w-h-y ?
 

 

 

animal collective [états unis]


La sortie chez Fat Cat d’un double album de Animal Collective est l’occasion de revenir sur l’histoire d’un groupe qui s’affirme déjà comme la révélation de l’année. Le quatuor basé à Brooklyn, aux membres âgés de 24-25 ans, crée une musique hybride, quasiment indéfinissable, ce qui n’est pas pour nous déplaire. Cette année a été marquée, en plus donc de cette réédition européenne, de deux autres albums, « Campfire Songs » et « Here comes The Indian », aussi fous que différents. Le collectif animal n’en fait qu’à sa tête, tant mieux, comme nous le confirme Dave, alias Avey Tare, guitariste du projet.


Il est quasiment impossible d’avoir des informations sur vous en France, vous êtes encore inconnus, d’où venez vous ?
Nous sommes tous plus ou moins de Baltimore County Maryland. Dans le Maryland, il y avait beaucoup de forêts, une maternelle abandonnée, et beaucoup d’autres endroits où nous pouvions laisser courir librement notre imagination au lycée. Je suppose que nous sommes nous quatre très proches, et notre musique y doit beaucoup. Nous nous connaissons chacun très bien. Notre premier véritable album « Spirit they’re gone Spirit they’ve vanished » fut créé seulement par Panda Bear et Avey Tare, mais Animal Collective a toujours compris 4 personnes.


Avez vous réalisé des projets solos, chacun de votre côté ? Et finalement combien d’albums avez-vous déjà sorti ?
Il existe un album solo de Panda Bear, enregistré à l’origine par Panda Bear et Deaken sur leur premier label « Soccer Star ». C’était simplement une expérience pour eux, savoir s’il était possible de sortir un album, voir les réactions... Je pense que l’on peut dire que chaque pas que l’on fait est un peu une expérimentation. Nous avons aussi sorti 5 autres albums :
Spirit they're gone spirit they've vanished (sur notre propre label Animal qui se nomme désormais Paw Tracks)
Danse Manatee (sorti à l’origine sur Catsup Plate)
Hollinndagain (un album live en sortie très limitée, sur un label canadien secret qui s’appelle St.Ives)
Campfire Songs (sorti sur Catsup Plate)
Here comes the Indian (sur Paw Tracks)


D’où vient votre nom de Animal Collective? Jouez-vous déguisé sur scène?

Le nom Animal Collective vient simplement de notre label Animal. On ne l’utilise que depuis récemment, pour que les fans aient un point de référence, pour savoir comment trouver notre musique. Je pense que de note côté nous aimerions encore utiliser nos noms (Avey Tare, Panda Bear, Geologist et Deaken) pour tout nommer. Mais vu que le line-up change tout le temps, cela peut devenir confus, et nous voulons que notre musique reste facile à chercher. Je pense que cela sonne assez prétentieux (« Animal Collective ») mais au moins utiliser le mot animal justifie un peu notre son... enfin...
Parfois nous utilisons effectivement des masques et d’autres accessoires pour jouer sur scène, bien que l’on n’ait pas utilisé ces choses là lors de nos récents concerts. C’est probablement pour rendre le live un peu spécial, une sorte de rituel, parce que l’on est très différent sur scène par rapport à notre vie de tous les jours. Ce n’est pas non plus un gimmick et ce n’est pas pour autant nécessaire dans nos performances.


Nous avons récemment vu Black Dice sur scène à Paris, c’était assez fantastique, très puissant, les connaissez vous ? J’ai entendu dire que vous aviez tourné avec eux aux USA, est-ce bien cela ? Pensez vous leur musique proche de la votre ?
Ah… Black Dice sont de très proches amis. Nous avons tourné ensemble, vécu ensemble, joué de la musique ensemble, partagé le même espace vital, et ce sont des gens avec qui j’aime vraiment traîner à New York. En tant que groupe, ils sont un peu comme des grands frères pour nous, ils nous ont aidé pour les tournées, nous ont donnés des conseils, bref tout ce qui peut être compliqué quand tu fais partie d’un groupe qui essaye de faire des choses tout seul. Quand je les ai rencontré pour la première fois ils faisaient des concerts depuis au moins 4 ans, ils étaient très expérimentés alors que nous n’avions pas encore joué à New York. J’ai bossé sur deux de leurs albums (Cold Hands, Semen of the Sun) et notre amitié est simplement partie de là. Je pense que l’on approche la musique de la même façon, aucun de nous n’essaye de faire de la musique comme un groupe de rock. Nous l’approchons presque comme si nous faisions quelque chose d’autre (nous avons tous d’autres hobbies assez importants, comme la peinture ou la science…), nous aimons tous énormément la musique donc je pense que nos idées ressortent sous une forme musicale. Mais je pense aussi que en tant que groupe, nous existons chacun dans notre propre monde. C’est amusant de voir comment nous pouvons nous influencer chacun. Je pense que l’on peut entendre ces influences de temps en temps, mais on ne sonne pas les uns comme les autres pour autant.


Chacun de vos albums est très différent, les concevez vous de la même façon à l’origine ?
Absolument pas. Chacun de nos albums vient d’un désir de créer des sons, des chansons, des ambiances que nous n’avons jamais entendu ou joué auparavant. Parfois ces idées sont très fortes dès le départ, parfois elles sont à peine présentes, presque naissantes. Majoritairement nous donnons à la musique beaucoup de place pour grandir et évoluer. Comme n’importe quelle chose naturelle. Autrement nous nous ennuierions et faire de la musique ne serait pas aussi amusant.


