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Le
label rennais Idwet (Robert Le Magnifique, Tepr…)
sort de son chapeau ce mois-ci un nouveau projet passionnant
; le plus ambitieux qu’il lui ait été
donné de porter jusqu’à maintenant.
À rapprocher du hip hop, sans pour autant le
confiner à ce genre, le premier album de Psykick
Lyrikah est un exercice maîtrisé et lettré
de musique déviante, aux sonorités variées
et aux joutes vocales frissonnantes.
La sortie d’un premier album est un événement
majeur dans le parcours d’un musicien ; la direction
musicale choisie étant arrêtée pour
être proposée au public. Que Psykick Lyrikah
ait patienté trois ans entre sa formation et
l’achèvement de son album fondateur est
à ce titre révélateur de la personnalité
de ses deux membres permanents : Mr Teddybear et MC
Arm. Perfectionnistes, exigeants, originaux, intimistes
et nuancés, autant de qualificatifs qui surgissent
spontanément à l’écoute du
disque Des lumières sous la pluie et
qui imposaient au groupe de prendre son temps.
Psykick Lyrikah est un cas à part dans la sphère
hip hop. Leurs compositions explosent les canons du
genre par leurs orchestrations majestueuses et font
preuve d’une maturité étonnante.
Le malaise sourd qui traverse l’album est le reflet
de la conscience exacerbée de ses auteurs face
aux travers et autres lâchetés de leurs
contemporains. Derrière ses machines (platines,
sampleur, boîtes à rythmes), Mr Teddybear
développe des mélodies inquiétantes
composées de multiples couches sonores (nappes
de synthés, flûte trafiquée, pianos
cristallins, grésillements…) qui se révèlent
au fil des écoutes. Tout est calme pourtant à
l’orée du disque. L’heure est à
l’attente, l’appréhension rampante.
Place à une psalmodie de scratches (orchestrée
par Robert Le Magnifique), annonciatrice de la salve
de mots de MC Arm, le dépositaire de la voix
au ton monotone et las qui ne lâchera désormais
plus le disque. Ses textes sont autant de témoins
des difficultés rencontrées par chacun
dans son quotidien, autant de poèmes déclamés
de manière totalement désenchantée.
Car, fait rare dans le rap, MC Arm revendique son goût
de la littérature : “ Mon destin se lie
à celui des personnages que je lis ”.
Une passion des livres, un désappointement, une
manière de dire “ je ” et d’atteindre
pourtant dans le propos une forme d’universalité,
tous ces éléments renvoient à Programme
et ses deux albums uppercuts qui, derrière leur
rejet du monde, appelaient simplement à un peu
plus d’humanité. Autre influence palpable,
bien que Psykick Lyrikah s’en défende,
le spectre d’Abstrackt Keal Agram plane au-dessus
de cette musique. Le groupe morlaisien en pleine ascension
médiatique a d’ailleurs réalisé
la musique d’un des plus beaux morceaux de ce
disque (“Le dernier chapitre”). Il convient
néanmoins de ne pas réduire Psykick Lyrikah
à ces quelques références. Trop
ouvert pour se limiter à un style, trop mûr
pour se laisser submerger par ces influences.
Julien Coudreuse
retrouvez
plusieurs titres de l'album ici
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