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artiste : niobe

album : tse tse

label : sonig records

année : 2003

chroniqué le :
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Niobe est Yvonne Cornelius, née à Francfort d’origine vénézuelienne, résidant à Cologne depuis une dizaine d’années. Après Radioersatz sorti en 2001 chez TomLab, elle a publié il y a quelques mois sur le label allemand Sonig un album sur lequel nous revenons aujourd’hui – il serait dommage de passer à côté d’un tel travail d'orfèvre. L’œuvre de Niobe est surprenante au premier abord : ses recherches s’effectuent principalement autour d’un travail de construction-déconstruction des rythmes, des mélodies, et particulièrement des voix. Sa voix, chaude et réconfortante comme une chanteuse de jazz qui a traversé les épreuves et se retrouve à exercer son charme aux quelques âmes perdues de passage, au fond d’un cabaret qui n’en a plus que le nom. Si les morceaux semblent avoir connu à un moment donné une existence plus calme et réservée, le travail d’Yvonne Cornelius consiste justement à en bousculer les schémas, en coupant, en insérant, en remodelant constamment sa tessiture. On pourrait ici la comparer au jeune Dorine_Muraille, mais Niobe axe son travail principalement autour de sa voix. Proche souvent d’une ambiance de film d’un autre âge, underground bien évidemment, avec ses cordes magnifiques troublées constamment par cette voix filtrée par des effets comme une surdose d’excès, on imagine même retrouver un jour la bobine originelle, un film des années 60 expérimentant la nostalgie comme source créatrice et les images de l’histoire du cinéma comme source formelle.
Par moments l’ambiance se fait plus légère, plus comique (‘tic tac’ et sa cadence bricolo), puis le tout s’emballe dans une grande accélération rythmique (‘virgin de guadalupe’), le chant s’étire et s’étiole dans les aigus, enfin une voix chaude et proche vient recouvrir le tout superbement (‘nachtsendung’). L’évolution des morceaux est toujours surprenante, des éléments très divers venant continuellement s’ajouter à l’ambiance première. Yvonne Cornelius est maître du montage, elle cite Lynch ou ‘Vertigo’ (écouter ‘sanoukiki’ et ses cordes à la Herrmann torturé), et on ne peut que se rendre à l’évidence : Niobe permet de grands espoirs dans le domaine du cinéma expérimental.

vincent moon