Comment avez-vous rencontré les gens de Fat Cat Records ? Ces rééditions sont elles une ouverture sur la scène européenne ?
Pour beaucoup de raisons ces rééditions et notre relation avec Fat Cat sont une introduction pour nous à l’europe. A l’origine Dave Howell de Fat Cat nous a contacté pour faire partie de la série Splinter Split 12’’ qu’il dirige. A partir de là je pense que beaucoup de gens du label ont accroché à « Spirit they’re gone… » et ils ont décidé qu’une réédition serait une bonne idée. Un split Avey Tare/David Grubbs suivra bientôt.


C’est une superbe année pour Fat Cat, ils ont sorti beaucoup de très bons albums, vous sentez vous proches de certains artistes du label ?
Je les admire et me sens très à l’aise parmi les autres artistes de Fat Cat que j’ai rencontré et avec qui j’ai joué. Nous étions un peu nerveux quand nous sommes venus pour la première fois en Europe jouer lors de soirées Fat Cat, parce qu’on n’avait jamais fait partie d’un label de cette taille. Mais instantanément nous nous sommes sentis faire partie de quelque chose où nous étions acceptés comme des amis et des musiciens libres de pensée. C’était agréable de pouvoir jouer et parler musique avec d’autres artistes de Fat Cat alors que je ne pense pas qu’un seul d’entre eux sonne comme nous, ou l’inverse. L’une des meilleures choses avec Fat Cat c’est qu’ils donnent aux artistes beaucoup d’espace pour faire ce qu’ils veulent, ainsi aucun des groupes ne peut être vraiment raccordé à une scène spécifique, ou à quelque chose qui puisse lasser facilement.
Récemment on a fait une tournée avec Mùm aux USA. On pouvait penser que passer deux semaines dans un bus avec 10 autres personnes ne serait pas facile à vivre, mais nous n’avons eu absolument aucun problème. Ce fut même très amusant. Et ça rend la création musicale très relax et positive quand tu peux continuer à le faire dans des conditions aussi reposantes, et je pense que Fat Cat est bon pour amener ça.


Il y a une question qui est souvent bien trop utilisée dans les interviews mais qui dans votre cas me semble très intéressante: quelles sont vos principales influences? Vous mélangez beaucoup de styles et d’émotions dans votre musique, donc il est très difficile de la définir : tentez vous d’échapper aux classifications ?
Je pense que récemment notre vie quotidienne a été une grosse influence sur nous... les amis... les endroits ou l’on va... les blagues persos... Parfois j’imagine que chacune de nos nouvelles chansons représente une façon différente de vivre. Cela m’a pris un bon moment pour vraiment aimer vivre à New York et dans ce sens certains de nos anciens albums ont ce sentiment de fuite en eux. Je pense que notre environnement quotidien et notre environnement musical se sont très bien accordés. Je suis aussi personnellement influencé par des films d’horreur, des livres...
Bien sûr ce serait fantastique de descendre la vie en roue libre, sans avoir personne qui ne te juge... Mais à quoi ressemblerait la vie alors ? Je pense que d’une certaine façon cela nous fait grandir, et d’un autre côté cela m’amuse d’entendre certaines choses à notre propos. Nous tentons simplement de faire les choses naturellement. Je pense que tout cela deviendrait trop sérieux si nous essayions d’avoir une véritable philosophie de vie, et une façon précise de faire des choses basiques. « He’s just Carlos man... the sun will rise » signifie que l’on se laisse simplement aller.


La musique psychédélique est-elle de retour?
Qu’est-ce que la musique psychédélique pour toi ? Est-ce de la musique influencée par le LSD ou les champignons, ou est-ce la confusion dans le son, ou est-ce juste une musique « free » ? Je pense qu’aucune de ces formes de musique n’est jamais allé nulle part. Pour moi le terme psychédélique est juste un terme inventé par les médias dans les sixties pour définir une mode. Cela me met mal à l’aise quand ça arrive dans une conversation ou quand c’est ramené en relation avec nous, parce que cela est censé signifier une certaine chose, et je ne sais pas si cette définition est valable pour nous à chaque moment, pour toutes les personnes.
Je pense qu’une grande partie de la musique populaire est ennuyeuse en ce moment, alors les musiciens/fans s’ouvrent à d’autres styles, d’autres façons de produire... de jouer... d’écouter. De cette façon je suppose que la musique psychédélique est de retour mais pour moi tellement de styles de musique sont psychés... Je pense que simplement les gens s’ouvrent un peu plus à des choses plus étranges.


Avez vous une bonne audience aux USA? Ou est-ce encore très underground ?
A New York notre public nous supporte beaucoup et je pense que petit à petit notre noyau de fans d’étend à travers les USA. Mais avec n’importe quel genre de musique il est difficile de se faire connaître à travers les USA si on n’a pas de gros label pour vous épauler (les 3 années précédentes nous n’en avions pas). Les choses évoluent pour nous à un bon rythme, je suis ravi du nombre de gens qui viennent nous voir dans la plupart des villes, mais je pense que l’on est encore assez underground et nous le resterons probablement encore pas mal de temps.


Il y a beaucoup de nouveaux groupes arrivant de New York, telle une nouvelle fertilité musicale, est-ce réel ou est-ce juste une illusion (créée par des journalistes ?) ? Et où vous situez vous parmi tous ces groupes ? Loin?
Je trouve que New York est fantastique parce qu’il y a tellement de gens qui font leur propre truc dans leur coin. Il est évident que quand tu as tellement de gens concentrés dans une zone, tu vas avoir beaucoup de groupes, de nouvelles musiques, etc... Est-ce que je pense personnellement que tout cela est très frais ? Non pas du tout. Je trouve que New York est très obsédée par elle-même (spécialement quand les médias entrent en jeu), et à cause de cela ça crée beaucoup de hype sur des trucs pas si intéressants.