Trois rappeurs producteurs bostoniens (Edan, Insight
et Dagha) se réunissent sous le projet scénique
Duplexx. Coup de loupe sur le premier d’entre eux.
A une époque où les rappeurs semblent plus
occupés à vendre des paires de baskets que
leur dernier opus, le cas d'Edan pourrait faire figure
de vaste potacherie dans une industrie multi-millionnaire.
Blanc
à lunettes élevé en solitaire dans
une banlieue de Washington, le jeune homme a plus le profil
du rat de bibliothèque que du MC américain
type. Pourtant peu dans le hip hop en 2005 peuvent se
vanter d'avoir sorti un disque aussi créatif que
le sien, avec une recette somme toute assez banale : faire
du neuf avec de l'ancien.
Car
le recyclage, Edan maîtrise. Obsédé
par l'âge d'or du rap, il imite parfaitement au
microphone les dictions de Rakim ou de Kool Keith, au
grès de productions semblant issues tout droit
d'un sampler millésimé 88, tout en y injectant
une grosse dose d'humour dopé au non sens, comme
si les Monty Pythons avaient trop regardé Yo! MTV
Rap. Mais loin de pâle copier ses idôles dans
une pure célébration nostalgique, l'auto
proclamé «one man arsenal» (il réalise
lui même ses sons, ses scratchs et ses pochettes)
étonne au début des années 2000 avec
une série de maxis drôles et efficaces, signe
sur un label anglais, et finit par avoir un succès
d'estime avec son premier album, «Primitive Plus»,
un hybride funky entre almanach Vermot et rimes élastiques.
Même
si Edan semble enregistrer ses morceaux sous son lit (il
aime s'apeller le «Quincy Jones du mauvais son»)
et abuse sur les références obscures, impossible
de résister au sympatique foutoir qu'il crée
dans un hip hop trop sérieux. Cependant son 2ème
album, sorti cette année, vient mettre les choses
au clair : hors de question de s'en tenir au rôle
du bouffon de service. Ambitieux projet de rap psychédélique,
«Beauty & The Beat» donne parfois l'impression
que, dans un autre espace-temps, LL Cool J & Jimi
Hendrix ont eu un enfant ensemble et que sa chambre était
décorée par Dali. Son nom ? Edan, bien sûr.
Matthieu Debert [article paru dans La Griffe n°179
- Décembre 2005]
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Le 10 décembre à Rennes dans le cadre des
Trans Musicales (Parc-Expo Hall 5, 22h40>23h30 - 02
99 31 12 10, www.lestrans.com).
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CD : “ Beauty & The Beat ” (Lewis Recording)