Combien
de fois avons-nous laissé de côté
un disque de rap, excités par la musique
produite et pourtant las des voix omniprésentes
qui la couvrent ? A vrai dire, nous ne comptons
plus, tant les productions mises au service des
seules voix dominantes sont légions dans
ce genre où l’affirmation du moi écrase
souvent l’ensemble. TTC, fer de lance français
d’une certaine idée de la contre-culture
hip hop, n’échappe pas à ce
grief et finit chaque fois par lasser, en concert
comme sur disque.
Le
flow décalé des trois MC’s omnipotents
de TTC, et plus particulièrement l’association
de la voix, nasillarde et stridente, de Teki Latex
à la nonchalance aisée de Cuizinier,
présente depuis la naissance du groupe de
sérieux gages d’originalité.
Leur humour très personnel et une faculté
certaine d’analyse des malheurs de notre société
d’abondance enrichissent le propos. Et si
leur goût du non-sens rarement pris en défaut
rend parfois ce même propos un peu abscons,
la découverte de TTC s’accompagne immanquablement
d’un rictus satisfait ou d’un sourire
figé un peu con. La durée ne semble
cependant pas être de leur côté.
Passés les premiers émois suscités
par quelques titres, leur débauche de bons
mots et de formules sarcastiques saoule un peu.
L’énergie qu’ils déploient
sur scène vire également vaine. Faire
le malin, c’est bien, il faudrait pourtant
envisager à ne pas en abuser. Car si le mieux
est l’ennemi du bien, le trop plein de mots
agace et finit par rendre irritante une musique
pourtant précieuse, si nous nous référons
à leur tout nouvel (et second) album Bâtards
Sensibles et à la (bonne) surprise qui l’accompagne
: sa version instrumentale. L’écoute
de ce disque « bonus » est un choc,
tant sa brillante production surclasse la discographie
complète de TTC – du moins ce que nous
en connaissons, le groupe ne se ménageant
pas niveau éparpillement et collaborations.
A l’ombre des trois MC’s, deux jeunes
producteurs et un dj composent cette musique qui
renvoie au début des années 80 et
à l’émergence de l’électro,
sans pour autant être avare de boucles distordues
plus contemporaines. Tacteel, jeune français
plein d’avenir repéré par le
label Lex (division hip hop de Warp, faut-il le
rappeler), et Para One, autre producteur national
de talent (qui forme par ailleurs avec Tacteel le
duo Fuckaloop), épaulés par Orgasmic
aux scratchs, affichent une savante culture électro
et font preuve d’un talent unique pour agencer
les sons. Ils construisent leurs morceaux d’une
façon ludique et originale qui incite à
s’y replonger souvent. Ce sont eux qui font
aujourd’hui de TTC un groupe important.
julien
coudreuse