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Nous évoquons alors le concert de la Route du Rock, l'un de ses premiers show en plein air.
Vraiment bien ! Je crois que c'est le meilleur festival auquel j'ai assisté. C'est si bien organisé ! Les organisateurs prennent vraiment soin de vous. Le line-up était vraiment très intéressant. Souvent, quand tu vas dans un festival, c'est si énorme que tu n'a parfois pas envie d'être là. A la Route du Rock, j'étais très content d'être là. Le show s'est très bien passé.


Un show vivant, durant lequel Buck 65 a fait preuve d'un réel talent théâtral.
J'ai commencé à être expressif sur scène dans des pays comme la France où le public ne comprend pas forcément les textes de mes chansons. Je me devais de faire ce que je pouvais pour être compris. L'aspect théâtral de mes concerts est là pour permettre une meilleure compréhension des paroles de mes chansons. Mais finalement, le show n'en est que meilleur et aujourd'hui, je fais la même chose partout. Mais c'est quelque chose que j'ai d'abord fait par accident dans des pays non-anglophones.
Pour le nouvel album, j'ai demandé à ce que les paroles soient inscrites à l'intérieur du livret.
La plupart des mouvements que je fais sur scène ne sont pas intentionnels. Je n'essaie pas de mimer quoique ce soit. Ca arrive juste. C'est intuitif, je fais ça au feelling. Je sais que c'est étrange, mais je ne sais pas danser, alors je fais juste ces gestes étranges. Ce n'est pas calculé, je n'y pense pas. J'ai du plaisir, c'est juste ma personnalité qui s'exprime. Et elle est sûrement étrange. C'est comme ça, je suis un freak !


Buck 65 part actuellement en tournée avec Boom Bip et Sage Francis. Nous lui demandons où il en est de ses différents projets de collaboration.
Ce sont de très bons amis à moi. Les gens de Lex sont de bons amis depuis longtemps. Je viens d'ailleurs d'enregistrer un album avec Sage Francis à paraître sur Lex prochainement [Non prophets - Hope - ndlr].
J'ai rencontré les membres de Radiohead plusieurs fois. Ils m'ont aidé sur certaines choses, et je leur ai envoyé de la musique récemment pour voir si on pourrait collaborer. Nous avons plusieurs idées en tête. Mais nous sommes tous très occupés. J'espère que ça se fera. Ce serait bien. Ils m'ont conseillé pour prendre des décisions quant à ma carrière. C'est bien d'avoir des amis comme ça, qui peuvent t'apporter beaucoup.
J'ai aussi demandé à Aphex Twin, par intermédiaire, de réaliser un remix d'un des morceaux du nouvel album. C'est un peu dur de lui parler directement. J'aimerais vraiment faire quelque chose avec lui. Espérons prochainement.

Nous lui demandons enfin ce qu'a induit sa signature sur une major.

