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29 ème rencontres Transmusicales de Rennes - zoom
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VON SÜDENFED



On se méfie toujours un peu a priori de ce type de rencontre au sommet. Imaginez plutôt : le duo allemand Mouse on Mars -soit la crème de l’électro-pop la plus débridée, en activité depuis 1994- versus l’un des mythes de la sphère rock indé -l’improbable Mark E. Smith, chef d’orchestre de The Fall depuis plus de 30 ans. Tous les trois réunis sous la bannière Von Südenfeld pour la création d’un album, et plus si affinités. Et pourtant, force est de constater que ce choc de deux univers musicaux à l’identité très affirmée, sans aucun lien apparent, est ici une réussite. Brute de décoffrage, la production des douze morceaux qui composent Tromatic Reflexxions, premier des trois albums qui devraient déboucher de cette collaboration, reflète la joyeuse spontanéité qui a manifestement présidé aux sessions d’enregistrement. Mark E. Smith s’y présente au sommet de sa forme. Dilettante à souhait. Il faut dire que le monsieur a une manière toute personnelle de chanter comme un pied. Son art vocal s’apparente en effet à une logorrhée absconse éructée façon harangue crâneuse, agrémentée ici et là de fragments colériques, de chœurs soûlards et d’interjections hâbleuses. Egalement réputé pour son irascibilité, l’homme semble étonnement s’épanouir dans ce projet électro, ne ménageant pas ses effets, comiques ou surréalistes. Ainsi du morceau intitulé Jbak Lois Lane, invective de trois minutes à destination d’un supposé voisin en train de tondre sa pelouse, avec juste le bruit de la tondeuse en fond. Ou par contraste de Rhinohead, fascinant tube pop en puissance, et de Chicken Yiamas, hybride blues évoquant tant RL Burnside qu’Ol’ Dirty Bastard. Les deux gars de Mouse on Mars le suivent tête baissée dans chacun de ses délires. Ils n’ont certes pas attendu de le rencontrer pour s’affirmer comme d’authentiques punks, aussi à l’aise pour composer de charmantes mélodies pop que pour les saccager à grands renforts de productions crasseuses. Pour avoir assisté au retour magistral de Mark E. Smith sur une scène française, après plus de dix ans d’absence, dans le cadre du festival parisien Feedback en juillet 2005, et pour le souvenir ému que l’on conserve du concert de Mouse on Mars en novembre 2004 au Nouveau Casino, l’événement live que représente leur show commun aux Trans Musicales vaut à coup sûr d’écorner à cette date les pages de votre agenda. JC. _ Jeudi 06 décembre - HALL 09 - 00h00

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FUJIYA & MIYAGI



Malgré un nom à consonance japonaise, un goût affirmé – et à l’écoute flagrant – pour le meilleur du krautrock allemand, Fujiya & Miyagi est un trio aussi anglais que Brighton, la ville dont il est originaire. Après un premier album sorti en 2003 dans une relative confidentialité mais malgré tout aujourd’hui épuisé, est paru en mars dernier une compilation de trois singles réalisés au cours des deux dernières années, auxquels ont été adjoints quelques morceaux supplémentaires pour atteindre la durée légale d’une mise sur le marché. Si ce disque n’apparaît pas révolutionnaire, si certains titres lassent trop vite pour qu’on soutienne le groupe inconsidérément, Fujiya & Miyagi évoque tant d’artistes qu’on aime qu’il serait vain de bouder son plaisir en l’écoutant. David Best –alias Miyagi, guitare, chant- et Steve Lewis –alias Fujiya, claviers, machines, boites à rythmes- bidouillent ensemble depuis l’an 2000. Matt Hainsby les a rejoints à la basse voici deux ans. La formule qu’ils appliquent est simple : rythmes métronomiques, basse minimale et ondoyante, motifs de guitares courts et répétitifs, nappes atmosphériques de synthétiseurs. Plus que dans celle de Can dont il revendique l’influence, Fujiya & Miyagi s’inscrit dans la lignée d’autres allemands très attachants, Kreidler pour la dynamique linéaire et hypnotique, Ronald Lippok (Tarwater, To Rococo Rot) pour le chant. Idéale pour laisser son esprit divaguer, cette musique a des vertus apaisantes. On y revient régulièrement. On l’oubliera sûrement. On apprécie bien les bonbons même s’ils ne sont pas nourrissants. On goûte Fujiya & Miyagi de la même façon. JC. _ Vendredi 07 décembre - HALL 03 - 23h00

