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Dälek
a une approche très personnelle du hip hop. Depuis
1997, ce duo originaire du New Jersey produit une musique
qui privilégie les atmosphères aux mélodies.
En superposant de multiples strates de sons, en les
étirant, en les triturant, Dälek plonge
l’auditeur dans un univers sombre et abstrait,
à la violence sourde. Du hip hop lynchien.
Le hip hop et le désespoir font bon ménage.
Souvent, cette rage qui bouillonne dans le for intérieur
des rappeurs s’exprime de manière ouverte,
sur un mode harangueur qui frise l’agressivité.
Chez Dälek cependant, aucune trace de coups apparente,
la violence demeure intériorisée. Sur
une rythmique hip hop lancinante, le duo (deux producteurs
dont l’un est également MC) module les
fréquences, sculpte les samples, multiplie les
effets. La voix use d’un ton neutre glaçant,
le flux de parole est lent, évoquant Aesop Rock
par instants. Sur ses quatre albums, dont le dernier,
Abandoned Language, est sans doute le plus mélancolique
et abstrait, Dälek se joue des dissonances à
la manière d’un Kevin Shields (My Bloody
Valentine) ou d’un Matt Elliot (Third Eye Foundation).
A l’image de Clouddead (fer de lance de l’écurie
Anticon), le groupe avance en effet sans ornières,
et ne craint pas d’expérimenter. Ses nombreuses
collaborations en attestent, de Faust (figure du Krautrock)
à Velma (groupe suisse sidérant dont le
talent est inversement proportionnel à la notoriété),
de Techno Animal (hip hop industriel) à Kid 606
(électronica azimutée). La version live
de cette musique, découverte en 2005 aux Eurockéennes
de Belfort, est massive et hypnotique. Les sons se diffusent
en volutes sonores et embrassent le corps. On en sort
confus, lessivé. L’expérience est
troublante, et donc vivement recommandée.
julien coudreuse
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