et appelle donc une disposition particulière. A part le concert du 21 octobre dernier, la disposition scénique est prévue de telle façon que les intervenants nihilistes prêts à tout aient toujours le champ libre pour leurs interventions iconoclastes.

Bibifuck
: Rien joue depuis un an en forme de poire écrasée, la disposition en ananas est à l’étude, mais c’est dur de faire les feuilles.

Yugo
: dos.3 et moi-même sommes assis aux deux extrémités de la scène. Goulag est quand à lui debout au milieu. De là à y voir un symbole phallique, il n’y a qu’un pas…


La musique doit elle être jugée selon des critères esthétiques ou moraux ?

Bibifuck : Quoi ?

Drexl
: La question se doit de rester posée, même si chacun doit faire face à sa propre appréhension du média culturel face à cette interrogation. Ainsi, le jeune Woody A. de New York est pris d'une furieuse envie d'envahir la Pologne chaque fois qu'il entend du Wagner (in Meurtres Mystérieux à Manhattan). Et on a beau conspuer Leni Riefenstahl sur ses oeuvres de propagande du régime nazi, il serait de mauvaise foi de nier l'impact de ses Dieux du Stade sur la façon de représenter le sport à l'écran. Stade 2 reprend bien à son compte des techniques de mise en scène directement tiré de cet honteux hagio-documentaire.
Je ne sais pas par contre s'il est légitime de rapprocher Requiem pour des Baroqueux de Leni Riefenstahl.

Interview mail par vincent moon _ janvier 2004