festival
art rock ... 2 | 3
| 4 | 5 juin 2005 ... saint-brieuc [22]
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Sonic Youth : L’autre
Amérique
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Depuis maintenant vingt-cinq ans, Sonic Youth se pose
en référence majeure d’innombrables
projets artistiques, ouvrant des portes dans de multiples
champs, tant par le discours décomplexant et
l’attitude égale au fil du temps de ses
membres, que par la musique qu’il produit :
intense, urbaine et sensible, totalement hors cadre.
Aussi improbables qu’elle paraissent de prime
abord, et bien que soumises aux diktats expérimentaux
d’un son sans cesse réinventé,
les mélodies sont au cœur d’une
entreprise qui a rarement faillie, et qui pourtant
affiche des valeurs humanistes indifférentes
(et souvent contraires) aux exigences commerciales
de notre société concurrentielle. Un
groupe idéal en somme, qui ne répond
pourtant à aucun des canons du genre.

. Steve shelley, Thurston Moore, Kim Gordon,
Jim O'Rourke, Lee Ranaldo
En érigeant sa sensibilité au monde
tel qu’il avance comme source de sa créativité,
Sonic Youth fait fit dès sa naissance des complexes
qui auraient pu apparaître du fait du manque
de maîtrise technique de ses membres fondateurs,
parmi lesquels, déjà, Thurston Moore
(guitares,voix), Lee Ranaldo (guitares,voix) et Kim
Gordon (basses, guitares voix). Le mouvement punk
(citons notamment The Ramones et Suicide), s’il
s’essouffle à cette période –
fin des années 70 -, n’en est pas moins
précurseur d’une non-attitude et d’un
son brut et sans fioritures stylistiques qui marquera
cette génération d’artistes émergents
regroupés à New York autour de Glenn
Branca (l’homme aux guitares à la place
des bras, reconnu plus tard pour les symphonies qu’il
compose, œuvres pour dix, vingt ou cinquante
guitares) et de son label Neutral, du photographe
et vidéaste aujourd’hui culte Richard
Kern (qui outre la pochette de leur album Evol réalisera
plusieurs clips pour le groupe), ou de l’égérie
trash Lydia Lunch (dont la présence est souvent
une performance à elle seule, et qui posera
notamment sa voix sur plusieurs de leurs morceaux,
avant de montrer ses seins un peu partout ensuite).
Ce mouvement spontané d’une jeunesse
bien décidée à vivre selon ses
valeurs propres sera nommé « no-wave
» par souci de classification journalistique,
nom qui en dit long sur les exigences indépendantes
des personnes qui y sont assimilées. Il n’est
ainsi pas étonnant d’y retrouver Jon
Spencer et son groupe Pussy Galore, autre figure underground
historique du milieu des années 80, qui trouva
sa voie en deux accords inlassablement répétés,
plus puissants et inquiétants que n’importe
quel solo de Jimi Hendrix. Sonic Youth sort son premier
véritable album (éponyme) en 1982, change
plusieurs fois de batteurs avant de trouver sa formule
idéale en 1984 avec l’arrivée
derrière les fûts de Steve Shelley, au
toucher insensé, alternant avec une facilité
de façade déconcertante montées
puissantes et rythmes plus doux et entraînants.
Les guitares désaccordées, ou plus exactement
accordées par eux-même selon le son recherché
et ainsi hors des codes enseignés par les écoles
de musique, sont devenues aujourd’hui une sorte
de marque de fabrique du groupe (ce qui est finalement
un comble pour une musique sans cesse réinventée).
Se réapproprier ainsi son instrument exige
de ne se conformer à aucune loi musicale, et
est le meilleur garant de son originalité.
Si l’inspiration suit. Submergé par d’innombrables
assauts soniques et autres progressions ascensionnels
de guitares, l’univers développé
par Sonic Youth est toujours au service d’un
sentiment à formuler, d’une idée
forte qui dicte le cours des chansons et qui touche
l’auditeur tant par l’intensité
qui y est imprimée que par la mélodie
jouée.
L’autre principe auquel Sonic Youth n’a
jamais dérogé réside dans son
goût des rencontres artistiques à la
croisée des genres. Et ce n’est pas la
moindre des qualités du groupe que de savoir
s’entourer. Au fil des ans, cette propension
rarement prise en défaut a vu chacun de ses
membres supporter et parfois même imposer un
artiste à son public (Pavement, Blonde Redhead
et tant d’autres) ou à sa maison de disque
(Nirvana a ainsi été présenté
à Geffen, label de Sonic Youth depuis la fin
des années 80, puis a assuré les premières
parties du groupe avant de connaître le succès
que l’on sait). De la même manière
Thurston Moore et Steve Shelley ont créés
leur propre label (Ecstatic Peace ! pour le premier,
Smells Like Records pour le second, sur lequel Cat
Power s’est faite un nom) et gardent un œil
attentif sur les cultures émergentes du moment.
L’arrivée de Jim O’Rourke comme
membre permanent depuis deux albums a permis au groupe
de franchir un nouveau palier. Celui qui mène
à la (musique de) chambre, au calme, aux vertus
plus douces d’une pop pas franchisée.
Façon Sonic Youth donc, autant dire qu’on
est pas couché. Cette curiosité et ce
goût des gens est à lier étroitement
à leur faculté de réinvention.
Se remettre en cause n’est pas chose aisée.
Autoriser le regard de l’autre sur son intimité
permet de ne pas s’endormir sur ses lauriers.
S’y appliquer depuis vingt-cinq ans avec autant
d’acharnement quand le succès pourtant
frappe à la porte est une gageure que peu d'artistes
ont relevé. Et si le temps et le goût
de jouer des membres de Sonic Youth leur permet aujourd’hui
de mieux maîtriser techniquement leurs instruments,
ce n’est toujours pas au détriment de
l’âme qui habite leur musique. A découvrir
en live absolument, aujourd’hui et maintenant,
et probablement encore dans vingt ans.
Julien Coudreuse
... web : www.sonicyouth.com
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... Discographie :
Sonic Nurse (Geffen), 2004.
Murray Street (Geffen), 2002
SYR5 (SYR), 2000
NYC Ghosts & Flowers (Geffen), 2000
SYR4: Goodbye 20th century (SYR), 1999
A Thousand Leaves (Geffen), 1998
SYR3: Invito al cielo (SYR), 1998
SYR2: Slaapkamers met slagroom (SYR), 1997
SYR1: Anagrama (SYR), 1997
Washing Machine (Geffen), 1995
Made in USA (Rhino), 1995
Experimental Jet Set, Trash, and no Star (Geffen),
1994
Dirty (Geffen), 1992
Goo (Geffen), 1990
The Whitey Album (Enigma/Blast First), 1989
Daydream Nation (Enigma/Blast First), 1988
Sister (SST/Blast First), 1987
Evol (SST/Blast First), 1986
Bad Moon rising (Homestead/Blast First),1985
Sonic Death (Ecstatic Peace!) 1984
Confusion is Sex (Neutral/Zensor), 1983
Sonic Youth (Neutral/Zensor), 1982