w-h-y ?
 

 

 

pole [allemagne]


Pole aka Stephen Betke était à Paris pour la présentation de son nouveau projet POLE à sortir sur Mute en juillet. w-h-y ? a rencontré un garçon posé, qui prenait le temps de réfléchir à chaque question posée. Sur de ces choix, il nous explique son orientation hip hop et sa collaboration avec Fat Jon. Nous l’avons retrouvé le lendemain, cigare à la bouche et verre de vin à la main au nouveau casino pour un set court, mais parfaitement dosé. Cet homme à l’air de s’amuser de toutes les activités qu’il entreprend.


Vous êtes en tournée pour le plaisir, je suppose, mais aussi pour la promotion de votre nouveau projet 45/45 – 90/90 – POLE. Quand avez vous débuté le chantier ? Juste après votre dernier album R [~ scape_2001] ?
Non, pas juste après R. R était une sorte d’étape, ce n’était pas un projet solo, c’était une collaboration avec Burnt Friedmann, Kit Clayton et Danny Meteo à la guitare. Je ne le compte pas parmi mes albums solos. Après l’album jaune, 3 [Kiff/Pias] qui date d’il y a 3 ans, j’ai mis un peu de temps avant de développer de nouveaux projets. Mais on peut dire que ça fait trois ans.


Aviez vous une idée précise de la forme que prendrait ce projet ?
En fait, il me faut un certain temps avant d’arriver au point ou je pense : " C ’est exactement ça, que je veux. " Le problème était que je voulais évoluer dans le ‘son’ POLE, mais sans perdre mon idée de départ de ‘minimalisation’ du son. Le plus gros problème a été de faire quelque chose de nouveau, mais rester en même temps proche de ce que j’avais produit auparavant.


Quels rapports entretenez vous avec le Hip Hop ?
J’ai écouté énormément de hip hop vers la fin des 80’s et jusqu’en 95-96. J’ai également participé à un groupe hip hop, à des projets hip hop, j’ai même eu mon propre groupe au début des années 90.


Aujourd’hui vous sentez vous proche d’une certaine scène Hip Hop [Anticon aux US, Lex en Europe…] ?
Oui, je connais ces labels, j’ai même joué en guest lors d’une soirée Lex à Londres. Je connais un peu ces personnes, mais ce ne sont pas mes seules influences. Je me réfère à une certaine partie du Hip Hop, mais je ne suis pas 100% Hip Hop. Je ne pense pas que ce nouvel album soit un album Hip Hop. Je n’essais pas de devenir un artiste Hip Hop et je ne veux pas le devenir.


Comment c’est donc passé la rencontre avec Fat Jon ?
Je cherchais quelqu’un avec qui collaborer depuis un moment qui possédait une voix proche des chanteurs jamaïcains du début des 60’s, mais je n’obtenais pas ce que je voulais. Ce n’était pas vraiment adapté à ma musique. Et j’ai rencontré Jon quand il était à Berlin chez un ami à lui. J’avais déjà deux albums de lui depuis quelques années, je connais son travail depuis un moment.


Et pourquoi Fat Jon précisément ?
Sa voix, le sens de ses textes, son flow étaient parfaitement adaptés à ce que je cherchais. Il a tout de suite compris ce que je disais, au moment où je le disais. Il n’a jamais essayé d’ajouter un coté Hip Hop a l’album. Il a apporté ces propres textes comme une sorte de spoken word, étape par étape, il voyait exactement ce à quoi allait ressembler l’album au final.


Vous voulez dire qu’il avait lui même une façon minimaliste de travailler.
Oui, exactement.


Les textes et la mélodie ont ils la même importance ?
Quand tu décides de mettre des voix sur un morceau, elles deviennent généralement le facteur le plus important, puisque les mots sont plus forts que la mélodie. Mais dans notre cas, nous avons essayé d’adapter les deux, l’une par rapport à l’autre, tout en les séparant distinctement. Je conçois la voix de Jon comme un ajout (an addition) à ma musique. Par exemple, pour certains morceaux, nous avons la version instrumentale, et nous avons la version à capella qui pourrais être utilisée sur différents instrumentaux. La voix est importante c’est indéniable, mais aussi importante que la musique. C’est ce sur quoi nous avons travaillé.


Pourquoi ne pas avoir utilisé la voix de Jon, comme un vrai matériel, peut être comme Prefuse 73 ?
Prefuse l’a déjà fait. (rires)


Oui ok (rire)… Pas 'comme' Prefuse 73, mais vous aimez le son, vous aimez créer du son, des sons, jouer avec…
C’est vraiment diffèrent d’utiliser un MC, et de le laisser utiliser son flow, ou de couper et resampler sa voix. Je n’étais pas intéressé par l’enregistrement d’une voix pour la retravailler par la suite, ce n’est pas du tout ce dont j’avais envie. J’essaye de travailler sur autre chose actuellement. Je cut assez sur mes parties musicales. (rires) En fait j’essaie d’ajouter quelque chose au monde du Hip Hop. Mais aussi au monde de POLE. C’est ma façon de voir la musique, ma vision. Et je veux les laisser tels qu’ils sont.