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FORTUNE



Membre fondateur du duo made in Morlaix Abstrackt Keal Agram, Lionel Pierres revient aujourd’hui avec un nouveau projet. Pas de fausse modestie, ni dans le nom choisi, ni dans l’esprit qui anime les premiers morceaux sortis : Fortune entend casser la baraque. On est bien tenté de miser sur lui. Le choc fut pourtant dur à encaisser. En septembre 2006, Abstrackt Keal Agram (AKA) entrait en résidence dans la salle de musiques actuelles Le Chabada à Angers. Après trois ans d’absence, nos chouchous finistériens était attendus de pied ferme. En effet, rares sont les groupes français à avoir su aussi bien conjuguer aisance mélodique et élaboration d’un son si personnel. Après trois albums mêlant adroitement électro et hip hop, principalement composés à l’aide de machines, était annoncé un virage rock qu’il nous tardait de découvrir, sur disque mais surtout dans sa version scénique : toutes guitares dehors, une batterie au centre et le torse bombé. Mais au Printemps 2007, après une poignée de concerts tests, la sentence tombait : les deux membres d’AKA décidaient brutalement de mettre un terme à leur aventure commune. Tanguy Destable, déjà auteur sous le nom de Tepr de deux albums électro dance de haute volée, intégrait la formation qui accompagne sur scène l’inoffensive et pourtant aujourd’hui incontournable Yelle. Lionel Pierres insistait quant à lui dans la voie empruntée par AKA les derniers mois et tentait d’achever la mue opérée à ce moment-là. Dès le mois d’avril, Fortune était né, le travail effectué à Angers servant de base au lancement de ce projet. Le batteur Hervé Loos, par ailleurs membre du Meteor Band de Rodolphe Burger, et le fidèle Snookut, aux platines dans l’ombre d’AKA depuis les origines, reprenaient sans sourciller la place qu’ils occupaient durant la résidence. Désormais seul en vitrine, Lionel Pierres mettait cet été un point final aux morceaux qui figurent sur son premier maxi. Ce coup d’essai si longuement mûri impressionne à plus d’un titre. Tentative osée de fusion d’un son électro vintage, d’un groove minimal, de nappes de claviers atmosphériques, de lignes de guitare pop et d’un chant rutilant et sans complexes, cette musique évoque pêle-mêle Daft Punk, David Bowie, Mickael Jackson ou Ratatat, et touche par sa fraîcheur juvénile. On regrettera juste que Lionel Pierres se soit acoquiné avec le label plus hype tu meurs Disque Primeur, qui héberge par ailleurs Adam Kesher, Dabaaz ou Cuizinier. Trop clinquant à nos yeux pour ce qu’on connaît du monsieur. JC. _ Vendredi 07 décembre - BAR LA CONTRESCARPE - 22h00 [BARS EN TRANS]

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PAPIER TIGRE



Nous connaissions le pedigree (riche) des trois artistes en présence. Nous nous attendions au meilleur, et le meilleur est arrivé. Depuis que nous sommes entrés en sa possession, le premier album de Papier Tigre, dont la sortie officielle est fixée au 5 février, quitte rarement notre platine. Confirmation noise de ce début d’année, ce disque se veut le reflet des prouesses live dont le trio est capable. Leurs futurs spectateurs n’ont pas fini de s’enthousiasmer. La conception graphique du premier album éponyme de Papier Tigre (une feuille de papier froissée, déchirée par endroits, laissant ainsi apparaître le nom du groupe) est à l’image de la musique qu’il propose : écorchée, organique et sans fioritures. Autour d’une batterie massive, tout en roulements, ruptures de rythmes et boucles tribales, deux guitares en tension permanente dialoguent, s’invectivent puis adoucissent le propos. Une voix se pose sur cet impressionnant édifice, qui cherche dans les aigus le ton juste pour se mêler à ces décharges électriques. Le chant est en anglais, l’accent est parfait. L’homme qui en est dépositaire s’est déjà fait remarqué avec son projet folk The Patriotic Sunday. S’il harangue ici, rageur, plus qu’il ne chante, il se laisse toutefois aller à quelques envolées vocales mélodiques, et nous prend aux tripes. A ses côtés, Arthur de la Grandière, par ailleurs guitariste d’Argument, et le sidérant Pierre-Antoine Parois, batteur increvable de Room 204. Tout ce petit monde se côtoie depuis les années collège, et vit aujourd’hui à Nantes. Le Collectif Effervescence qui édite cet album porte décidément bien son nom. JC. _ Vendredi 07 décembre - HALL 04 - 20h30

