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festival
textile records _ 9.10.11 avril 2004
La proche banlieue parisienne connaît
depuis quelques années une éclosion
de salles de concerts fort à propos pour contrebalancer
le formatage et la saturation des soirées intra-muros.
Les Instants Chavirés à Montreuil, l’Echangeur
à Bagnolet et Mains d’œuvres à
Saint Ouen sont les salles emblématiques du
nord-est parisien, ouvertes aux musiques les plus
libres et chercheuses. Si les Instants Chavirés
se sont fait connaître depuis plusieurs années
par la grâce d’une programmation sans
compromis autour des musiques improvisées,
on fréquente l’Echangeur depuis peu de
temps, principalement lors de concerts organisés
en partenariat avec les Instants, et qui ont principalement
vu défiler des lives exaltés de la galaxie
montréalaise du label Constellation. Mains
d’œuvres est plus connu pour des concerts
naviguant dans un univers rock border line, et ses
soirées Solid Water qui permettent d’ouvrir
le lieu sur plusieurs niveaux, retrouvant par là
un peu d’une sensation perdue de
liberté festive.
Textile, donc, poussait il y a à peine
trois ans du désir de Benoît Sonnette,
parisien amateur de musiques libres, de publier une
certaine musique aventureuse. Le jeune homme trouvait
l’opportunité de programmer un festival
autour de ses musiciens et amis – il faut noter
d’ailleurs la multiplication des mini-festivals
de la sorte, autour d’un label souvent, permettant
ici et là des associations, des regroupements,
des possibilités inédites de programmation.
Et donc, sur trois jours, rien moins que 16 lives
différents (voire très différents…),
avec en têtes d’affiches principales,
Jackie O’Motherfucker, Volcano The Bear ou encore
Vibracathedral Orchestra. Oui, on est loin de la programmation
d’un festival de bord de mer de la mi-août,
et l’on s’étonnera les trois soirs
durant de croiser autant de monde. L’esprit
du festival est sans aucun doute proche de la bible
anglaise The Wire, qui consacrait l’été
dernier sa couverture à la ‘new weird
america’.

Le vendredi soir avait lieu la soirée la moins
dense, avec seulement trois groupes à l’affiche
: The Hototogisu, A Hawk and A Hacksaw, et Vibracathedral
Orchestra. La petite salle des Instants Chavirés,
qu’on imagine volontairement dissimulée
dans une petite ruelle où personne n’aurait
idée de s’aventurer, est bien remplie
lorsque The Hototogisu, à savoir Matthew Bower
accompagné pour le live de Marcia Basset des
new-yorkais Double Leopards, termine sa performance
assez bruitiste, dont je ne distingue que les dernières
secondes, avant de laisser la place au jeune Jeremy
Barnes, récemment découvert sous pseudo
A Hawk and A Hacksaw par l’intermédiaire
d’un album captivant et foisonnant, publié
en 2002 en attendant une nouvelle sortie chez les
anglais de Leaf prochainement. Sur scène, Jeremy
Barnes nous fait le coup de l’homme-orchestre,
le mec qui joue d’une multitude d’instruments
à la fois, sans aucune pédale d’effet,
juste son accordéon et plein d’accessoires
divers – comme si chaqu e parcelle du corps
un tant soit peu indépendante était
utilisée. Si l’ensemble manque de s’écrouler
à quelques reprises – il faut voir l’intensité
d’une telle performance, et surtout l’incroyable
vitesse d’exécution – Jeremy Barnes
fait néanmoins preuve d’un talent époustouflant,
transcendant son matériau pour nous livrer
une musique à la fois gracieuse et spectaculaire.
Assurément, voir A Hawk and a Hacksaw en live
est un spectacle bien plus réjouissant que
d’aller voir le cirque Pinder, même s’il
existe des liens assez étonnant entre les deux
univers. Enfin… Vibracathedral Orchestra délivrera
à la suite une performance impressionnante
mais plus difficile d’écoute, de lents
mouvements très aigus guidant le groupe sur
une scène qu’ils ont tôt fait de
s’approprier, s’extirpant même d’un
rapport direct avec le public pour se concentrer sur
leur propre rapport à l’espace, tournant
souvent le dos à la salle pour se plier devant
leurs amplis, recroquevillés, parfois errants.
De la musique de hippies du 21è siècle,
dans le genre.

Samedi soir, l’Echangeur de Bagnolet consacrait
sa soirée en grande partie au phénomène
(oui, tout est relatif) Volcano the Bear, puisque
en sus d’un concert qui tenait lieu d’affiche
principale, avait également lieu un concert
du One Ensemble of Daniel Padden, l’un des trois
membres du groupe anglais. Secondé par un groupe
extrêmement bien rodé, Daniel Padden
avait tout loisir pour laisser partir les superbes
compositions de son album ‘The Owl of Fives’
récemment paru sur Textile. Une musique aussi
joyeuse et inventive que celle qu'il improvise au
sein de Volcano the Bear. Avant le live de ces derniers,
on eut droit à une performance surpuissante
du duo Chris Corsano - Paul Flaherty. Jouants depuis
5 ans ensemble, Corsano le jeune à la batterie
et Flaherty l’ancien au saxophone se lancent
dans des improvisations totales, où chacun
laisse libre cours à sa fougue – une
explosion physique oscillant entre la perdition et
une tentative de maîtrise désespérée
fascinante. Longue ovation, on sent que beaucoup sont
venus ce soir pour écouter le duo, des applaudissements
teintés d’étoiles prennent place.

