Ll’un
des plus féconds labels européens, pourrait
aisément s’appliquer à lui-même
la sentence qui orne chaque numéro du superbe
magazine The Wire : ‘adventures in modern music’.
Une certaine exigence sans frontières assez
anglaise anime le label mené par Dave Howell,
dont le catalogue plonge aussi bien dans les expérimentations
électroniques de Dorine_Muraille que dans le
rock transcendé de Set Fire to Flames, en passant
par les allumés new-yorkais de Black Dice et
Animal Collective, exprimant une même foi dans
le transgenre jusqu’au boutiste.
La japonaise Yukiko Chiba vient de Tokyo, et ‘Moco’
est son premier (mini) album, dont la durée
excède à peine les 30 minutes. On ne
saurait en demander plus, car la musique de Chib n’est
pas de celles que l’on pourrait raccrocher au
mur, dans l’attente que le mur nous tombe dessus.
Cette musique requiert une attention toute particulière,
de chaque instant, évocatrice plus que manipulatrice.
D’une précision méthodique, elle
développe des motifs évanescents l’espace
de quelques secondes à peine, ambiances nocturnes
et bribes de paroles viennent se poser et s’envolent
l’instant d’après. Le fond sonore
est rythmé par quelques notes de piano, quelques
cordes de violoncelle, ou autre pseudo instrument
détourné.
Créée autour de samples que Yukiko Chiba
enregistre telle une glaneuse poétisant le
réel, la musique refaçonne pour chacun
des huit morceaux des univers précis et oniriques,
en apesanteur quelque part au-dessus de l’agitation
tokyoïte. D’une délicatesse infinie,
cette musique bien particulière témoigne
une fois encore des aventures que peut mener la musique
moderne, entre art sonore et cinéma pour les
oreilles.
vincent
moon