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artiste : erik friedlander

album : maldoror

label : brassland

année : 2003

chroniqué le :
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Brassland, label auquel était consacré récemment une longue interview sur le webzine, ouvre encore sa musique à une nouvelle facette, celle du violoncelliste Erik Friedlander.

Après ses quatre premières sorties réussies, les deux premiers albums de Clogs et de The National, le label new-yorkais délaisse un peu son clan pour aller voir plus loin, en la personne de Erik Friedlander, violoncelliste de renom depuis le début des années 90 aux côtés de John Zorn ou Dave Douglas, formant Chimera avec qui il sort des albums sur les labels Tzadik et Avant du suscité Zorn, puis Topaz ou encore The Game of Patience au sein duquel évolue Ikue Mori. Malgré cette activité débordante, ‘Maldoror’ est le premier album solo du violoncelliste. A noter également que Erik Friedlander est le fils du légendaire Lee Friedlander, grand photographe, urbain et jazzistique, des 60’s-70’s.

La musique de Friedlander, mise à nue, travaille le silence autant que les sons les plus purs, évoquant parfois celle du récent « Ballads » du guitariste Derek Bailey. A peu près inclassables, puisant autant dans le jazz que dans une avant-garde classique, ces dix morceaux ne pourraient être qu’un, se fondant les uns dans les autres, dans une atmosphère doucement perturbée par les coups d’archet du violoncelle. Comme l’indique le titre, ‘Maldoror’ est inspiré des poèmes de Isidore Ducasse, resté fameux sous la signature de Comte de Lautréamont. Enregistrés en une seule prise dans une vieille salle de musique classique de Berlin-Est, en improvisant sur dix extraits de l’œuvre, en accord avec une approche très surréaliste chère à Lautréamont (qui fut, pour ceux qui ne le sauraient pas, la principale inspiration du mouvement fondé par Breton), les morceaux créent des ambiances pour la plupart sombres, frissonnantes, parfois doucement oppressantes, nullement platement illustratives. Mais ce qui fascine le plus est probablement cette sensation de beauté surgissant de nulle part. Ecoutez le vide, écoutez le silence, pour pouvoir pleinement goûter à la poésie de Lautréamont. Laissez les images s’emparer de vous, laissez les naître dans votre esprit.

Une expérience. Et une belle occasion de relire les Chants de Maldoror (Comte de Lautréamont, ‘Œuvres Complètes’, coll. Poésie/Gallimard), seul, un soir, à la lueur d’une bougie…

Vincent Moon