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the chap [angletere]


The Chap, quatuor anglais, nous a livré il y a quelques mois un album fantastique, ‘The Horse’, publié chez Lo-Fi Recordings, à côté duquel tout le monde ou presque est passé. C’est donc en partie pour réparer cette terrible injustice, en partie pour notre propre plaisir, que nous leur avons laissé la possibilité de s’exprimer, en attendant une tournée prochaine (?) passant, enfin, par la France.


Tout d’abord, les présentations: vous êtes 4, qui fait quoi?

Keith joue de la batterie et hurle, Claire joue des claviers et chante, Panos joue de la guitare, de la basse, du violon et chante, et Johannes joue de la guitare, du violoncelle et chante aussi.


D’où venez-vous? Comment vous êtes vous rencontré ? Et pourriez vous nous décrire rapidement vos parcours musicaux ?
Johannes, l’allemand, est de Bonn. Keith, l’écossais, vient d’à côté de Londres. Claire, l’anglo-française, est aussi de la banlieue de Londres. Panos, le grec, est de Patra.
Johannes, Claire et Panos se sont rencontrés en fac de musique à Londres. Claire et Keith s’étaient rencontrés dans un groupe précédent. Nous avons tous joué dans des groupes avant The Chap. Notamment Johannes, qui a joué dans Karamasov.


Le nom du groupe vient d’un bien étrange magazine (http://www.thechapmagazine.com), pourriez vous nous le décrire ?
C’est un magazine très cool, sur comment être un gentleman moderne. Il n’y a pas vraiment de lien, mais nous aimons le magazine et c’est un bon nom pour le groupe ! (ndlr : chap est un ancien mot signifiant individu gentleman).
Certains de ses comics ‘anarcho-dadaïstes’ et de ses articles surréalistes, tel que ‘The Semiotics of Hair’, ont été une source d’inspiration.


Que dites-vous quant quelqu’un vous demande de décrire votre album ? Est-il même possible de le décrire ?
Il est difficile de le décrire sans le ranger dans une catégorie. Disons qu’il combine du rock et de l’électronique avec quelques influences plutôt musiques improvisées. C’est un mélange de chansons et de sons, nous l’aimons comme cela


J’ai entendu dire que ‘The Horse’ avait pris un certain temps à être réalisé, pourquoi ?
La majeure partie de ‘The Horse’ a été écrite avant que The Chap ne soit un vrai groupe. Panos et Johannes avaient collaborés pendant un certain temps, mais on ne s’est pas pressés pour finir l’album.


Ecrivez-vous vos étranges paroles tous ensemble? Ou est-ce le travail d’une seule personne, folle et isolée ?
Nous en assumons tous la responsabilité. Nous passons trop de temps ensemble, et cela donne une approche similaire du langage. Nous tendons à traverser des périodes d’obsession avec certains mots et leur utilisation dans les pubs ou la technologie musicale, ou quoi que ce soit d’autre, et combien ils semblent stupides dans un certain contexte. Par exemple, les paroles de Dror Frangi combinent une lettre à Computer Music Magazine, et des titres de chansons de Led Zeppelin.


La chanson ‘BITSS’ sur l’album est selon moi le morceau le plus intéressant et puissant parce qu’il donne l’impression de voyager dans l’histoire musicale, du rock à la musique électronique. Comment l’avez-vous conçu ? Et pourquoi n’est-ce pas le plus grand hit de l’année ???
On n’en découvrira toute la grande influence seulement lorsque nous serons tous morts… La chanson voyage certainement d’un endroit à un autre. Cela a commencé par deux pièces électroniques, chacune assez monotone, une par Panos, une par Johannes, qui avaient exactement le même tempo ; donc on les a joints ensemble et on a ajouté des instruments live, principalement en jouant par-dessus les beats, en improvisant jusqu’à ce qu’il y ait une bonne sensation de climax. Et ça a été un cauchemar complet à mixer…


Comment la presse anglaise vous reçoit elle ? Avez-vous eu un peu de succès pour le moment ?
La presse anglaise poursuit ses propres obsessions, et parfois elle a des problèmes avec des choses qui ne rentrent pas dans sa définition du ‘son de maintenant’. Le NME n’a pas fait de review sur ‘The Horse’ parce que c’était trop étrange. John Peel aime le single Pig Farmer mais pas l’album. Mais il y a eu des réactions positives et des chroniques intéressantes dans des magazines comme The Wire ou Musik.


