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Niobe
est Yvonne Cornelius, née à Francfort
d’origine vénézuelienne, résidant
à Cologne depuis une dizaine d’années.
Après Radioersatz sorti en 2001 chez TomLab,
elle a publié il y a quelques mois sur le label
allemand Sonig un album sur lequel nous revenons aujourd’hui
– il serait dommage de passer à côté
d’un tel travail d'orfèvre. L’œuvre
de Niobe est surprenante au premier abord : ses recherches
s’effectuent principalement autour d’un
travail de construction-déconstruction des rythmes,
des mélodies, et particulièrement des
voix. Sa voix, chaude et réconfortante comme
une chanteuse de jazz qui a traversé les épreuves
et se retrouve à exercer son charme aux quelques
âmes perdues de passage, au fond d’un cabaret
qui n’en a plus que le nom. Si les morceaux semblent
avoir connu à un moment donné une existence
plus calme et réservée, le travail d’Yvonne
Cornelius consiste justement à en bousculer les
schémas, en coupant, en insérant, en remodelant
constamment sa tessiture. On pourrait ici la comparer
au jeune Dorine_Muraille, mais Niobe axe son travail
principalement autour de sa voix. Proche souvent d’une
ambiance de film d’un autre âge, underground
bien évidemment, avec ses cordes magnifiques
troublées constamment par cette voix filtrée
par des effets comme une surdose d’excès,
on imagine même retrouver un jour la bobine originelle,
un film des années 60 expérimentant la
nostalgie comme source créatrice et les images
de l’histoire du cinéma comme source formelle.
Par moments l’ambiance se fait plus légère,
plus comique (‘tic tac’ et sa cadence bricolo),
puis le tout s’emballe dans une grande accélération
rythmique (‘virgin de guadalupe’), le chant
s’étire et s’étiole dans les
aigus, enfin une voix chaude et proche vient recouvrir
le tout superbement (‘nachtsendung’). L’évolution
des morceaux est toujours surprenante, des éléments
très divers venant continuellement s’ajouter
à l’ambiance première. Yvonne Cornelius
est maître du montage, elle cite Lynch ou ‘Vertigo’
(écouter ‘sanoukiki’ et ses cordes
à la Herrmann torturé), et on ne peut
que se rendre à l’évidence : Niobe
permet de grands espoirs dans le domaine du cinéma
expérimental.
vincent moon
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