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artiste : dälek

album : abandoned language

label : ipecac

année : 2007

chroniqué le :
07 mars 2007
 
Dälek a une approche très personnelle du hip hop. Depuis 1997, ce duo originaire du New Jersey produit une musique qui privilégie les atmosphères aux mélodies. En superposant de multiples strates de sons, en les étirant, en les triturant, Dälek plonge l’auditeur dans un univers sombre et abstrait, à la violence sourde. Du hip hop lynchien.

Le hip hop et le désespoir font bon ménage. Souvent, cette rage qui bouillonne dans le for intérieur des rappeurs s’exprime de manière ouverte, sur un mode harangueur qui frise l’agressivité. Chez Dälek cependant, aucune trace de coups apparente, la violence demeure intériorisée. Sur une rythmique hip hop lancinante, le duo (deux producteurs dont l’un est également MC) module les fréquences, sculpte les samples, multiplie les effets. La voix use d’un ton neutre glaçant, le flux de parole est lent, évoquant Aesop Rock par instants. Sur ses quatre albums, dont le dernier, Abandoned Language, est sans doute le plus mélancolique et abstrait, Dälek se joue des dissonances à la manière d’un Kevin Shields (My Bloody Valentine) ou d’un Matt Elliot (Third Eye Foundation). A l’image de Clouddead (fer de lance de l’écurie Anticon), le groupe avance en effet sans ornières, et ne craint pas d’expérimenter. Ses nombreuses collaborations en attestent, de Faust (figure du Krautrock) à Velma (groupe suisse sidérant dont le talent est inversement proportionnel à la notoriété), de Techno Animal (hip hop industriel) à Kid 606 (électronica azimutée). La version live de cette musique, découverte en 2005 aux Eurockéennes de Belfort, est massive et hypnotique. Les sons se diffusent en volutes sonores et embrassent le corps. On en sort confus, lessivé. L’expérience est troublante, et donc vivement recommandée.

julien coudreuse