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Par
quels sortilèges certains chanteurs parviennent-ils
à faire résonner si profondément
dans nos têtes les mots les plus simples ? Comment
une âme meurtrie peut-elle s’exposer si
aisément aux oreilles du tout-venant ? Si la
réponse demeure mystérieuse, la magie
opère une nouvelle fois ici.
L’américain Vic Chesnutt n’en est
pas à son coup d’essai, lui dont le premier
des onze albums est paru en 1990. Son dernier, sorti
en septembre cette année, devrait cependant faire
date. L’homme s’y présente au sommet
de son art vocal. Sa diction particulière fait
mouche, tout en mots mâchés et longs en
bouche, tordus par son accent sudiste. Mais la véritable
surprise de ce disque réside dans sa mise en
sons. À l’initiative de Jem Cohen, réalisateur
new-yorkais et ami de Chesnutt, ce disque a en effet
été enregistré au studio montréalais
Hotel2Tango, où la quasi-totalité des
productions du label Constellation sont réalisées.
Fans absolus des travaux antérieurs du monsieur,
les sept membres de Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra
& Tra-La-La Band, accompagnés (entre autres)
de Guy Picciotto (Fugazi) ont orchestré ses morceaux.
Sur un tapis de violon et de guitares plus ou moins
saturées, quelques notes de piano jaillissent
ci et là. L’auditeur est plongé
dans une atmosphère macabre, tantôt désertique,
puis soudain plus chargée en électricité.
Quand l’ensemble s’emporte, une batterie
accentue l’élan. La guitare acoustique
tenue par Chesnutt, légèrement mise en
avant, imprime le cap. Le résultat, difficile
à dater bien qu’enregistré l’hiver
dernier, ne cesse d’impressionner. (Presque) tout
ce beau monde accompagnera l’homme en tournée.
Julien Coudreuse
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