Volcano
the Bear clôture cette soirée par un
live fabuleux. Inexplicablement, Aaron Moore et Nick
Mott vont jouer presque tout le concert tous les deux,
Daniel Padden ne venant les rejoindre que lors d’un
dernier quart d’heure jouissif – on aura
l’explication un peu plus tard, une mystérieuse
maladie rendant tout effort très fatiguant
pour l’anglais, au bord de l’asphyxie
à la fin de son propre live. Mais les deux
compères jouent sur scène comme s’ils
étaient une dizaine, passant sans arrêt
de la batterie aux pédales de samples, de la
trompette à la guitare, dans un grand éclat
de folie étincelante, se promenant sur scène
dans une errance illuminée. Cette sensation
de totale disponibilité, cette impression qu’à
n’importe quel moment tout puisse arriver est
rare. L’excellence comme le plus pénible
(un passage trop long penché sur divers effets),
mais avec toujours ce vent de liberté qui fouette
les oreilles pendant que les yeux tournent dans tous
les sens, capturés par une musique voyageuse.
Et puis la nuit.

On arrive un peu sur les rotules à Mains d’Oeuvres
pour le dernier jour du festival, et un peu en retard,
d'où ratage de la moitié des lives.
On débarque pour (re)voir notre cher duo franco-américain
Berg Sans Nipple. Leur live ne réserve malheureusement
que peu de surprises, pas de nouveau morceau, quelques
anciens remaniés, mais le public accélérant
les hochements de tête confirme qu'en attendant
de nouveaux morceaux, Berg Sans Nipple est toujours
irrésistible. Place ensuite à la curiosité
du soir, voire du festival : une performance de Xavier
Charles, spécialiste des haut-parleurs vibrants.
Des petits haut-parleurs tournés vers le plafond,
au nombre de 4, sur lesquels Xavier pose au fur et
à mesure divers petits objets, principalement
coquillages, pierres et bouts de fers. Faisant vibrer
les hp, variant leur fréquence, captant le
son qui en sort en le modifiant par-dessus, il improvise
de cette façon un morceau qui dure près
d’une trentaine de minutes, On reste fasciné
par le débordement que le français laisse
entrer, par le dérèglement qu’il
produit, à voir peut-être comme un aveu
de faiblesse face à la puissance de la nature...

Après une telle sensation, on repart dans la
‘new weird america’ avec l’ultime
concert de ce festival, Jackie-O Motherfucker, la
grosse affiche du week-end. Enfin grosse… On
avait déjà vu Jackie-O sur scène
ici même il y a environ un an, mais ce soir
ils sont en plus accompagnés de David Bryant
à la guitare et Fluffy Erskine à l’électronique,
membres à part entière de Gospeed You!
Black Emperor. L’apport de David est d’ailleurs
non négligeable, composant souvent des tapis
sonores et ouvrant des pistes pour le reste de la
formation. Car ouvrir des pistes, cela semble bien
être le problème en ce dimanche soir
– à croire que trop de membres contrarient
l’équilibre de l’ensemble. Les
vingt premières minutes sont ainsi totalement
égarées, chacun jouant dans son coin
sans qu’un semblant de cohésion ne se
dégage. Il faut attendre pour qu’enfin
une mélodie s’accroche, pour qu’enfin
les membres tentent de jouer ensemble. Le morceau
qui s’en dégage est une montée
d’une énorme puissance, dans la lignée
typique de ce que l’on attend d’un groupe
comme Jackie-O, pas franchement surprenant. Malgré
les efforts de Tom Greenwood et Genevieve Dellinger,
et pendant que Brooke Crouser sur le devant de la
scène se trémousse de façon assez
excitante mais ne donne pas non plus énormément
de sa personne, on peste sur Jeff Mooridian à
la batterie, visiblement pas du tout en confiance,
suivant de loin voire de trop loin les mouvements
de ses camarades mais n’ayant jamais le courage
d’emmener le groupe ailleurs, pataud avec son
jeu trop lourd. Le reste du concert se laisse écouteragréablement,
et on ne peut nier la puissance qui parfois se dégage
de l’ensemble, mais en comparaison avec le live
de Volcano the Bear le soir précédent,
Jackie-O apparaît beaucoup trop léger
dans son approche et trop lourd dans ses constructions.
Sans aller jusqu’à dire qu’on les
surestime mais…

3 jours de musiques, improvisées pour la plupart,
c’était un challenge assez étonnant,
comme une déclaration de foi, une étape
de franchie, démontrant qu’il est possible
et rentable de proposer à un public parisien
blasé par un nombre de concerts et soirées
de plus en plus effrayant quelque chose de nouveau,
de frais, et de confirmer par là même
ce que l’on ressent de plus en plus : les amateurs
de musique s’ouvrent progressivement à
des genres musicaux qu’hier encore ils ne connaissaient
pas. Magie de l’internet, probablement en grande
partie, amenant à une ouverture des esprits.
Mais de certains seulement ?

vincent moon _ juin 2004
lien
textile
records
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d'oeuvres _ saint ouen
les
instants chavirés _ montreuil
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_ bagnolet
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