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En
2006, Mogwai est partout. Sur la platine (nouvel album
paru en mars), sur les écrans de cinéma
(pour la musique du film “ Zidane, un portrait
du XXème siècle ”), et dans les
champs des festivals d’été. Annus
horribilis si vous tenez à vos tympans. Instants
magiques si vous passez outre ce désagrément.
Auteur d’un cinquième album sidérant,
Mr Beast, d’une puissance inouïe et joué
pourtant comme au ralenti, Mogwai atteint aujourd’hui
des sommets dont on n’osait rêver vu les
montagnes déjà gravies auparavant. Extrême
en concert, se jouant du seuil de tolérance des
tympans, le groupe est aussi doué pour composer
des mélodies sensibles que pour l’expérimentation
(changements soudains de rythme et variations subtiles
des niveaux de saturation). Depuis 1995, son parcours
singulier est jalonné de pièces maîtresses,
parmi lesquelles “ My Father My King ” paru
en 2001 sur un maxi éponyme que n’épuise
pas le temps. Qui eût cru que ces cinq écossais
à tête d’ivrognes, fans de football
dont la mine patibulaire contraste avec la finesse dont
ils font preuve au fil des enregistrements, marqueraient
leur époque en en signant la bande-son mortuaire
? Leur musique est massive, mouvante, dans ses envolées
soniques comme dans ses moments plus calmes - sombres
et glaçants. Les guitares saturées y jouent
un rôle prépondérant. Un piano s’immisce
discrètement et adoucit aujourd’hui ces
compositions. Qui fait presque de Mogwai un groupe à
partager. Sauf que non. On ne partage pas sa tristesse.
On la subit sans broncher. Mogwai est une lueur impalpable
à laquelle on s’accroche pour ne pas perdre
pied. Un compagnon de détresse qui permet de
ne pas se sentir totalement désespéré.
Julien Coudreuse
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