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artiste : ttc

album : bâtards sensibles

label : big dada

année : 2004

chroniqué le :
09 janvier 2005
 

Combien de fois avons-nous laissé de côté un disque de rap, excités par la musique produite et pourtant las des voix omniprésentes qui la couvrent ? A vrai dire, nous ne comptons plus, tant les productions mises au service des seules voix dominantes sont légions dans ce genre où l’affirmation du moi écrase souvent l’ensemble. TTC, fer de lance français d’une certaine idée de la contre-culture hip hop, n’échappe pas à ce grief et finit chaque fois par lasser, en concert comme sur disque.

Le flow décalé des trois MC’s omnipotents de TTC, et plus particulièrement l’association de la voix, nasillarde et stridente, de Teki Latex à la nonchalance aisée de Cuizinier, présente depuis la naissance du groupe de sérieux gages d’originalité. Leur humour très personnel et une faculté certaine d’analyse des malheurs de notre société d’abondance enrichissent le propos. Et si leur goût du non-sens rarement pris en défaut rend parfois ce même propos un peu abscons, la découverte de TTC s’accompagne immanquablement d’un rictus satisfait ou d’un sourire figé un peu con. La durée ne semble cependant pas être de leur côté. Passés les premiers émois suscités par quelques titres, leur débauche de bons mots et de formules sarcastiques saoule un peu. L’énergie qu’ils déploient sur scène vire également vaine. Faire le malin, c’est bien, il faudrait pourtant envisager à ne pas en abuser. Car si le mieux est l’ennemi du bien, le trop plein de mots agace et finit par rendre irritante une musique pourtant précieuse, si nous nous référons à leur tout nouvel (et second) album Bâtards Sensibles et à la (bonne) surprise qui l’accompagne : sa version instrumentale. L’écoute de ce disque « bonus » est un choc, tant sa brillante production surclasse la discographie complète de TTC – du moins ce que nous en connaissons, le groupe ne se ménageant pas niveau éparpillement et collaborations. A l’ombre des trois MC’s, deux jeunes producteurs et un dj composent cette musique qui renvoie au début des années 80 et à l’émergence de l’électro, sans pour autant être avare de boucles distordues plus contemporaines. Tacteel, jeune français plein d’avenir repéré par le label Lex (division hip hop de Warp, faut-il le rappeler), et Para One, autre producteur national de talent (qui forme par ailleurs avec Tacteel le duo Fuckaloop), épaulés par Orgasmic aux scratchs, affichent une savante culture électro et font preuve d’un talent unique pour agencer les sons. Ils construisent leurs morceaux d’une façon ludique et originale qui incite à s’y replonger souvent. Ce sont eux qui font aujourd’hui de TTC un groupe important.


julien coudreuse