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AS dragon [france]


Rencontrer A.S. Dragon aux Mains d'œuvres, salle située à Saint-Ouen au nord de Paris, revient à rendre visite au groupe dans son jardin. C'est ici en effet qu'il répète depuis deux ans. Ici aussi qu'il a donné son premier concert. C'est enfin dans ce lieu que se déroule les soirées Tricatel (maison mère des cinq dragons). Menée conjointement pour le fanzine rennais Episode et pour W-H-Y, cette interview nous aura laissée un goût étrange, de mélancolie et de joie mêlées. La sensation d'avoir croisé des gens prêts à donner d'eux mêmes, plus vivants que la vie normalement.


Vous avez été réunis par Bertrand Burgalat afin d'accompagner Michel Houellebecq en tournée. Votre expérience de backing-band s'est prolongée sur les propres concerts de monsieur Tricatel –dont les meilleurs moments ont par ailleurs été compilés sur le disque "Bertrand Burgalat meets A.S. Dragon". De nombreux rapprochements peuvent être fait entre les morceaux que vous interprétiez à l'époque et ceux que vous composez aujourd'hui. Selon vous, à quel degré Bertrand Burgalat a-t-il influencé votre musique?
mickaël : Le son développé en live avec Michel, c'est le son d'A.S. Dragon. Nous n'avons pas joué les partitions à la lettre. Nous nous sommes appropriés les morceaux et les avons réarrangés à notre sauce. Idem avec Bertrand. Il n'est donc pas étonnant de retrouver une couleur musicale proche de nos propres enregistrements.

hervé : Sur scène, nous cherchons à rentrer en transe. C'est notre côté Fela… Et c'est ce qui était appréciable sur les concerts de Michel: on rentrait véritablement dans un tunnel. Quand tu rentres en transe, tu exprimes forcément des choses personnelles, qui n'appartiennent qu'à toi.


Quel événement vous a décidé à réaliser vos propres morceaux?
mickaël : Le point de départ, c'est le concert que nous avons donné à Rennes avec Michel. Bertrand était présent ce soir-là. Et il est littéralement tombé amoureux du groupe. C'est lui le premier qui a exprimé le souhait de nous signer et que l'on sorte un album. Nous ne composions pas à cette époque là.

hervé
: Peu après, nous avons fait une demi-heure de musique pour un défilé de mode. On a commencé à prendre nos marques, à avoir nos petits trucs à nous. Puis nous avons quasiment tout repris à zéro lorsque nous avons rencontré Natasha.

natasha
: En janvier 2002, j’ai rencontré Mickaël par un ami commun. Il m’a fait écouté le live de Burgalat et m’a dit qu’ils cherchaient une chanteuse. C'est une amie à moi qui m’a convaincue que c'était pour moi. Je n’avais jamais chanté!

mickaël
: Et c'est ce qu’on voulait, quelqu'un qui n'ait aucune expérience de chanteuse à proprement parlé. Quelqu'un qui privilégie l’énergie à la technique.

hervé
: Quelqu’un de fresh !


Et combien de temps pensez-vous qu'elle puisse conserver sa fraîcheur?
mickaël : Michel Houellebecq ça a duré 3 ou 4 mois, Bertrand ça a duré 1 an et demi, Natasha, je ne sais pas….

hervé
: Pour l’instant, on s’amuse vraiment bien.

natasha
: Quand je commence un truc, en général, je vais jusqu’au bout.

hervé
: Et on a pas l’intention de retourner en backing band. On fait nos morceaux, on a un label, on a un répertoire, on se fend bien la gueule…

stéphane
: Evidemment si on ne vend pas un disque et qu’il n’y a personne aux concerts, on se posera des questions!

natasha
: Notre album a été tiré à 7000 exemplaires pour l’instant.

hervé
: Notre distributeur est motivé, il a donc pris la décision de faire un peu plus de tirage que d’habitude pour un petit label. Pour le premier album d'un groupe, d’habitude, c’est des tirages plus modestes. On a l’avantage de ne pas trop se faire d’illusions. On prend comme ça vient. C'est la meilleure sécurité pour ne pas tomber de haut.


Vous vivez de votre musique actuellement?
hervé : Oui, on ne fait que de la musique. Enfin, certains font des petits boulots. Des séances pour d’autres gens, sous des pseudonymes… Faut bien vivre…
Que ressentez-vous à l’évocation de votre nom : A.S. Dragon ?

natasha
: Je trouve que c'est un joli nom, non?

hervé
: Moi, je ne m'en lasse pas. C’est notre équipe de foot, quoi !

david
: Tu te lèves le matin tu penses à ça, tu te couches le soir tu penses à ça, c'est vraiment le seul truc qui nous tient. Ça fait partie de notre équilibre. Si on ne répète pas, on s’appelle. Si on ne s’appelle pas entre nous, on appelle le manager pour savoir ce qui se passe. Du coup, chaque fois que tu le vois écrit ou que tu l'entends, ça fait super plaisir.

natasha
: Même si jusque là, nous n'avons pas encore vraiment entendu nos morceaux à la radio.


