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A
l’ombre de Godspeed You ! Black Emperor, Hrsta
creuse son sillon sensible sous l’œil avisé
de l’auberge canadienne Constellation. Organiques
et libres, ses compositions révèlent une
nature dépressive. L’intérêt
du groupe tient à sa capacité à
la surmonter pour créer une œuvre touchante.
Les artistes mis en lumière par le label Constellation
ont ceci de commun que leur désespoir n’est
pas vain. Leur faculté à magnifier en
musique leurs élans dépressifs confine
au sublime. Délaissant les tics qui affligent
les créations de nombre de leurs contemporains,
plaintes trop crues ou pleurnicheries sur un sort décidément
chien, cette communauté aussi réelle que
fantasmée rend aujourd’hui bien des services
aux âmes fêlées qui se projettent
dans cette musique.
La réverbération appliquée de manière
récurrente aux sons des instruments (aux guitares
la plupart du temps) induit d’emblée un
décalage entre l’action (les notes jouées)
et l’effet qu’elle produit. La dynamique
des morceaux s’en ressent. Le contraste entre
l’intensité de l’interprétation
et la fragilité du rendu est source de tension.
La production est ample, mais ce goût prononcé
des grands espaces évoque plus un hangar désaffecté
qu’une prairie ensoleillée. Les intrépides
Hrsta, dont le leader n’est autre que Mike Moya,
membre fondateur de Godspeed You ! Black Emperor et
Molasses, ont sorti deux albums. Paru courant 2005,
Stem Stem in Electro inflige au folk pastoral originel
de singulières secousses électro. Ce disque
regorge de chansons intimistes et torturées.
Les samples sont acérés, le violon écorché,
les rythmes lourds, le tempo lent. Les guitares assurent
les mélodies en privilégiant les accords
mineurs, et installent ainsi une atmosphère de
plomb. Le chant, tantôt féminin, tantôt
masculin, n’exprime plus aucune tristesse tant
il semble désabusé. L’ensemble est
de toute beauté.
Julien Coudreuse
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