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buck 65 [canada]


Rencontre dans un bistrot près de Bastille. A peine arrivé, Buck 65 part dans de longues tirades inspirées...
Je trouve l'inspiration chaque jour dans quelque chose qui me donne envie d'écrire. Ecrire est vraiment une passion. Je me perfectionne en écrivant chaque jour. Peut-être ai-je des aptitudes naturelles pour écrire, mais il m'est nécessaire de m'entraîner chaque jour comme pour n'importe quelle autre activité.


Buck 65 a une voix rauque et place des "you know ?" à chaque détour de phrase.
Mes textes se partagent également entre des éléments de ma vie et des choses que j'observe chez les gens.
Ainsi, récemment, j'étais assis dans un aéroport et je vis passer une femme. De dos, elle semblait très jolie, cheveux longs, corps séduisant. Je ne pouvais voir son visage. Je voyais son petit ami également. Il était beau garçon. Je les vis s'asseoir ensemble, se toucher, s'embrasser, toujours de dos. En les regardant ainsi, je me sentis terriblement seul, n'ayant personne à qui donner et de qui recevoir autant d'attention. Mais je me sentais également un peu déprimé devant le spectacle de deux personnes magnifiques dont le bonheur sautait aux yeux. Je me dis que la vie devait être facile pour des gens comme ça. Puis je me levais finalement, marchais dans leur direction puis me retournais une fois que je les eu dépassés. Je m'aperçu alors que la femme avait le visage sévèrement brûlé. Elle n'était pas jolie du tout. Quel choc !
Ce décalage entre ce que j'imaginais et la réalité me mis un bon coup de pied aux fesses. Je réalisais que j'étais comme tous ces gens qui se fient aux apparences pour juger les autres et que ces deux personnes pour qui la vie semblait si facile était finalement peut-être meilleures que moi. J'étais là, dans mes pensées, à médire sur ces gens… L'homme quant à lui était très tendre avec cette femme dont le visage était détruit.
A ce moment, je n'envisageais pas d'en faire une chanson, je notais juste l'histoire et mes impressions. Tout ce matériel me sert ensuite à construire mes récits.


Buck 65 nous présente alors son carnet de note. Dans ces pages se trouvent des textes écrits avec soin et des images collées tout aussi proprement. Il a toujours un carnet sur lui.
Quand ce carnet sera plein, je l'offrirais probablement à une fille que j'apprécie énormément…


Nous cherchons alors à savoir s'il cherche au travers de ses textes à délivrer un message particulier.
Dans toutes mes chansons, il y a une sorte de message. Parfois même un message politique, avec une signification profonde pour moi. Mais j'essaie de rester très subtile. Je n'essaie pas d'asséner frontalement des idées à la face des gens. Je tente juste de raconter une histoire, de créer une image, sans jugement, et de laisser ainsi les gens se faire leur propre opinion.
Chaque album est tiré d'un moment de ma vie. Ainsi, le nouvel album traite–t-il du voyage, ma principale occupation de l'année passée. Si tu prends l'album Vertex, réalisé en deux jours, il parle d'un instant précis de ma vie. Le nouvel album est quant à lui le fruit d'une année de travail. Les deux parlent de ma vie, mais par des biais différents.
La plupart de mes textes ont pour origine un événement de ma vie. J'aime voyager tout le temps. Je parle donc de voyages. Sur le dernier album Square, il s'agissait de voyages en train, sur le nouveau, il s'agit cette fois de voyages en voitures : là est toute la différence.


