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artiste : psykick lyrikah

album : des lumières sous la pluie

label : idwet

année : 2004

chroniqué le :
26 octobre 2004
 

Le label rennais Idwet (Robert Le Magnifique, Tepr…) sort de son chapeau ce mois-ci un nouveau projet passionnant ; le plus ambitieux qu’il lui ait été donné de porter jusqu’à maintenant. À rapprocher du hip hop, sans pour autant le confiner à ce genre, le premier album de Psykick Lyrikah est un exercice maîtrisé et lettré de musique déviante, aux sonorités variées et aux joutes vocales frissonnantes.

La sortie d’un premier album est un événement majeur dans le parcours d’un musicien ; la direction musicale choisie étant arrêtée pour être proposée au public. Que Psykick Lyrikah ait patienté trois ans entre sa formation et l’achèvement de son album fondateur est à ce titre révélateur de la personnalité de ses deux membres permanents : Mr Teddybear et MC Arm. Perfectionnistes, exigeants, originaux, intimistes et nuancés, autant de qualificatifs qui surgissent spontanément à l’écoute du disque Des lumières sous la pluie et qui imposaient au groupe de prendre son temps.

Psykick Lyrikah est un cas à part dans la sphère hip hop. Leurs compositions explosent les canons du genre par leurs orchestrations majestueuses et font preuve d’une maturité étonnante. Le malaise sourd qui traverse l’album est le reflet de la conscience exacerbée de ses auteurs face aux travers et autres lâchetés de leurs contemporains. Derrière ses machines (platines, sampleur, boîtes à rythmes), Mr Teddybear développe des mélodies inquiétantes composées de multiples couches sonores (nappes de synthés, flûte trafiquée, pianos cristallins, grésillements…) qui se révèlent au fil des écoutes. Tout est calme pourtant à l’orée du disque. L’heure est à l’attente, l’appréhension rampante. Place à une psalmodie de scratches (orchestrée par Robert Le Magnifique), annonciatrice de la salve de mots de MC Arm, le dépositaire de la voix au ton monotone et las qui ne lâchera désormais plus le disque. Ses textes sont autant de témoins des difficultés rencontrées par chacun dans son quotidien, autant de poèmes déclamés de manière totalement désenchantée. Car, fait rare dans le rap, MC Arm revendique son goût de la littérature : “ Mon destin se lie à celui des personnages que je lis ”.

Une passion des livres, un désappointement, une manière de dire “ je ” et d’atteindre pourtant dans le propos une forme d’universalité, tous ces éléments renvoient à Programme et ses deux albums uppercuts qui, derrière leur rejet du monde, appelaient simplement à un peu plus d’humanité. Autre influence palpable, bien que Psykick Lyrikah s’en défende, le spectre d’Abstrackt Keal Agram plane au-dessus de cette musique. Le groupe morlaisien en pleine ascension médiatique a d’ailleurs réalisé la musique d’un des plus beaux morceaux de ce disque (“Le dernier chapitre”). Il convient néanmoins de ne pas réduire Psykick Lyrikah à ces quelques références. Trop ouvert pour se limiter à un style, trop mûr pour se laisser submerger par ces influences.

Julien Coudreuse

retrouvez plusieurs titres de l'album ici