| À
peine sortie d’une adolescence heurtée, façonnée
par les foyers, les voyages, les rencontres et la rue, Keny
Arkana a livré fin octobre un premier album tout en
rap et en rage. S’ils n’évitent pas certains
clichés contestataires, ses textes appuient là
où ça fait mal. Si bien qu’ils pourraient
alimenter des débats que la campagne présidentielle
qui démarre se doit de ne pas esquiver : droit des
minorités à exister, flux migratoires inévitables,
malversations au sommet de l’Etat. Les positions de
Keny Arkana susciteront peut-être aussi la polémique.
On n’intitule pas un morceau « Nettoyage au Kärcher
» sans risquer de se mettre à dos le plus véhément
des aspirants présidents. Keny Arkana n’en a
cure, qui en remet des couches. Sur disque (« …N’oubliez
pas, c’est par les urnes qu’est arrivé
Hitler ») comme en concert. Ainsi lors du festival Cité
Rap, début novembre à Saint-Brieuc, elle s’avance
sur scène et interpelle le public, sûre d’elle-même
et de son bon droit de citoyenne : « Y’a quelques
mois, un gros connard a dit qu’il fallait nettoyer les
racailles au Kärcher (…) mais elle est où
la vraie racaille ? ». Après un silence, sa réponse
est claire : « A l’Elysée ! ». L’effet
est assuré, mais ça ne sonne pourtant pas creux.
La musique se lance, tous les poings de l’assistance
sont en l’air. Keny Arkana bondit et rebondit. Sa hargne
ne la lâche pas. Epaulée dans sa scansion par
un second MC, elle affirme d’évidentes qualités
de rappeuse qu’un doux accent marseillais singularise
encore. Et si la musique est parfois un peu limite, la fureur
contestatrice de Keny Arkana emporte tout sur son passage.
Julien Coudreuse [article paru dans La Griffe - Décembre
2006]
• 9
décembre à Rennes dans le cadre des Trans Musicales
(Hall 4, 00h30)
•
CD : Entre Ciment et Belle Etoile (Because Music / Wagram) |