Ecoutez-vous encore votre album aujourd'hui?
Ouais, ouais (presque général).

stéphane
: Personnellement je ne l’écoute plus trop. Nous avons fini de l’enregistrer fin juillet, je l’ai écouté quasiment tout l’été. Ca sature un peu au bout d’un moment…

mickaël
Moi non plus, je ne peux pas. Je n'arrive pas à réécouter les trucs que j’ai fait, c'est psychologique, et idiot sûrement! Mon problème, c'est que j'entends tous les défauts. Des défauts que je m'invente la plupart du temps. Je ne réussis pas à prendre de recul.

hervé
: Jusqu’à présent, ça m’a fait ça également. Mais là… C'est le seul disque que j'ai fait, je le réécoute facilement. Un album n'est jamais vraiment fini de toute façon.

david
: Il faut prendre la décision de s'arrêter à un moment.

hervé
: Cet album, c’est une photo du groupe à un moment donné, un instantané.


Fred Jimenez, votre bassiste, a quitté le groupe. Comment David s'est-il retrouvé à sa place?
david : Ils cherchaient quelqu'un de jeune et de talentueux, histoire d’insuffler un peu de sang neuf. Si tu regardes bien, Fred a fait toute la période glorieuse avec Houellebecq, Burgalat. Il a pris un max de thunes et ils ont fait le tour du monde. Sur l'album, c'est lui qui joue. Aujourd'hui, il est sur une île, au large des Caraïbes je crois, avec Phil Collins (rires)… En fait je connais Fred depuis pas mal de temps. Il m’a présenté, ça a collé et me voilà avec A.S. Dragon depuis 6 mois maintenant et… nous sommes loin de faire le tour du monde !


Deux chansons ont particulièrement retenu notre attention, "Un hémisphère dans une chevelure" –dont le texte est signé Baudelaire- pour la mélancolie qu'elle diffuse, et "One two three four boys" pour son évidence pop. Pourriez-vous nous donner quelques secrets de fabrication?
natasha : Pour le texte de Baudelaire, nous avions au départ un morceau instrumental sur lequel nous ne voulions pas chanter. L'idée était de poser un poème dessus. Or je n’écris pas spécialement de poésie, en tout cas pas pour le moment. Le 19ème siècle est la période que je préfère en terme de poésie, j’ai donc été piocher dedans. Et je suis tombée sur ce texte, qui est en prose. Il collait parfaitement à la musique. Les mots tombaient tous très bien. En studio, je me suis efforcée de ne pas tomber dans le piège de la récitation. J'ai tenté d'insuffler au texte mon parlé, mes respirations… (Ce qui crée un décalage charmant, NDRL).
Le texte de "one two three four boys" a quant à lui été écrit par une amie, Constance Verluca. Cette chanson n'a pas une grande prétention intellectuelle, mais privilégie plutôt le côté simple, naïf de la pop. Quatre garçons dans le vent chantent et secouent leurs mains. Une fille se balade et relate l'époque où ils étaient jeunes et succesful, plein d'énergie. Les ayant mis dans sa poche, elle les ressort aujourd'hui qu'ils sont devenus has-been .

hervé
: C'est une fille qui prend un truc, le casse et va voir ailleurs.

natasha
: Si cette chanson traite au départ des Beatles, elle a depuis pris un double sens du fait des quatre garçons qui m’entourent…

hervé
: C'est ce qui va se passer en fait.

david
: Sur l'album se trouve également une version française de ce morceau. Ce n’est pas une traduction, plutôt une adaptation.

natasha
: Cette version s’appelle "Mais pas chez moi". C'est la même personne qui a écrit le texte. La mélodie est exactement la même mais ce n’est pas du tout la même intention. En français, le texte est beaucoup plus cru et sombre. Vu que la mélodie est un peu naïve ça pouvait vite sonner (avec des mots français il fallait vraiment faire très attention) niais. On ne pouvait pas mettre un texte trop gentil sur cette mélodie là, ça devenait trop… gentil, quoi! Donc le texte français prend le contre-pied de ça, et, de fait, est assez trash.


Propos recueillis par Julien Coudreuse et O:liv _ avril 2003.


liens
site officiel
tricatel