|
Remarquée
en France en 2004 pour sa collaboration avec Yann Tiersen,
en compagnie duquel elle publiait alors un album composé
à quatre mains, l’Américaine Shannon
Wright nous revient aujourd’hui envoûtante
et inspirée, supportée par le valeureux
label bordelais Vicious Circle, au flair certain. Léger
dans la forme, mais profond et habité, son cinquième
album solo, sorti fin mars, est aussi mélancolique
que vivifiant.
Aussi
douée à la guitare qu’au piano,
à la technique iconoclaste et au sens mélodique
incontestable, Shannon Wright produit des chansons courtes
et intemporelles dans une veine folk pourtant trop étroite
pour qu’on l’y enferme. Son goût revendiqué
pour des formations telles que Shellac, Don Caballero
ou encore Deerhoof affiche la couleur : sa créativité
s’épanouit en toute liberté. Enregistré
à Atlanta avec l’aide de son vieil ami
Adam Baker, Let in the Light endosse des habits de lumières
que ne portaient pas ses compositions passées.
Ce disque bénéficie d’arrangements
minimaux et d’une batterie sensible tenue par
Kyle Crabtree des fabuleux Shipping News. Ce dernier
sera d’ailleurs présent sur scène
durant la tournée qui s’annonce, épaulé
à la basse par son complice de groupe Todd Cook
(ex-Slint). C’est pourtant seule que Shannon Wright
s’est illustrée lors du concert donné
cet hiver à La Route du Rock de Saint-Malo. Claudiquant
tête baissée et guitare à la main
autour d’un point fixe imaginaire, elle captive
l’assemblée quand bien même la scène
est laissée vide de tout autre attrait. Ses doigts
semblent s’écorcher sur les cordes électrifiées,
en parfait écho à son chant hanté.
Sa voix, puissante et légèrement éraillée,
évoque Liz Phair ou Cat Power, et captive par
sa capacité à allier force et fragilité.
Quand elle s’installe au piano, sa musique tourmentée
change de couleur mais pas de ton. Ses morceaux restent
autant de heurts intérieurs soulagés par
leur mise en chanson.
Julien Coudreuse
|