On doit comprendre que apporter quelque chose au monde de POLE, c’est cette collaboration. Travailler avec quelqu’un et le laisser libre de ces choix.
Je veux dire que les parties instrumentales sonnent toujours comme POLE. Ce n’est pas la grosse différence par rapport aux derniers albums. Utiliser les beats comme ils le sont dans le Hip Hop, ou Fat Jon comme Mc. Eux, ont été un plus à ce que je faisais avant. Je n’essaie pas de prendre part à ce que je vois ce que j’entends. J’ai mon propre monde, un son unique. Et j’essaye de les préserver pour l’instant.


C’est étrange que vous disiez ça, puisque en même temps, vous laissez Fat Jon complètement libre dans ce monde, donc ce n’est plus exactement le même monde…
Oui, c’est vrai, et c’est pourquoi j’ai rencontré beaucoup d’artistes avant de choisir Fat Jon. Je recherchais quelqu’un qui comprenne ce monde, qui évolue dans ce genre de monde. Nous avons énormément discuté, ce n’était pas du genre, « donne moi ça, fais ça, comme ceci… ». C’est une chose importante. Quand j’invite quelqu’un, il est invité à faire les choses et non forcé.


Quels sont les sujets abordés dans les textes?
Ho… c’est un sujet sur lequel il serait préférable de parler avec Jon, parce que c’est lui qui les a écrit mais par contre je peux parler de la façon dont nous avons travaillé. Tout d’abord, il faut savoir que les parties instrumentales ont été composées en premier. J’avais le titre des morceaux, et je savais ce dont ils parleraient. A partir de là nous entamions une discussion sur ce que j’entendais, ce que je pensais.
Par exemple « Slow Motion » est un morceau très lent, down tempo, sur le fait de ralentir sa vision des choses. J’aime l’idée que les gens devraient prendre plus de temps pour observer les choses, devrait prendre le temps d’interpréter les choses de différent point de vue. Donc nous avons discuté de ce sujet avec Jon, et il a compris le sens de ma pensée. Ensuite il a écrit les paroles dans ce même sens. Nous avons essayé de rapprocher les textes de mon idée de départ. C’était vraiment un travail de collaboration, mais je n’ai pas touché un mot de ce qu’il a écrit.


Sur POLE le nouvel album on peut entendre du saxophone, de la basse… Est ce que toutes les parties instrumentales ont été jouées, ou plutôt samplées ?
Le saxophone a été joué par Thomas Hass, un musicien Jazz de Copenhague, le bassiste est August Hankle du Danemark également, je me suis occupé de toutes les parties piano et Jon des voix. Mais toutes les parties instrumentales ont vraiment été jouées.


Ce nouvel album reflète toujours les mêmes racines, Dub, Jazz. Hip Hop également… Quelles ont été vos influences lors de sa composition ?
Quand je produis un nouvel album je n’écoute absolument rien. Je ne veux être perturbé par aucun autre style de musiques ou autres choses… Je suis déjà influencé par tout ce que j’écoute depuis mon enfance, par ce que j’entend tout les jours et partout dans le monde.


Vous êtes le patron de ~ scape music. Pourquoi avoir choisit de sortir votre nouvel album sur une major tel que Mute alors que vous avez votre propre structure indépendante ?
Parce que, après être artiste, producteur, ingénieur du son, et patron de label, je devrait me dire à moi même comment vendre mon album (rire). Il faudrait pour ça que je travaille 24h/24h. (rires) Je pourrais sortir mes propres production sur ~ scape, mais je préfère garder mon job de musicien vraiment clair et indépendant de mon rôle de patron de label. Et Mute fait ce travail très bien.


Pour finir, je vous donne un mot et vous retournez une réponse rapidement.
Tea, coffe, milk… (rires)

Ok. (rires) ça pourrait coller à certaines réponses. Prêt ? [Il fait mine de se concentrer.] Un plat ?
Sushi.


Une boisson ?
Vin rouge.


Un disque ?
Oh my god… rapidement… humm, un de mes favoris du moment…. KD Push un mélange de reggae et de Hip Hop vraiment incroyable, mais vraiment inconnue et introuvable également.


Propos recueillis par O:liv et Stef. Merci à Bertus pour la traduction. _ Mai 2003.


chronique
45/45 [mute_2003]

liens
site officiel
~scape