Brassland,
label auquel était consacré récemment
une longue interview
sur le webzine, ouvre encore sa musique à une
nouvelle facette, celle du violoncelliste Erik Friedlander.
Après ses quatre premières sorties réussies,
les deux premiers albums de Clogs et de The National,
le label new-yorkais délaisse un peu son clan
pour aller voir plus loin, en la personne de Erik Friedlander,
violoncelliste de renom depuis le début des années
90 aux côtés de John Zorn ou Dave Douglas,
formant Chimera avec qui il sort des albums sur les
labels Tzadik et Avant du suscité Zorn, puis
Topaz ou encore The Game of Patience au sein duquel
évolue Ikue Mori. Malgré cette activité
débordante, ‘Maldoror’ est le premier
album solo du violoncelliste. A noter également
que Erik Friedlander est le fils du légendaire
Lee Friedlander, grand photographe, urbain et jazzistique,
des 60’s-70’s.
La musique de Friedlander, mise à nue, travaille
le silence autant que les sons les plus purs, évoquant
parfois celle du récent « Ballads »
du guitariste Derek Bailey. A peu près inclassables,
puisant autant dans le jazz que dans une avant-garde
classique, ces dix morceaux ne pourraient être
qu’un, se fondant les uns dans les autres, dans
une atmosphère doucement perturbée par
les coups d’archet du violoncelle. Comme l’indique
le titre, ‘Maldoror’ est inspiré
des poèmes de Isidore Ducasse, resté fameux
sous la signature de Comte de Lautréamont. Enregistrés
en une seule prise dans une vieille salle de musique
classique de Berlin-Est, en improvisant sur dix extraits
de l’œuvre, en accord avec une approche très
surréaliste chère à Lautréamont
(qui fut, pour ceux qui ne le sauraient pas, la principale
inspiration du mouvement fondé par Breton), les
morceaux créent des ambiances pour la plupart
sombres, frissonnantes, parfois doucement oppressantes,
nullement platement illustratives. Mais ce qui fascine
le plus est probablement cette sensation de beauté
surgissant de nulle part. Ecoutez le vide, écoutez
le silence, pour pouvoir pleinement goûter à
la poésie de Lautréamont. Laissez les
images s’emparer de vous, laissez les naître
dans votre esprit.
Une expérience. Et une belle occasion de relire
les Chants de Maldoror (Comte de Lautréamont,
‘Œuvres Complètes’, coll. Poésie/Gallimard),
seul, un soir, à la lueur d’une bougie…
Vincent
Moon
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