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BELONE QUARTET



Faux nouveau-né sur la scène musicale, Belone Quartet affiche sa singularité jusque dans son patronyme. Quartet à seulement deux têtes, cette formation apparaît en 2003 à l’initiative du seul Antoine Bellanger (auteur d’un six titres sous le nom de Belone), bientôt rejoint par Benjamin Nerot, responsable barbu du projet folk The Healthy Boy, également auteur de magnifiques et lugubres dessins à ses heures. Créé à quatre mains et « sobrement » intitulé Les Prémices de la Béatitude Naissent de l’Amertume, le premier album de ce duo nantais regorge d’instrumentations variées, d’arrangements ambitieux, et de mélodies sombres. Si son orchestration l’apparente à l’univers de la pop, ce disque penche clairement du côté obscur de ce genre. Organique en façade, sa conception se rapproche pourtant plus des bidouillages dont sont coutumiers les adeptes de musiques électroniques. Samples, collages, tous les moyens sont bons pour pallier une économie de moyens (financiers, techniques et humains). Ainsi en est-il par exemple des sons de batterie, joués par Pierre-Antoine Parois –batteur sanglant de Room 204 et depuis peu des sémillants nantais de Papier Tigre- et enregistrés distinctement les uns des autres, pour être ensuite agencés selon les envies du duo par l’intermédiaire d’un logiciel de montage sonore. Il ne suffit cependant pas d’être malin pour composer un bon disque. Par chance, Belone Quartet comprend en son sein deux multi instrumentistes inspirés et doués qui de surcroît savent s’entourer. On retrouve ainsi la voix de Julia Lanoë (échappée temporairement de Mansfield.Tya) aux côtés de celles des deux protagonistes principaux de ce disque prometteur bien qu’imparfait. Une interrogation reste toutefois en suspens : comment nos deux hommes retranscriront-ils cette musique sur scène sans être esclaves de l’informatique ? JC. _ Vendredi 07 décembre - CRIJ - 16h00

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CARTON PARK [GANGPOL UND MIT & JUICY PANIC]



Prenez deux duos d’illuminés à l’imagination féconde, deux festivals sans ornières et une salle de musiques actuelles aventureuse, laissez mijoter quatre semaines sur une période de sept mois (voir La Griffe n°197), et appréciez le résultat. Vous en sortirez enthousiastes et surpris, sidérés par une telle débauche d’inventivité et d’effets spéciaux cousus main. Lorsqu’ils prennent place sur la scène de l’Antipode ce vendredi 26 octobre, Gangpol und Mit et Juicy Panic présentent pour la première fois le travail mené dans ce lieu depuis le mois d’avril 2007. Associée aux festivals Marmaille et electroni[k], la salle a en effet accueilli la création de Carton Park, spectacle où la musique et les arts graphiques se mêlent dans un gigantesque feu d’artifices. Le principe est simple, à chaque séquence correspond une attraction imaginaire. Deux représentations sont prévues ce jour-là. L’une en début d’après-midi à destination d’un public principalement composé de scolaires, et une seconde le soir pour les couches-(un peu plus)tard. Le spectacle est le même d’une séance à l’autre, seules les interventions ludiques qui ponctuent ou introduisent chaque séquence diffèrent. Dès 14h30, les vacances de la Toussaint en ligne de mire, deux cents enfants (9 ans de moyenne d’âge) s’installent, assis face à la scène. Les lumières s’éteignent. Carton Park est officiellement ouvert ! Nous sommes alors invités sans plus tarder à découvrir la première attraction : La machine à remonter le temps. Et d’emblée apparaît ce souci d’articuler les images créées par Guillaumit à la musique composée par ses trois acolytes. Des dinosaures se meuvent sur une bande-son aux tonalités préhistoriques, des pyramides et des pharaons apparaissent ensuite sur fond de mélodies plus orientales, quand soudain l’assistance est projetée dans le futur sur fond de bleeps électroniques. Un petit gimmick répétitif, musical et théâtral, indique avant chaque traversée du temps, le passage obligé dans la machine qui nous y entraîne. Le principe s’appréhende simplement. La subtilité du dispositif laisse coi d’admiration. A chaque nouvelle attraction, son lot de suspens et le développement d’un nouvel univers enchanteur. La partition musicale est truffée de sons dont l’écho visuel défile à l’écran. Les enfants semblent fascinés. Quand on les invite à participer, ils se lèvent comme un seul homme et croisent les doigts – ou plus précisément hurlent - pour être désignés. Un sourire collé aux lèvres, on assiste à ce spectacle mariant intelligence et simplicité. Des insectes, des fantômes, des poissons et un scaphandrier... Et tant d’autres idées lumineuses qu’on se retient de dévoiler. Le rythme est haletant. On rit, on s’effraie. En une heure d’une densité et d’une créativité stupéfiantes, le tour de Carton Park est bouclé. JC. _ Samedi 08 décembre - L'ANTIPODE - 18h30