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the mess we made/borderline schizophrenic Ep artiste : matt elliott

album : drinking songs

label : ici d'ailleurs

année : 2005

chroniqué le :
07 mars 2005
 
Matt elliott va de mieux en mieux. Son moral n’est pas encore à l’optimisme excessif mais il commence à sortir du gouffre dans lequel the third eye foundation avait plongé il y presque dix ans pour s’y complaire et doucement s’autodétruire. Il a engagé cette ascension vers le jour en 2003 avec ‘the mess we made’ premier album qu’il signait sous son propre nom, et dans lequel des touches de couleurs commençaient à se mêler à la noirceur symptomatique de ses premiers albums. Pas de jaune criard, ni de bleu ciel ici, mais matt se risquait à étendre sa palette à des teintes moins claustrophobes. Matt elliott clôturait ainsi un chapitre au cours duquel il a trituré et maltraité sampleurs et séquenceurs pour donner forme à une œuvre majeure et symbolique de la fin des années 90.

Aujourd’hui, presque à la moitié des années 2000, l’ex bristolien aspire à une époque plus innocente, une époque à laquelle les choses n’étaient pas si ‘inévitables’, une époque à laquelle on pouvait encore prendre des décisions et faire des choix, [il] pense à la fin du 19e ou au début du 20e siècle. Pour situer, imaginez l’atmosphère d’un bar en ce début de siècle, rempli de gens réalistes, cyniques et misérables qui chanteraient leurs échecs et ceux de la société. Pour ce faire il suffit d’observer minutieusement la pochette de l’album dessinée par vania zouravliov aka uncle vania.

Matt elliott reprend donc les choses là où il les avait laissées il y a deux ans. Il pousse encore sa recherche du son, vers l’épure et la légèreté. Les espaces autrefois emplis de beats déstructurés et de sonorités hachurées laissent place aujourd’hui aux guitares et claviers délicatement arrangés. Les voix sont lointaines et diffuses ou au contraire traitées et démultipliées, portées par une inspiration liturgique ou slave - écoutez les cœurs dramatiques sur the kursk, hommage au marins disparus du koursk.

Petite mélodie au xylophone accompagnée par des arpèges de guitare tenus en suspension par un filet de voix ou la sonorité aquatique d’un orgue… trompettes lointaines, ou mélodica… la beauté et la légèreté de l’acoustique essaie aujourd’hui d’effacer les cicatrices et griffures d’hier. Mais il est difficile de se défaire d’un passé aussi lourd… Passé qui resurgit sur le dernier morceau de l’album, the maid we mess, long titre de 20 mn issu des dernières prestations live de matt durant lequel le noise & beat autrefois caractéristique de 3ef reprend le dessus pour notre plus grand plaisir.

Matt elliott va de mieux en mieux, mais les fantômes qui le hantaient jadis ne sont jamais très loin...

O:liv