Votre
musique est totalement radicale dans la forme, mais
est-ce que cette radicalité est aussi une partie
de votre opinion ? Etes vous vous-même engagés
?
Comme je l’ai déjà dit, je ne
pense pas que ce soit quelque chose que nous prenons
très sérieusement, au moins sur le plan
des paroles. Honnêtement sur un plan personnel
nous avons diverses motivations pour jouer de la musique
et la partager. Mais plus important nous aimons nous
amuser et nous espérons que notre musique est
agréable pour les autres, pas juste «
expérimentale, ou étrange, ou radicale
». Si tu me demandes si notre musique est une
farce, un coup monté conceptuel, absolument
pas. Notre musique est aussi personnelle que possible,
elle représente exactement qui nous sommes,
et cela est très important pour le groupe.
D’une certaine façon (au moins dans l’industrie
musicale aujourd’hui) c’est un concept
radical mais c’est quelque chose qui nous est
très naturel, et que nous ne changerions pas
pour faire plaisir à qui que ce soit.
Il y a une question qui est souvent bien trop
utilisée dans les interviews mais qui dans
votre cas me semble très intéressante:
quelles sont vos principales influences? Vous mélangez
beaucoup de styles et d’émotions dans
votre musique, donc il est très difficile de
la définir : tentez vous d’échapper
aux classifications ?
Je pense que récemment notre vie quotidienne
a été une grosse influence sur nous...
les amis... les endroits ou l’on va... les blagues
persos... Parfois j’imagine que chacune de nos
nouvelles chansons représente une façon
différente de vivre. Cela m’a pris un
bon moment pour vraiment aimer vivre à New
York et dans ce sens certains de nos anciens albums
ont ce sentiment de fuite en eux. Je pense que notre
environnement quotidien et notre environnement musical
se sont très bien accordés. Je suis
aussi personnellement influencé par des films
d’horreur, des livres...
Bien sûr ce serait fantastique de descendre
la vie en roue libre, sans avoir personne qui ne te
juge... Mais à quoi ressemblerait la vie alors
? Je pense que d’une certaine façon cela
nous fait grandir, et d’un autre côté
cela m’amuse d’entendre certaines choses
à notre propos. Nous tentons simplement de
faire les choses naturellement. Je pense que tout
cela deviendrait trop sérieux si nous essayions
d’avoir une véritable philosophie de
vie, et une façon précise de faire des
choses basiques. « He’s just Carlos man...
the sun will rise » signifie que l’on
se laisse simplement aller.
La musique psychédélique est-elle
de retour?
Qu’est-ce que la musique psychédélique
pour toi ? Est-ce de la musique influencée
par le LSD ou les champignons, ou est-ce la confusion
dans le son, ou est-ce juste une musique « free
» ? Je pense qu’aucune de ces formes de
musique n’est jamais allé nulle part.
Pour moi le terme psychédélique est
juste un terme inventé par les médias
dans les sixties pour définir une mode. Cela
me met mal à l’aise quand ça arrive
dans une conversation ou quand c’est ramené
en relation avec nous, parce que cela est censé
signifier une certaine chose, et je ne sais pas si
cette définition est valable pour nous à
chaque moment, pour toutes les personnes.
Je pense qu’une grande partie de la musique
populaire est ennuyeuse en ce moment, alors les musiciens/fans
s’ouvrent à d’autres styles, d’autres
façons de produire... de jouer... d’écouter.
De cette façon je suppose que la musique psychédélique
est de retour mais pour moi tellement de styles de
musique sont psychés... Je pense que simplement
les gens s’ouvrent un peu plus à des
choses plus étranges.
Avez vous une bonne audience aux USA? Ou
est-ce encore très underground ?
A New York notre public nous supporte beaucoup et
je pense que petit à petit notre noyau de fans
d’étend à travers les USA. Mais
avec n’importe quel genre de musique il est
difficile de se faire connaître à travers
les USA si on n’a pas de gros label pour vous
épauler (les 3 années précédentes
nous n’en avions pas). Les choses évoluent
pour nous à un bon rythme, je suis ravi du
nombre de gens qui viennent nous voir dans la plupart
des villes, mais je pense que l’on est encore
assez underground et nous le resterons probablement
encore pas mal de temps.
Il y a beaucoup de nouveaux groupes arrivant
de New York, telle une nouvelle fertilité musicale,
est-ce réel ou est-ce juste une illusion (créée
par des journalistes ?) ? Et où vous situez
vous parmi tous ces groupes ? Loin?
Je trouve que New York est fantastique parce qu’il
y a tellement de gens qui font leur propre truc dans
leur coin. Il est évident que quand tu as tellement
de gens concentrés dans une zone, tu vas avoir
beaucoup de groupes, de nouvelles musiques, etc...
