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Ce
début d’année est l’occasion
de mettre la main sur une oeuvre rare, la musique d’Arthur
Russell, grâce à la sortie presque conjointe
de deux disques compilations, l’un chez les anglais
de Soul Jazz Records, l’autre chez le petit Audika.
Une œuvre protéiforme, le genre de musique
qu’il est à peu près impossible
de décrire.
Arthur Russell, né en 1951 dans l’Iowa,
étudie très jeune la musique pour devenir
joueur de violoncelle émérite, et se retrouve
en 1973 à New York dans le même immeuble
que Ginsberg qu’il a rencontré deux ans
plus tôt, ainsi que les futurs Television et Richard
Hell, en pleine explosion musicale dans une grosse pomme
pas encore bouffée par les vers immobiliers.
Il se retrouve bientôt à jouer avec les
musiciens les plus chevronnés de l’avant-garde
de l’époque, John Cage ou Christian Wolff,
devient presque membre des naissants Talking Heads,
enregistre une collection de morceaux intitulés
‘Instrumentals’ qui ne sort qu’en
1984. Bref, Arthur Russell est au cœur de la scène
musicale expérimentale new-yorkaise des années
70. Mais à la fin de cette décennie, Mancuso
vient d’ouvrir son Loft, et Russell se démène
comme un fou sur la piste de danse. Comme une révélation,
sa fascination pour le disco l’amène rapidement
à collaborer avec Nicky Siano, l’autre
DJ phare de l’époque, sous le pseudo de
Dinosaur. Il enchaînera ensuite pendant plusieurs
années ces travaux de disco expérimental,
sous divers pseudos, délivrant même quelques
tubes, notamment l’inusable ‘Is it all
over my face’ de Loose Joints. C’est
le thème de l’album sorti par Soul Jazz,
regroupant la majorité de ses travaux. La compilation
publiée par Audika regroupe quant à elle
d’autres travaux solos, des inédits là
aussi souvent à la limite du disco, ou tout du
moins d’un rythme de break éclaté
délicieusement à côté de
la plaque. Car attention, si la musique d’Arthur
Russell est passionnante, c’est surtout dû
au mélange d’éléments d’habitude
jamais entendu ensemble – il faut avoir écouté
une fois dans sa vie ‘Let’s Go Swimming’
et découvrir cette voix émerger habillée
en paillettes et grimper sur un break plus gros qu’elle
au milieu d’un loft new-yorkais pour comprendre
les mariages réussis par Russell. Unique, l’œuvre
de Russell, disparu en 1992, est un immanquable acte
de transversalité entre hédonisme absolu
et recherche musicale.
vincent
moon
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