w-h-y ?
 
 
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------
27ème rencontres transmusicales - édito / zoom / concours
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------


« Tu ne sais pas jouer d’instrument de musique ? Joue quand même ! ». Tel semble être l’adage adopté par Bobby Gillespie, chanteur et chef d’orchestre de la nébuleuse Primal Scream, au moment de se lancer derrière deux fûts de batterie (rien de plus), et de défricher les terres encore vierges de la noisy pop au sein de The Jesus and Mary Chain, trio qu’il quitte en 1986 pour se consacrer pleinement à SON groupe. En vingt ans, concentrés en dix huit titres sur une compilation parue récemment, ce passionné de Rock’n’Roll et de Soul, aspiré par la house et l’émergence techno de la fin des années 80, aura brillamment forcé son destin de petit écossais condamné à traîner son ennui jusqu’au prochain larcin.

Primal Scream, à l’image de son leader, jouit d’un statut désespérément bâtard de looser magnifique. Toujours à la traîne médiatique de « concurrents » contemporains et néanmoins (souvent) amis, qui disparaissent après avoir laissé une marque qui jalonne depuis l’histoire de la musique. L’aura de Primal Scream n’atteint pas celle de Jesus and Mary Chain, The Stone Roses ou My Bloody Valentine (MBV). Le Poulidor de la musique rassemble pourtant aujourd’hui autour de lui des membres de ces groupes défunts. Kevin Shields de MBV a ainsi intégré la bande comme musicien et producteur sur certains titres des deux derniers albums (il est par ailleurs annoncé au générique du super groupe qui se présentera aux Trans Musicales). Bernard Sumner, ex Joy Division et New Order, pose sa guitare sur un autre. Des collaborations avec des producteurs comme Andy Weatherall (qui permit grâce à sa technique l’accouplement tant espéré par Gillespie du rock et de la dance music, sur le maxi Loaded puis sur le désormais culte Screamadelica en 1991), Dan « The Automator », Tim Holmes de Death in Vegas ou The Chemical Brothers auront également donné de l’envergure et de la profondeur aux lubies de Gillespie. Jamais aussi passionnantes qu’aujourd’hui. Par chance à quelques jours des Trans Musicales, cette évolution colle également à notre expérience du groupe sur scène.

Lors d’un concert donné au festival de Reading (Angleterre) en 1994, Primal Scream nous irrita au point que l’indifférence n’y suffit pas. Dix ans d’existence seulement et le sentiment tenace de voir là une formation à bout de souffle. Le single « Rocks », pourtant médiocre dans sa tentative de faire danser les filles sur une pâle et vaine resucée du genre tel qu’il se jouait au début des années 70 sur son versant hard, tutoyait alors les sommets du box-office anglais. Une forme d’abdication commerciale face à l’incapacité du groupe à retrouver l’inspiration qui valut à Screamadelica, album sorti quatre ans auparavant, d’être taxé de chef d’œuvre par la critique. Telle était en tout cas notre interprétation de cette première rencontre pathétique. La dernière, ça allait de soi. Dix ans plus tard, impatient et la boule au ventre, c’est avec ferveur que nous accueillons Primal Scream (auteur en 2002 et 2004 de deux albums inventifs, révoltés, crâneurs et à juste titre sûr d’eux) qui entre alors sur la scène principale du festival de Benicassim (Espagne). La gifle phénoménale que nous recevrons durant le set puissant et hypnotique qui suivra, inscrira finalement ce groupe au Panthéon de nos souvenirs musicaux. La tension noise des guitares, le groove implacable et versatile (passant sans ciller du chaud au froid) de la section rythmique, alliés à un chant rageur et fier firent de ce concert un moment rare de pure rock’n’roll. Nous pûmes constater ce jour-là la foi et l’engagement sans faille de Bobby Gillespie. Qui renouait avec les fondements d’un genre qui résident tant dans la forme artistique d’un projet que dans le style de vie adopté par son créateur. En vingt ans, l’âme de Primal Scream, sa tête de proue et son créateur, est parvenue à maturité. Une sagesse toute relative, qui n’empêche pas les excès, mais fort fertile et nous lui en savons gré.

Julien Coudreuse [article paru dans La Griffe n°179 - Décembre 2005]

CD : Dirty Hits (Columbia / Sony Music), XTRMNTR (Creation / Sony Music); Evil Heat (Columbia / Sony Music)

En concert le 9 décembre à Rennes dans le cadre des Trans Musicales (Hall 9, 23h20 – 00h20)