Vous avez joué une fois à Paris, au Batofar, comment était-ce? Comment vous étiez vous retrouvé ici ?

C’est toujours agréable de jouer hors de Londres. Le Batofar fut une très bonne soirée. Il n’y avait pas beaucoup de monde, mais ils ont aimé. C’était marrant de jouer du rock sur un bateau vacillant sur la Seine. Les gens qui s’en occupaient à l’époque étaient très sympas.


Qu’utilisez vous quand vous jouez live? Beaucoup d’électronique, des rythmes, ou êtes-vous plutôt une formation rock sur scène?

Nous essayons de recréer les morceaux autant que possible. Nous utilisons parfois un minidisc pour certains fonds. La formation est batterie, claviers (moog, juno), guitares, voix, et violon-violoncelle. Nous tentons de jouer toujours légèrement différemment, et nous sommes certainement plus rock sur scène.


Nous pouvons sentir que vous possédez beaucoup d’influences diverses dans votre musique, mais quels sont maintenant vos groupes préférés ? Vous sentez vous proches de certains groupes contemporains ?
Actuellement la principale influence est Level 42, autour de l’époque de ‘Lessons in love’. Nous aimerions nous rapprocher du Level 42 de cette époque. Autrement, n’importe quoi de Led Zeppelin à Ornette Coleman, de Dire Straits à Suicide, de Parliament à Boulez, de Sonic Youth à Chic, des Talking Heads à Xenakis, de Stevie Wonder à The Fall, et de Soft Pink Truth à NWA.


Etes vous influencé par d’autres choses que la musique? Le cinéma, le théatre, les livres, la photo… quelles sont vos références ?
Bien que nous n’ayons jamais essayé de faire une ‘bande son pour film imaginaire’, il y a encore l’influence certaine d’une réflexion filmique dans ce que nous faisons. Cela peut aller d’influences structurelles à simplement certains dialogues, certaines ambiances, ce qui guide aussi nos paroles.
Divers types de littérature ont aussi influencé The Chap, particulièrement une littérature très spécifique à un sujet, comme les magazines d’ordinateurs ou les manuels de business manager. Vous pouvez extraire des paroles incroyables, irréelles, de ces choses là. Le magazine The Chap, bien sûr, est une lecture ravissante, même si ce n’est pas une influence directe, cela te met dans de bonnes dispositions d’esprit pour te donner, faire du rock mais avec classe – ce qui est notre but.


Pourquoi le cinéma anglais est-il si mauvais?
Le cinéma anglais n’était pas aussi pauvre avant. Il y avait une grande tradition comme en France et en Allemagne, mais maintenant il semble y avoir une crise d’identité. Cela vient probablement des relations confuses amour/haine que la Grande Bretagne a avec les Etats-Unis et l’Europe.


J’ai le sentiment que votre musique est très proche de certaines idées comme le dadaïsme, ou le surréalisme parfois, êtes vous proches de ces théories ? Ou même de l’idée de ‘détournement’ chère aux situationnistes ?
Tu as deviné juste. Le dadaïsme et le surréalisme sont des composantes de la production de The Chap. Bien que nous n’essayions pas consciemment d’être surréalistes ou dadaïstes, nous arrivons à des résultats qui en sont proches, mais de façon modérée. Nous restons une sorte de groupe pop, pas une performance artistique. Mais il y a toujours une sorte de tension entre notre besoin de céder à ‘l’action rock’ et notre volonté de rendre cela idiot, fou.


Votre futur? Vos prochaines sorties?
Nous venons de sortir un nouveau single, ‘(Hats off to) Dror Frangi’ avec 3 nouveaux morceaux excitants, dont ‘I am Oozing Emotion’. Il y a aussi un nouvel album en route, avec une approche légèrement différente, l’écriture et l’enregistrement étant influencés par nos performances live.


interview mail par vincent moon _ novembre 2003


chroniques
the horse [lo recordings_2003]

média
(Hats Off To) Dror Frangi _ 5"08 [avec l'aimable autorisation de the chap]

liens
site officiel de the chap