Comment Buck 65 est-il devenu musicien ?
Quand j'étais enfant, j'aspirais à devenir joueur de base-ball professionnel. J'aimais déjà beaucoup la musique, mais je n'envisageais absolument pas en faire un travail un jour. Je joue au base-ball depuis l'âge de huit ans et à un moment, j'étais à deux doigts de devenir professionnel. Quand j'ai commencé à décliner, la musique a commencé à prendre une place importante dans ma vie.
La seule chose dont j'étais convaincu alors était que jamais je ne pourrais avoir un travail normal et régulier. J'ai besoin de faire quelque chose qui me tienne véritablement à cœur, qui me procure du plaisir. Je deviendrais fou si je devais suivre une certaine routine. Certaines personnes ont l'air heureuse d'avoir une vie très organisée dans laquelle ils n'ont pas à se remettre en cause. Parfois même, je suis jaloux de ces gens-là. La vie semble si simple pour eux. Et pourtant, je ne supporterais pas d'être ainsi cantonné à un espace de vie restreint, avec des tâches bien précises à effectuer. Je serais très malheureux de ne pas avoir un travail qui me fasse ressentir des choses à l'intérieur. Je suis chanceux. J'ai travaillé dur pour en arriver là mais je pense tout de même que je suis chanceux. Peu de gens parviennent à travailler dans le domaine qui leur plaît le plus.
Je ne gagne pas beaucoup d'argent, mais ma vie n'est pas très coûteuse. Je n'ai pas de loyer ni de charges. Ca aide. Je n'ai pas de dépenses particulières : pas d'alcool, ni de cigarettes ou autres drogues. J'achète juste des disques. Beaucoup!! Parfois des disques chers. Des disques dont personne n'a jamais entendu parler. Mais c'est tout ce qui me coûte vraiment. Il y a deux jours, j'ai acheté cinq disques pour 400 euros !
Je travaille très dur à trouver des sons qui me plaisent dans tous ces disques que j'achète à travers le monde. Des sons de batteries principalement. Je peux acheter des disques russes, norvégiens… Des disques rares qui me coûtent donc beaucoup d'argent. J'achète vraiment de tout : du jazz russe, des bandes sons de publicités, de films de série Z, des disques qui parfois ne sont même jamais sortis dans le commerce et que je trouve dans des endroits très spéciaux. C'est très varié.


Mais tous ces disques ne sont pas la seule source de sa musique.
Je joue de la guitare, de la batterie, des claviers. Mais que ce soit moi ou d'autres musiciens plus expérimentés qui jouent, ce matériel musical est ensuite samplé et je construis mes disques à partir de ces samples. En ce moment, j'écoute beaucoup de musique classique, ça m'apprend beaucoup de choses sur la manière de construire un morceau.


Buck 65 nous parle alors de son envie d'être accompagné par un groupe sur scène.

La prochaine fois que je joue à Paris [en novembre, au festival des Inrockuptibles - ndlr], je serai accompagné d'un véritable groupe. J'aimerais me produire avec ce groupe à chaque concert, mais cela revient très cher de déplacer autant de personnes. J'ai un groupe depuis environ trois ans. Des gens qui ont chacun leur propre projet musical, même si ça reste confidentiel.


Entre Square et Talkin' Honky Blues, sa voix est devenue plus grave, plus rauque.
Ma voix devient plus rauque quand je tourne. A force de chanter, elle s'abîme. Mais j'aime ça. J'aimerais qu'elle soit tout le temps comme ça. Je trouve ma voix plus intéressante, plus sexy quand elle est rauque.
A Hollywood, il y a longtemps, les studios demandaient aux acteurs de hurler et hurler et hurler encore pendant des heures pour fabriquer des voix plus graves. C'est un peu ce que je fais quand je suis en tournée. Sur le dernier album, ma voix est plus rauque, plus déchirée. C'est juste que j'ai passé l'année dernière en tournée.
vous connaissez Tricky ? Ma voix commence à ressembler à la sienne. D'ailleurs, je devrais faire attention. Il a donné un concert récemment à Londres. Le public n'entendait rien car il n'avait plus de voix. Elle était cassée. J'espère que ça ne m'arrivera pas.


Nous lui faisons remarquer que sa voix devient également proche de celle de l'un de ses chanteurs préférés : Tom Waits.

Je ne l'ai jamais rencontré, mais ça pourrait se faire dans les mois qui viennent. J'aime à penser que s'il écoutait ma musique, il l'apprécierait. Mon label lui a fait parvenir une copie de mon dernier album, mais je ne sais toujours pas s'il l'a finalement réceptionné.
Nous avons fait une longue liste de personnes susceptibles d'être intéressées par le nouvel album. Des personnes extérieures au monde de la musique - acteurs, metteurs en scène, écrivains, créateurs de mode – à qui nous avons envoyé une copie de l'album. Une copie est ainsi arrivée à Woody Harrelson [acteur dans Natural Born Killer - ndlr], et il adore ! C'est étrange… Je dois le rencontrer dans quelques semaines… Etrange… J'ai toujours du mal à me dire que des gens apprécient ma musique.