Est-ce que je pense personnellement que tout cela
est très frais ? Non pas du tout. Je trouve
que New York est très obsédée
par elle-même (spécialement quand les
médias entrent en jeu), et à cause de
cela ça crée beaucoup de hype sur des
trucs pas si intéressants.
Votre musique est totalement radicale dans
la forme, mais est-ce que cette radicalité
est aussi une partie de votre opinion ? Etes vous
vous-même engagés ?
Comme je l’ai déjà dit, je ne
pense pas que ce soit quelque chose que nous prenons
très sérieusement, au moins sur le plan
des paroles. Honnêtement sur un plan personnel
nous avons diverses motivations pour jouer de la musique
et la partager. Mais plus important nous aimons nous
amuser et nous espérons que notre musique est
agréable pour les autres, pas juste «
expérimentale, ou étrange, ou radicale
». Si tu me demandes si notre musique est une
farce, un coup monté conceptuel, absolument
pas. Notre musique est aussi personnelle que possible,
elle représente exactement qui nous sommes,
et cela est très important pour le groupe.
D’une certaine façon (au moins dans l’industrie
musicale aujourd’hui) c’est un concept
radical mais c’est quelque chose qui nous est
très naturel, et que nous ne changerions pas
pour faire plaisir à qui que ce soit.
Des 4 albums studio de Animal Collective,
on ne saurait en conseiller un plus qu’un autre
: les deux premiers, en rééditions dès
octobre sur Fat Cat, sont déjà assez
dissemblables. "Spirit They’re Gone, Spirit
They’ve vanished" , daté de 2000,
s’articule autour de véritables chansons,
avec refrains, mais le tout restant bien évidemment
en perpétuelle évolution. C’est
probablement ce qui fait tout le prix de ce collectif
: le sentiment de ne pas savoir à quoi s’attendre
dans les 10 prochaines secondes, l’impression
de construction perpétuelle, de collage fou
et pourtant parfaitement réussi.
Le second album, "Danse Manatee", paru en
2001, est plus court, un peu moins mélodieux,
plus atmosphérique, le travail sur le son s’affine
encore, mais le tout peut sembler moins percutant,
ambiant parfois un peu ennuyeux – les recherches
sonores prenant un peu trop le pas sur le plaisir.
Mais l’ensemble annonce de brillantes recherches,
ici pas encore tout à fait abouties.
L’album suivant, "Campfire Songs",
qui paraît au début de cette année
sur Catsup Plate Records, est encore totalement différent.
Comme son titre l’indique, c’est un album
de "chansons de feu de camp" - un album
qui semble composé et enregistré live
au coin du feu, une soirée de pleine lune,
accompagnée de diverses substances. Les guitares
acoustiques au premier plan, on se laisse prendre
le temps de 5 morceaux par une intensité extraordinaire
et une ambiance chamanique – une transe, au
sens premier, les voix formant des chœurs exaltés,
la guitare hypnotique se déplaçant dans
l’espace. Les morceaux évoluent lentement,
le feu s’étend, les participants se lèvent
et se mettent à danser. Les chansons de l’album
sont liées, le tout ne formant finalement qu’un
seul et long morceau. Selon moi le plus bel album
du lot.
Enfin, le récent "Here comes the Indian"
est paru au début de l’été
sur leur propre label Paw Tracks (anciennement Animal).
C’est un condensé de toutes les expériences
précédentes, mais, par rapport à
"Campfire Songs", se situant à l’autre
bout du spectre musical de Animal Collective. Les
4 membres semblent revenus de leur escapade dans la
nature, et se retrouvent à nouveau à
Brooklyn, au cœur de la ville. Le résultat
est un album plus difficile d’approche que les
précédents, encore plus fou et varié.
Les deux premiers morceaux, enchaînés,
sont caractéristiques de cette évolution
et de cette densité de son : après un
début très lent où la colère
gronde avec une violence inouïe sans jamais exploser,
les guitares punk débarquent avec une puissance
très rare, ravageant tout, les oreilles de
l’auditeur avec. Phénoménal, d’autant
qu’au bout d’à peine 2 minutes,
le tout se mue en percussions et voix tribales. Le
reste de l’album est à l’avenant,
déstabilisant par sa folie pure et la complexité
de ses paysages sonores. Et comme avec les trois autres
albums, Animal Collective rend alors beaucoup de nos
facultés de perception et de réflexion
vacillantes.
Tous les albums sont disponibles sur les sites correspondants.
Animal Collective est en tournée tout au long
du mois d’octobre en Angleterre avec Four Tet,
et le 24 octobre à Lisbonne. Aucune date française
n’est pour l’instant programmée.
Plus d’informations sur la tournée sur
le site de Fat Cat.
interview mail par vincent moon _ septembre 2003
liens
fat
cat records
paw
tracks
catsup
plate