A l'origine, je souhaitais être sur une major pour que ma musique ait une chance d'être écoutée par des personnes hors de la sphère électro / hip hop. C'est très difficile d'arriver à ça sur un petit label. Sur Lex par exemple, ils savent comment promouvoir un disque auprès d'un public électro / hip hop, mais ils ne connaissent rien au monde de la country. Les gros labels ont des ramifications partout. Ils peuvent amener ma musique à une audience plus large, plus variée. Ils savent comment présenter ma musique à d'autres publics. Sur un petit label, tu t'adresses à un cercle restreint de gens. J'ai envie de faire tant de choses. Je ne veux personnellement pas me limiter au hip hop ou aux musiques électroniques. Etre sur un gros label facilite beaucoup de choses.
Lex, Anticon ont un esprit particulier, une réputation, et ça c'est très bien. J'ai fais parti de ce collectif pendant dix ans, ce qui m'a permis de mettre les choses en place, de me construire musicalement, et de profiter de cette réputation. Mais rapidement, c'est très limité.
Ce que je veux, c'est réaliser un album que les gens pourrait classer dans leurs 100 albums préférés de tous les temps. Je veux offrir l'opportunité à ma musique d'être écoutée par le maximum de gens différents. D'autre part, même si j'apprécie ce que font Anticon ou Lex, je n'écoute plus exclusivement ce genre de musique. Quand j'écoute de la musique pour moi, j'écoute Bob Dylan, Tom Waits, Radiohead, …
Sur Warner, je suis libre de faire ce que je veux, et pas seulement avec ma musique, mais avec mon site web, avec l'artwork, avec tout autre projet que j'aurais. Je n'ai jamais signé un contrat qui ne me laisse pas entièrement libre de faire ce que je veux. Je ne suis prêt à faire aucun compromis avec ce que je produis. Je suis réaliste sur le fait que Warner fait du gros buisness, qu'il a besoin de faire de l'argent pour pérenniser ses activités. Si cet album ne marche pas, ils me renverront certainement, mais tant pis, il arrivera ce qui doit arriver. Je suis bien avec ça. Je n'ai pas d'attente particulière. Mais j'ai beaucoup d'ambition pour ma musique. Il y a beaucoup de choses que je souhaite encore réaliser, quelque soient les opportunités que j'ai pour les réaliser. Même si j'ai parfois l'impression d'être passé derrière la ligne ennemie, d'être un espion ou quelque chose comme ça dans l'industrie musicale.
Beaucoup de gens ont une vision romantique des musiques "underground". Ils pensent par exemple que Sage Francis est merveilleux. Qu'il fait de la bonne musique, qu'il est sur un super label. Et pourtant, Sage Francis est détruit. Ses chaussures sont miteuses, ses vêtements délabrés. Car il n'a pas d'argent. Il songe souvent à arrêter la musique et à prendre un emploi plus régulier car il n'arrive pas à survivre. Et il ne veut pas mourir… Qui veut mourir ?
Si je suis sur un gros label et que ça marche, je serai à même d'aider des gens comme lui à développer leur musique et à en vivre. La plupart des gens trouvent ça étrange que je sois sur un tel label, car les gros label sont automatiquement assimilés à de la musique de merde. Mais si je réussis à proposer un autre type de musique sur un gros label, j'ai l'impression de changer les choses dans le bon sens. Et les choses changent. Sage Francis est en pourparler avec Epitaph, Sixtoo avec Ninja Tune. Peut-être y suis-je un peu pour quelque chose. Au lieu de dire que ce monde pue et que je n'ai rien à y faire, je préfère essayer de le changer.
Certaines personnes me haïssent juste pour ça, juste parce que je suis sur un gros label. Ils ont l'attitude de très jeunes enfants. Si les gens me haïssent pour le label sur lequel je suis, il peuvent aller en enfer. La seule chose pour laquelle j'accepte qu'on me juge est ma musique. Si tu penses que ma musique est mauvaise, ok. Mais si tu ne m'aimes pas pour qui je suis, ou pour qui sont mes amis, ou encore pour le label sur lequel je suis, je ne veux rien avoir à faire avec toi. Pour moi, c'est juste l'expression d'un esprit étroit.
J'essaie juste de faire de la bonne musique, et je ne serai jamais quelqu'un d'autre. Je ne sais pas où je serai dans un an. Peut-être en haut, peut-être en bas… J'essaye des choses, après… Quand je fais des choses, je ne les fais pas juste pour moi, je les fais en pensant à des gens comme Sage Francis, Mr Dibbs, tous mes amis qui sont détruits, qui vivent une vie de merde mais font de la grande musique. Je me dis que si je peux faire des choses pour améliorer la condition de gens comme ça, je le ferai."
Une des raisons pour lesquelles j'ai quitté Anticon, c'est qu'outre un label, Anticon est aussi une scène, un collectif, un mouvement révolutionnaire. Je trouvais un peu dangereux d'être associé à ces choses qui ont un caractère politique. Je me sentais inconfortable dans cette situation car je préfère être seul. Pour moi, c'est étrange d'appartenir à un groupe. Je préfère être seul, voyager seul, et faire les choses à ma façon. Quand j'étais avec Anticon, je n'aimais pas le fait que ma musique soit jugée non pour elle-même mais parce qu'elle était sur Anticon. Je n'aime pas que quelqu'un me dise qu'il n'aime pas ma musique car c'est sur Anticon. Car si beaucoup de gens apprécient le travail de ce label, beaucoup d'autres le détestent. Mais je considère toujours ces gens comme de très bons amis, et je trouve que ce qu'ils font est très important et admirable. Je suis vraiment content du temps que j'ai passé avec eux.
Ma principale philosophie est que la diversité est une bonne chose. C'est marrant qu'autant de personnes ne l'entendent pas ainsi, et souhaitent la même chose encore et toujours. Je suis content que des labels comme Anticon existent car les gens y trouvent des choses différentes. Une musique moins formatée que celle proposée en masse. C'est très important.


Propos receuillis par Julien et O:liv. Merci a Stéphane pour la traduction. Merci a Gina.


chronique
talkin' honkey blues [warner canada_2003]

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